BRIBES EN LIGNE
i en voyant la masse aux       vu ...et poème pour   encore une rita est trois fois humble. patrick joquel vient de quando me ne so itu pe antoine simon 18 il avait accepté     extraire rm : d’accord sur comment entrer dans une cliquetis obscène des dernier vers aoi « amis rollant, de a l’aube des apaches, madame aux rumeurs toi, mésange à rêves de josué, et combien dernier vers aoi marie-hélène       le       les  epître aux (en regardant un dessin de deux ce travail vous est le coeur du À perte de vue, la houle des   pour olivier lorsqu’on connaît une       au j’ai ajouté  le livre, avec toute trace fait sens. que  hier, 17 quand nous rejoignons, en carles respunt : nous dirons donc me ce jour-là il lui       o  tu vois im font chier dans les rêves de la "mais qui lit encore le le franchissement des j’ai travaillé       sur    tu sais monde imaginal,       baie siglent a fort e nagent e       le dans le patriote du 16 mars       ce       l̵   jn 2,1-12 : madame des forêts de       retour toulon, samedi 9   d’un coté, lu le choeur des femmes de très saintes litanies ouverture de l’espace après la lecture de seul dans la rue je ris la « h&eacu l’existence n’est  martin miguel vient f le feu m’a     cet arbre que religion de josué il au commencement était pour julius baltazar 1 le       le depuis le 20 juillet, bribes au seuil de l’atelier       assis       j̵ temps de cendre de deuil de bien sûrla il existe deux saints portant dernier vers aoi et voici maintenant quelques mult est vassal carles de outre la poursuite de la mise mon travail est une v.- les amicales aventures du jouer sur tous les tableaux j’ai parlé  ce qui importe pour quand vous serez tout tout mon petit univers en le lent tricotage du paysage nice, le 30 juin 2000 « pouvez-vous exode, 16, 1-5 toute pas une année sans évoquer       reine art jonction semble enfin les durand : une       aujour       longte       le "si elle est       sous     m2 &nbs       au pierre ciel       ...mai je n’ai pas dit que le buttati ! guarda&nbs vertige. une distance pour egidio fiorin des mots sa langue se cabre devant le   (à ce paysage que tu contemplais dernier vers aoi pour gilbert li emperere s’est paroles de chamantu       la pas facile d’ajuster le       " et ma foi, les enseignants : quatre si la mer s’est autre petite voix     le mieux valait découper     &nbs tout en travaillant sur les bribes en ligne a       le       sur le pendu suite de antoine simon 31 f le feu s’est pure forme, belle muette,       la mise en ligne antoine simon 23 l’art c’est la       quand rare moment de bonheur, mes pensées restent des conserves ! la cité de la musique que d’heures la langue est intarissable dessiner les choses banales         &n li quens oger cuardise g. duchêne, écriture le quelques textes une fois entré dans la dorothée vint au monde la fraîcheur et la     ton le grand combat :   ces notes station 3 encore il parle temps de pierres       &agrav quand c’est le vent qui       allong       pourqu réponse de michel       et       les comme ce mur blanc halt sunt li pui e mult halt     l’é deux ajouts ces derniers dans l’effilé de il ne s’agit pas de À la loupe, il observa ici. les oiseaux y ont fait “le pinceau glisse sur f le feu est venu,ardeur des f toutes mes       dans travail de tissage, dans ses mains aussi étaient ] heureux l’homme       la en ceste tere ad estet ja       arauca le tissu d’acier il existe au moins deux archipel shopping, la tendresses ô mes envols ce va et vient entre  au mois de mars, 1166 libre de lever la tête mult ben i fierent franceis e dans un coin de nice, nu(e), comme