BRIBES EN LIGNE
dans le pays dont je vous  mise en ligne du texte     nous attention beau antoine simon 13       dans passet li jurz, si turnet a au commencement était les doigts d’ombre de neige merci à marc alpozzo est-ce parce que, petit, on ils sortent g. duchêne, écriture le la galerie chave qui       sabots a l’aube des apaches, le vieux qui f qu’il vienne, le feu je crie la rue mue douleur tout à fleur d’eaula danse j’ai longtemps dernier vers aoi pure forme, belle muette, spectacle de josué dit   (dans le       un il pleut. j’ai vu la pour yves et pierre poher et la musique est le parfum de la brume. nuages juste un mot pour annoncer que d’heures la deuxième édition du ma chair n’est le passé n’est dieu faisait silence, mais branches lianes ronces alocco en patchworck ©       soleil de toutes les « e ! malvais À max charvolen et se reprendre. creuser son un jour, vous m’avez quand les eaux et les terres le galop du poème me outre la poursuite de la mise c’est la distance entre je déambule et suis quelques textes exode, 16, 1-5 toute les dernières m1        au travers de toi je petit matin frais. je te   six formes de la       allong       s̵ deuxième apparition de       la       sur le 26 août 1887, depuis l’éclair me dure, au matin du et c’était dans raphaËl clere est la noit e la "l’art est-il   se rita est trois fois humble. il faut aller voir       nuage   l’oeuvre vit son la terre a souvent tremblé       la pie macles et roulis photo 6 antoine simon 11 zacinto dove giacque il mio travail de tissage, dans la mastication des    tu sais mille fardeaux, mille eurydice toujours nue à       soleil autres litanies du saint nom  hier, 17 glaciation entre iv.- du livre d’artiste le coeur du tandis que dans la grande ki mult est las, il se dort il y a tant de saints sur pour jacky coville guetteurs pour julius baltazar 1 le tu le saiset je le vois assise par accroc au bord de quand vous serez tout c’est ici, me ce qui fait tableau : ce       &agrav       deux madame est la reine des il souffle sur les collines À max charvolen et martin « amis rollant, de ce jour-là il lui       jardin religion de josué il dernier vers aoi " je suis un écorché vif. sequence 6   le qu’est-ce qui est en clers est li jurz et li je t’enlace gargouille   1) cette en ceste tere ad estet ja       m&eacu au labyrinthe des pleursils sa langue se cabre devant le madame est toute accorde ton désir à ta pour ma pour raphaël cette machine entre mes fin première     surgi       le ce 28 février 2002. li emperere par sa grant au rayon des surgelés 1-nous sommes dehors. bien sûr, il y eut       le dernier vers aoi cet article est paru dans le       cerisi il était question non dernier vers aoi       la prenez vos casseroles et au lecteur voici le premier  dans le livre, le f le feu m’a pour m.b. quand je me heurte     les provisions  au mois de mars, 1166 il existe deux saints portant la fraîcheur et la       deux elle réalise des À l’occasion de   maille 1 :que béatrice machet vient de écoute, josué, le 23 février 1988, il pas une année sans évoquer on préparait jamais si entêtanteeurydice tous feux éteints. des       journ&     " raphaël  pour jean le pour maguy giraud et rien n’est plus ardu temps où le sang se       au je ne saurais dire avec assez rêve, cauchemar,       midi dernier vers aoi effleurer le ciel du bout des mieux valait découper       montag  de la trajectoire de ce l’évidence (josué avait lentement  si, du nouveau diaphane est le mot (ou bel équilibre et sa carmelo arden quin est une il arriva que 1254 : naissance de la liberté s’imprime à le travail de bernard suite de chercher une sorte de       quand antoine simon 12 tendresse du mondesi peu de i.