son nom pour jean gautheronle cosmos juste un pas sur coussin d’air mais  c’était le geste de l’ancienne, la chaude caresse de la liberté de l’être     pluie du ils sortent  dans le livre, le       sur antoine simon 17 a la libération, les       la de profondes glaouis       mouett ecrire sur (À l’église 13) polynésie   nous sommes       m̵       fleure Éléments - deuxième essai f qu’il vienne, le feu al matin, quant primes pert de proche en proche tous grande lune pourpre dont les le coquillage contre       les epuisement de la salle, les installations souvent, nice, le 8 octobre pour maguy giraud et dernier vers aoi       glouss       nuage toutes sortes de papiers, sur paien sunt morz, alquant rossignolet tu la quatrième essai de immense est le théâtre et moisissures mousses lichens    en avec marc, nous avons       dans le 23 février 1988, il le samedi 26 mars, à 15 intendo... intendo !       neige je suis occupé ces agnus dei qui tollis peccata antoine simon 9 mouans sartoux. traverse de f j’ai voulu me pencher ce poème est tiré du  marcel migozzi vient de       bonheu quatrième essai de         or  dans toutes les rues un jour nous avons       l̵ madame déchirée       dans       cerisi faisant dialoguer dernier vers aoi       pass&e tout à fleur d’eaula danse       apr&eg     son franchement, pensait le chef, cinq madame aux yeux je t’enfourche ma pourquoi yves klein a-t-il dernier vers aoi dans l’innocence des       pav&ea la pureté de la survie. nul le temps passe si vite, dernier vers aoi  tu ne renonceras pas. pour philippe les textes mis en ligne clers est li jurz et li       p&eacu f le feu s’est en introduction à macles et roulis photo bribes en ligne a assise par accroc au bord de dernier vers aoi   "ces deux là se j’ai changé le la vie est dans la vie. se  tous ces chardonnerets nouvelles mises en à propos des grands mougins. décembre le plus insupportable chez vous avez fontelucco, 6 juillet 2000  je signerai mon       quinze sauvage et fuyant comme       je me tout est possible pour qui  “... parler une tant pis pour eux. carmelo arden quin est une pour andré une il faut dire les et encore  dits   pour adèle et je désire un i mes doigts se sont ouverts et nous n’avons rien ce monde est semé deuxième approche de rêve, cauchemar, écoute, josué, f dans le sourd chatoiement et la peur, présente c’est ici, me station 1 : judas    de femme liseuse allons fouiller ce triangle (josué avait   pour le prochain       descen 1) la plupart de ces antoine simon 14 …presque vingt ans plus pour martin     chambre il en est des meurtrières. j’entends sonner les pour deuxième apparition  l’écriture vous dites : "un       la       parfoi l’appel tonitruant du dernier vers aoi je rêve aux gorges antoine simon 3 non, björg, passet li jurz, la noit est des voiles de longs cheveux   voici donc la c’est une sorte de bel équilibre et sa ( ce texte a  pour jean le carcassonne, le 06 l’impossible mise en ligne d’un premier vers aoi dernier   se titrer "claude viallat, je déambule et suis peinture de rimes. le texte rm : nous sommes en non... non... je vous assure, dire que le livre est une "ah ! mon doux pays, la musique est le parfum de a supposer quece monde tienne (ma gorge est une avez-vous vu premier essai c’est       la antoine simon 6 la communication est la liberté s’imprime à lorsque martine orsoni equitable un besoin sonnerait s’ouvre la l’heure de la mon cher pétrarque, j’ai en réserve coupé le sonà je sais, un monde se   pour pierre theunissen la les routes de ce pays sont « e ! malvais entr’els nen at ne pui (la numérotation des la réserve des bribes la parol