- avaler l’art par       l̵ « h&eacu quatrième essai de sous l’occupation       pourqu    seule au dernier vers aoi préparation des immense est le théâtre et beaucoup de merveilles       reine  le "musée       dans entr’els nen at ne pui seul dans la rue je ris la ce monde est semé 0 false 21 18 il est le jongleur de lui  l’écriture la bouche pure souffrance le glacis de la mort il n’était qu’un dessiner les choses banales et…  dits de ajout de fichiers sons dans face aux bronzes de miodrag pour angelo antoine simon 22       reine       la nice, le 18 novembre 2004 approche d’une dans les carnets ce poème est tiré du sauvage et fuyant comme j’ai changé le dernier vers aoi tout est possible pour qui 5) triptyque marocain       &n fontelucco, 6 juillet 2000 quai des chargeurs de dernier vers aoi le coquillage contre dernier vers aoi       je me       fleure       droite nice, le 8 octobre pour andré       au madame porte à       dans légendes de michel troisième essai et j’ai en réserve       magnol je suis bien dans li quens oger cuardise antoine simon 16 un besoin de couper comme de       ruelle autre essai d’un madame a des odeurs sauvages     cet arbre que f le feu s’est  tu vois im font chier station 5 : comment dernier vers aoi à propos “la 7) porte-fenêtre langues de plomba la giovanni rubino dit macles et roulis photo   anatomie du m et hans freibach :     chambre du fond des cours et des grande lune pourpre dont les les étourneaux !       sur dire que le livre est une antoine simon 20       pour antoine simon 25   pour olivier       ce ce pays que je dis est 1) la plupart de ces ses mains aussi étaient elle ose à peine pour lee en introduction à jusqu’à il y a       entre seins isabelle boizard 2005     vers le soir nice, le 30 juin 2000 journée de merci à la toile de       et tu dernier vers aoi ensevelie de silence, 1) notre-dame au mur violet       au etudiant à       chaque       le l’impossible antoine simon 21 jouer sur tous les tableaux “le pinceau glisse sur pluies et bruines, vous avez       longte       sur ce texte se présente f le feu s’est       allong pour martin Être tout entier la flamme     au couchant si elle est belle ? je       dans pour mireille et philippe petites proses sur terre la fraîcheur et la       dans violette cachéeton  marcel migozzi vient de j’ai relu daniel biga, antoine simon 15  ce qui importe pour       o les routes de ce pays sont il s’appelait saluer d’abord les plus "et bien, voilà..." dit 1 la confusion des preambule – ut pictura pour jacqueline moretti, quelque temps plus tard, de "tu sais ce que c’est quand c’est le vent qui fragilité humaine. tout mon petit univers en de pa(i)smeisuns en est venuz       " un nouvel espace est ouvert paien sunt morz, alquant et que vous dire des il avait accepté pour martine tout est prêt en moi pour dans l’effilé de leonardo rosa quand nous rejoignons, en merci au printemps des a la fin il ne resta que la réserve des bribes "nice, nouvel éloge de la       ma à cri et à       au a toi le don des cris qui je n’hésiterai li emperere s’est       ...mai dans les rêves de la temps de cendre de deuil de dernier vers aoi les dessins de martine orsoni    nous     oued coulant vue à la villa tamaris "mais qui lit encore le 1 au retour au moment Éléments - c’est vrai       le       coude polenta antoine simon 29 dernier vers aoi c’est un peu comme si, pour jean marie accoucher baragouiner  “... parler une       aujour c’est le grand       je « 8° de un jour nous avons descendre à pigalle, se       dans dernier vers aoi à bernadette       ton       pav&ea pour le prochain basilic, (la la parol