Accueil > Au rendez-vous des amis... > Butor, Michel > Dialogue avec Arthur Rimbaud

MICHEL BUTOR

<- Préliminaires - b | L’itinéraire double - b ->
L’itinéraire double - a
© Michel Butor

a) Première journée

Ecrivain(s) : Butor (site)

« Voici l’itinéraire :
1° D’Entotto à la rivière Akaki, plateau cultivé, 25 kilomètres ; »



En avril 2000 nous sommes allés rendre visite à ma plu jeune belle-soeur, Bernadette, qui avait épousé un Ethiopie très engagé dans la vie politique de son pays, et qui fut arrêté, puis liquidé lors d’une des purges du régime antérieur à celui-ci. Certaine de sa mort seulement huit ans après celle-ci, elle décida de vivre en Éthiopie pour aider sa belle-famille en difficulté. Elle est actuellement professeur au lycée franco-éthiopien d’Addis-Abeba. Nous n’étions jamais allés la voir. Henri Pousseur dont la dernière fille venait d’adopter une petite éthiopienne grâce à ma belle-soeur, nous accompagnés pour découvrir le pays non seulement de sa petite-fille, mais aussi celui dans lequel avait vécu Arthur Rimbaud à qui il avait consacré une oeuvre importante « Leçons d’enfer », lors du centenaire de la mort du poète en 1991.

Le mercredi 26 avril 2000 nous avons quitté le faubourg de Bolé au sud d’Addis-Abeba, dans la direction de l’aéroport, à bord d’une land-cruiser Toyota fort usagée, mais dont les pneus venaient d’être hangés. Nous avions pris la précaution d’abord de retenir un billet d’avion pour Dire-dawa, station du chemin de fer la plus proche de Harrar, avec la possibilité d’utiliser un taxi pour monter jusqu’à la ville. Il y avait une pause dans la guerre avec l’Érythrée, mais des incidents sur toutes les frontières ; et surtout une grave famine ravageait l’Ogaden au Sud. La route risquait d’être coupée. Mais un Français de bon conseil nous avait assuré que la région était tranquille et qu’il n’ avait aucun danger. Il était évidemment beaucoup plus intéressant pour nous de nous enfoncer dans le paysage et de suivre à peu de choses près l’itinéraire de Rimbaud.

La land-cruiser avait le pare-brise étoilé de maintes fentes ; les essuie-glaces n’ont pas résisté aux pluies du retour, et les poignées des portes et fenêtres fonctionnaient avec difficulté, mais la voiture marchait bravement. Nous étions six : le chauffeur Achenafi, Bernadette, sa suivante Serkalem (car il est impossible encore aujourd’hui à un Européen de survivre sans une maisonnée indigène ; elle parlait amharique, un peu d’oromo, et assez bon anglais ; elle nous servait donc d’interprète), Marie-Jo, Henri Pousseur et moi.

Henri Pousseur était à côté d’Achenafi, car il disposait d’un caméscope. Au second rang les deux soeurs, chacune à sa fenêtre, Marie-Jo avec son appareil de photo, moi au milieu. Derrière, avec les valises, Serkalem, car elle était la seule à qui sa jeunesse et sa culture permettait de s’asseoir encore à terre, ce qui n’était plus possible pour nous quatre.

Lors de l’itinéraire de Rimbaud, la ville d’Addis-Abeba n’existait pas encore. Désireux de posséder une capitale plus impressionnante et mieux située qu’Ankober, Ménélik avait fait construire à Entotto, à 3200 mètres d’altitude, l’église Sainte-Marie où il s’était fait couronner empereur dès 1882. Il s’y était installé en 1886. Mais sa femme qui souffrait du vent de ces hauteurs, préféra descendre sur le plateau à la hauteur de 2600 mètres. En 1892 Ménélik s’y installa dans son palais. Toutes les lettres éthiopiennes d’Alfred Ilg à Rimbaud sont datées d’Entotto, mais le billet de Ménélik adressé au « négociant » au sujet de ses dettes, le 15 février 1891, est daté d’Addis-Abeba, la « nouvelle fleur » en amharique.

Ménélik a voulu une ville fraîche, ombragée, et l’a entièrement plantée d’eucalyptus. Ceux-ci se sont répandus dans toute la région.

Vols et plumes.



« 2° Village galla des Abitchou, 30 kilomètres. Suite du plateau ; hauteur environ 2500 mètres. On marche avec le mont Hérer au Sud ; »



Ce village est devenu une ville de plus de cent mille habitants que les Oromos appellent en fait Bishoftu et les Amharas Debré Zeit, « le Mont des oliviers ». Il va de soi que je conserve l’orthographe de Rimbaud dans mes citations, mais j’essaie, dans notre propre itinéraire, lorsque j’ai réussi à les identifier, de rendre les noms identifiables dans les gardes ou guides actuels, même s’ils comportent souvent des variantes.

À part un petit centre en dur, ce son surtout d’ingénieuses constructions de tôle ondulée, bois et toile, comme dans tous les faubourgs d’Addis-Abeba. Après avoir quitté le faubourg d’Akika, nous avons traversé des champs de « tef », céréale éthiopienne qui sert à préparer l’ « injera », sorte de crêpe très fermentée qui est le fond de la cuisine locale. Dans le paysage volcanique nous descendons doucement, mais continuellement sur une route très convenable en longeant le trajet du fameux chemin de fer à voie étroite. Une épave de tank, témoin d’une des guerres récentes. Le blindage de ces véhicules est trop épais pour pouvoir être recyclé par le habitants de la région.

Les Gallas sur lesquels Rimbaud voulait écrire un ouvrage d’ethnographie, s’appellent aujourd’hui les Oromos. Il y a cinquante langues en Éthiopie. La télévision nationale diffuse des nouvelles en trois d’entre elles :
1. l’Amharique, langue du Choa, c’est-à-dire de l’Abyssinie proprement dite, le plateau du Choa avec son centre Addis-Abeba et les villes historiques de Gondar et Lalibéla,
2. le Tigréen, langue de la région frontière de l’Érythrée, toutes deux sémitiques ;
3. l’Oromo, langue tout à fait différente, et de sonorité tout autre, appartenant au groupe couchitique, parlée par de nombreux groupes, avec des dialectes très différenciés depuis le Sud-Est jusqu’à Harrar.

Du temps de Rimbaud, on parlait couramment à Harar quatre langues :
le Harari ou Adéré, langue sémitique propre à la ville et sa région,
l’Amharique, lOromo et l’Arabe, car c’est la quatrième ville sainte de l’Islam.
Il y avait quelques Européens, non seulement les Français de la maison Bardey, mais la mission des capucins venus pour soigner les lépreux, toujours actifs aujourd’hui, et dont le supérieur d’alors, Monseigneur André Jarosseau, évêque catholique de Harrar, a été le précepteur du fils du ras Makonen, le ras Tafari devenu le négus Haïlé Sélassié.

Rimbaud devait surtout parler arabe. Non qu’il l’ait su à son arrivée, mais son père le capitaine Frédéric Rimbaud qui s’était battu en Algérie, en avait une assez bonne connaissance et avait rassemblé des documents restés dans la maison de Roche, près de Charleville, après sa séparation d’avec son épouse Vitalie. Dès son arrivé, dans une lettre que nous n’avons plus, il demande aux siens de lui envoyer un dictionnaire arabe qui en fait partie. Comme à l’accoutumée le livre tarde à venir, et Rimbaud, dans une lettre du 15 février 1881, demande qu’on lui en envoie d’autres/

« ...À propos, comment n’avez-vous pas retrouvé le dictionnaire arabe ? Il doit être dans la maison cependant.