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RAPHAEL MONTICELLI

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La légende de saint Jean-Raphaël
Ecrivain(s) : Monticelli R.


Il y a tant de saints sur terre et dans le ciel, mon cher Jean-Raphaël, qu’il est impossible de les connaître et de les nommer tous. Si tout le monde connaît saint Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, et saint Jean-Marie, le brave curé d’Ars, peu savent qui furent saint Jean Gabriel et saint Jean Marc. Celui dont tu portes le nom est si peu connu qu’on ne le trouvera ni dans les calendriers, ni dans les éphémérides. Et même si tu cherches sur l’internet, il y a peu de chance que tu en trouves mention.
J’ai pourtant eu entre les mains un très ancien feuillet que j’eus à peine le temps de parcourir avant qu’il ne se réduise en poussière, comme s’il avait été, d’un coup, mangé par le temps.
Avant de te dire le souvenir que j’en ai gardé et pourquoi j’ai voulu t’en parler, je veux préciser dans quelles circonstances je l’ai eu sous les yeux.


Je devais être âgé d’une vingtaine d’années, et je me passionnais pour les petites églises. J’aimais la forme, la discrétion et les matériaux de ces chapelles que la ferveur populaire a semées dans nos pays. On les croirait non pas bâties de main d’homme, mais poussées du sol, comme un arbre, ou amenées là par la longue mastication du temps, comme les rochers de nos montagnes. Elles ne s’imposent pas à la vue. Presque toujours désertées, elles se nichent au sein d’un vallon, au bord d’un sentier, ou au dessus d’une rive. Elles sont entourées d’herbes folles et de chants d’oiseaux, parfois d’une musique d’eau. Quand elles ont été décorées, leurs dessins s’estompent. Souvent leur toit fuit. Les insectes s’y réfugient. Et on y voit plus souvent les marques du passage des bêtes que des hommes.


J’avais une vingtaine d’années, et je passais quelques jours d’automne dans le village où mon arrière grand-mère, ma tendre Marie-Louise, devait vivre encore quelques années. Je partais le matin, vers les sept ou huit heures, quand le soleil s’annonce, dans la fraîcheur humide, pour ne rentrer qu’au grand midi. Un jour, c’était vers une colline où je trouvais des marcassites, luisantes entre les blés fauchés. Un autre jour, c’était dans la grande forêt de châtaigniers au pied desquels venaient des bolets si beaux et si élégants que je n’osais les ramasser. D’autres fois, je partais à la recherche d’un grand arbre dont Marie-Louise gardait un souvenir ému... Marie-Louise m’avait parlé d’une petite chapelle cachée dans une forêt de chênes que longeait un ruisseau curieusement dénommé "le Jorfel". Elle parlait d’ailleurs de "La chapelle de sainte Jorfelle", sans pouvoir m’en dire davantage sur cette sainte.


J’avais donc descendu le grand pré derrière la maison, jusqu’au fleuve que l’on pouvait encore franchir à gué. Puis j’avais remonté la colline par le petit chemin bordé de châtaigniers et de noisetiers au delà desquels s’étendaient des champs de blé et de maïs, cernés de vignes.
Une fois passé le sommet de la colline le sentier se perdait dans la forêt de chênes... Je cherchai à repérer le Jorfel. "Va vers l’endroit où tu te sentiras bien" m’avait dit Marie Louise... Je savais trouver ce type de lieu : il y faut du calme, de la douceur, de l’herbe plus vive qu’ailleurs, un bourdonnement plus tranquille, un léger bruit d’eau, des froufrous dans les arbres, des mélodies dans l’air. Et une sorte de présence amicale. J’avais trouvé la chapelle.
Mal en point. Mais debout. Un petit clocher. Sans cloche. Des murs en brique que ne protégeait plus un enduit fatigué. Le bois de la porte ressemblait à une vieille peau pleine de rides et de veines saillantes. La serrure avait sauté. Je poussai la porte et ne vis d’abord, dans la pénombre, que le sol en terre battue. Puis un petit bénitier, dans un renfoncement du mur. Deux ou trois bandes de lumière dans lesquelles volait la poussière. Aux murs, des taches de couleurs qui avaient peut être été peintures. Quelques bancs. Un ou deux livres racornis. Un lutrin désaxé. Au fond, les restes d’un autel. Un tabernacle ouvert et vide.
Combien de gens étaient venus se recueillir ici ? Et pendant combien de siècles ? Et avant eux, combien d’autres avaient dû être saisis par l’apaisante présence qui se manifestait dans ce lieu ? Je me plantai au milieu de l’espace et attendis.
Il faut apprendre à se laisser conduire par le silence. Par l’abandon. Il faut apprendre à se tenir debout, sans bouger, comme pour prendre racine. Il faut attendre qu’un lieu accepte de vous accueillir. Ne jamais se sentir en pays conquis. Comme on tend la main à un animal, non pour le toucher, mais pour qu’il vienne vous renifler. La chapelle de sainte Jorfelle m’avait reniflé. Je pouvais la caresser. Des pieds, des mains et des yeux. Passer la main sur ses murs, les doigts entre les briques. Marcher en notant les irrégularités du sol. Aiguiser l’oeil à la faible lumière poussiéreuse. Passer derrière l’autel.
Il y avait là comme un vieux meuble. Quelques planches grossières sommairement assemblées. Un travail de charpente plus que de menuiserie. Pleines de crottes, de restes de terre, et, dans un coin, deux gros livres, dont on devait sans doute se servir pour célébrer la messe, et qu’éclairait mollement un maigre rayon de lumière tombé d’une trouée du toit.


Il en va des livres trouvés dans les églises, même lorsqu’elles semblent abandonnées, comme des bolets sous les châtaigniers : je ne sais pas m’en emparer. Je pris avec précaution l’un des deux livres. Il s’ouvrit sur une page qui y avait été ajoutée. Elle était belle comme la terre, et avait sa même couleur. Avec des taches de verdure et de clarté. Quelques boutons d’or. Et la figure d’un personnage debout, entouré d’arbres, sur ses épaules, un groupe d’oiseaux, gros comme un poing d’enfant, et que je ne reconnaissais pas. À ses pieds, ce qui semblait être un chien fauve ; à côté de lui, à sa gauche, une vache, qu’il tenait par un licol ; à sa droite, un mouton qui broutait ; tout autour, des sortes de petites bougies, comme autant de fleurs.. Sur le reste de la feuille courait un texte manuscrit malaisé à déchiffrer en raison du peu de lumière, de la forme des caractères, et de la langue.
Le titre pourtant m’était très clair. Je lisais :"sancti Iohanni Raphaëlis vita". C’était la vie de saint Jean-Raphaël qui m’était racontée là... 
Je parcourais, curieux, le texte. En saisissant une bribe par ci, un vague sens par là. C’était un latin populaire et malhabile, finalement plus facile à comprendre que le latin qu’on apprend dans les écoles. On devinait que saint Jean-Raphaël était né dans une époque très ancienne, pleine de froid, de terreur et de famines pour les pauvres gens. Son père exerçait le métier de "oribusierus", et, dès que Jean-Raphaël fut en âge, il l’emmenait avec lui pour lui apprendre le métier. On comprenait que Jean-Raphaël s’était retrouvé dans un monastère où son père préparait chaque année les bougies de cire pour l’usage des moines, et qu’il manifestait une telle minutie dans son travail, une tel respect pour le lieu qui l’accueillait, une telle curiosité et une telle dévotion pour la règle qu’il découvrait, que les moines l’avaient pris en grande sympathie, et que le supérieur lui proposa de demeurer parmi eux.
C’est ainsi que Jean-Raphaël devint moine.


Le reste de la feuille était davantage dans l’ombre. Je glissai doucement mes index sous le précieux document et refermai délicatement mes pouces en pinces pour le positionner à la lumière. Je déplaçai la fragile feuille, et, le temps de jeter un œil sur le reste du texte, elle s’affaissa en menus morceaux formant un puzzle impossible à reconstituer...
J’avais à peine eu le temps de relever deux ou trois phrases. Je refermai le livre pour garder au moins la poussière du document, et m’empressai de noter les quelques informations que j’avais pu apercevoir. C’est ce que je vais maintenant te dire ici, complétant au mieux pour relier les fragments du récit disparu.


 


On demanda à Jean-Raphaël de produire désormais, dans le monastère, non seulement les chandelles, bougies et cierges nécessaires à la vie quotidienne de ses frères et à leurs célébrations mais aussi de fournir d’autres églises et communautés. Il devint vite une sorte de passeur de lumière dans toute la région. Cette production l’amena à imaginer toutes sortes de moules, et à installer les ruchers nécessaires à la production de la cire. Il colora et parfuma ses bougies, en fonction des saisons, des usages, des liturgies. Ef il remerciait Dieu de lui avoir donné l’occasion de mêler l’industrie des abeilles et l’action du feu aux couleurs du monde, à ses essences, à ses odeurs. "C’est vraiment miracle, Seigneur, disait-il dans ses prières, que de retrouver, dans les lieux clos pénétrés de ténèbres, la lueur d’une flamme modeste nourrie du bourdonnement des abeilles et chargée des parfums du printemps. Je sais que, si je la laisse allumée, elle continuera ma prière, et fera monter vers vous, mes louanges mêlées à la respiration du monde."
Du vivant même de Jean-Raphaël, on s’accordait à dire qu’il y avait bien quelque chose de miraculeux dans les objets qu’il produisait. Ainsi, lorsque le vent soufflait assez fort pour pénétrer au cœur des maisons, filets d’air à peine plus forts qu’un souffle d’enfant, suffisant pour faire vaciller la flamme timide d’une bougie, celles de Jean-Raphaël demeuraient droites, hautes et lumineuses, ce qui ne manquait pas d’émerveiller le monde. Peut-être Dieu était-il sensible aux prières de Jean-Raphaël. Peut-être était-ce ses prières qui alimentaient la flamme, et pas seulement la cire. Peut-être Jean-Raphaël donnait-il à ses bougies une forme qui les protégeaient des souffles, ce qui est une autre forme de miracle. Toujours est-il que sa flamme restait droite et pure, et qu’en toutes circonstances elle repoussait les ombres à l’entour.
Jean-Raphaël se réjouissait surtout lorsque ses cierges étaient disposés dans les églises lors des cérémonies et qu’elles pouvaient alors aussi éclairer les lieux sacrés et les rituels en présence du peuple des fidèles. Mais il souhaitait que chacun pût disposer de ses bougies dans sa vie de tous les jours plutôt que d’employer ces vilains brulots de graisse et de chanvre, produisant plus de fumée que de clarté, et dont l’âcreté incommodait la respiration, la rêverie et le recueillement. Il voulait qu’elles servent à éclairer les travaux quotidiens, s’introduisent jusque dans les étables, accompagnent la marche des paysans, celle des pèlerins, quand le matin tarde ou que la nuit survient. "Ce serait lumières, Seigneur, disait-il, et ce serait encore prières dans le déroulé des jours". Mais la tâche était lourde et son travail suffisait à peine à répondre à ses commandes. Et Jean-Raphaël en souffrait.
Or, dit la légende, voici ce qu’il advint...
Jean-Raphaël avait longuement vieilli et l’heure de sa rencontre avec le Créateur approchait. Il s’éteignait lentement tout en accomplissant son travail habituel... Une nuit, les frères qui avaient rejoint leurs cellules, entendirent, venant de la chapelle, un bruit inhabituel et comme un concert d’oiseaux. Ils s’y rendirent. La chapelle était lumineuse comme en un plein jour d’été. Des centaines d’oiseaux, trompés par ce qu’ils avaient cru un soleil inattendu, s’y étaient réunis et dialoguaient entre eux dans leurs langues. Toutes les bougies, tous les cierges, fusaient de flammes lisses, joliment galbées et agréablement effilées, comme autant de langues. Devant l’autel, on trouva Jean-Raphaël, à plat ventre, comme le jour où il avait prononcé ses vœux. Il ne bougeait pas. On s’aperçut qu’il avait rendu l’âme et que son visage aux yeux clos, souriant et reposé, semblait aussi lumineux que toutes les flammes assemblées. On s’agenouilla autour de lui pour ajouter la prière des mots à celle des chants d’oiseaux et des bougies ardentes. On sut par la suite que, cette même nuit, dans toutes les maisons du monde que l’on eut à connaître, dans les villes, les villages, les campagnes, les monts, chez les pauvres comme chez les riches, toutes les bougies se transformèrent en bougies de Raphaël-Jean, melliflues, odorantes, colorées et lumineuses, et que ce phénomène dura une année entière.
C’est ce que racontait la fin du texte qui se terminait par une louange au Dieu de lumière et de bonté.
J’étais sorti de la chapelle. J’entendais, tout proche, le ronronnement du Jorfel... Je compris alors que ce nom venait de la déformation de Ioannes-Raphaël, comme si des gens pressés l’avaient prononcé. En rentrant, je racontai l’histoire à Marie-Louise. "Elle est belle, ton histoire, me dit-elle, et c’est la première fois que c’est toi qui m’en raconte une. Quand j’étais petite fille nous avions des bougies, en plus d’une ou deux lampes à pétrole. Mais il est vrai que la flamme d’une bougie est plus propice que toute autre pour parler au bon dieu".

Par la suite, j’ai essayé de retrouver la légende de Saint Jean-Raphaël, sans succès, comme je te l’ai dit, mais je garde encore le souvenir du passeur de lumière et lui demande souvent de m’éclairer.

Publication en ligne : 27 mai 2014
/ Bibliophilie

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