Dites à Frédéric, (son frère) de chercher dans les papiers arabes un cahier intitulé : Plaisanteries, jeux de mots, etc. en arabe ; il doit y avoir aussi une collection de dialogues, de chansons ou je ne sais quoi, utile à ceux qui apprennent la langue. S’il y a un ouvrage en arabe, envoyez ; mais tout ceci comme emballage seulement, car ça ne vaut pas le port... »


L’ensemble doit lui être arrivé à la fin d’août, donc six mois plus tard, délai courant dans cette correspondance, car dans une lettre du 2 septembre 1881, il dit en réponse à une que nous n’avons pas :

« ...Vous me dites avoir envoyé des objets, caisses, effets, dont je n’ai pas donné réception. J’ai tout juste reçu un envoi de livres selon votre liste et les chemises avec... »

Le 7 octobre 1883, il inclut dans une lettre aux siens une note à envoyer à la librairie Hachette, qui montre les progrès considérables qu’il avait faits en arabe :

« ...Je vous serais obligé de m’envoyer aussitôt que possible, à l’’adresse ci-dessous contre remboursement, la meilleure traduction française du Coran (avec le texte en regard, s’il en existe ainsi) – et même sans le texte... »
Certes, à Harrar, quatrième ville sainte de l’Islam, il n’était pas difficile de trouver le texte seul, mais une traduction juxtalinéaire ne pouvait que faciliter la lecture.

Cette fascination ambiguë du Coran est ancienne. On se souvient de « l’Impossible » das « une Saison en enfer » :

« ...J’envoyai au diable les palmes des martyrs, les rayons de l’art, l’orgueil des inventeurs, l’ardeur des pillards ; je retournais à l’Orient et à la sagesse première et éternelle. - Il paraît que c’est un rêve de paresse grossière !

Pourtant, je ne songeais guère au plaisir d’échapper aux souffrances modernes. Je n’avais pas en vue la sagesse bâtarde du Coran... »

Comment nommer tous ces oiseaux ?



« 3° Suite du plateau. On descend la plaine du Mindjar par le Chankora. Le Mindjar a un sol riche soigneusement cultivé ; l’altitude doit être de 1800 mètres (je juge de l’altitude par le genre de végétation ; il est impossible de s’y tromper pour peu qu’on ait voyagé dans les pays éthiopiens). Longueur de cette étape 25 kilomètres ; »


Achenafi insère une cassette dans le lecteur, la seule qu’il ait emportée. C’est de la musique populaire éthiopienne actuelle, très influencée par les succès américains, mais à travers laquelle il subsiste des vestiges des structures anciennes que nous avion pu entendre se déployer si admirablement dans les offices du dimanche des Rameaux à Lalibela, voix magnifiques improvisant avec accompagnement de tambours, sistres et lyres. Mais dans cet itinéraire le grincement général de notre véhicule ne bous permettait pas d’entendre de détails.

Après un lac de barrage au Sud et des plantations de canne à sucre, ceci nous amène à la villed de Nazareth, Adama en Oromo, capitale de cette nation -car l’Éthiopie est une république fédérale. Toutes les rues de la ville sont plantées de flamboyants de toutes nuances autour de l’écarlate. Nous avons déjeuné dans le patio de l’Adama Ras Hotel fleuri de bougainvilliers de toutes couleurs. L’allée de l’entrée me fait penser à un paysage de Gauguin.

Dès son arrivée à Harrar, Rimbaud s’est aussi vivement intéressé aux Oromos qu’il appelle Gallas. Il voulait écrire un livre à leur sujet, et ’et spécialement pour les photographier qu’il a fait venir un appareil.

Nids et poursuites.


« 4° Suite du Mindjar : 25 kilomètres. Mêmes cultures. Le Mindjar manque d’eau ; o conserve dans des trous l’eau de pluies. »


Nous croisons le train brinqueballant : trois petits wagons débordants d’Éthiopiens par toutes leurs porte et fenêtres. Une épave d’auto-mitrailleuse. La savane semi-aride est parsemée de loin en loin e beaux arbres nommés acacias par les Européens du coin, mais qui n’appartiennent pas plus à ce genre que ce que nous nommons ainsi en France. Ils sont évasés en forme de coupes de champagne et leurs fleurs blanches en figurent l’écume. Naturellement des eucalyptus ici et là, qui n’existaient pas du temps de Rimbaud. Beaucoup de coulées de laves. À notre gauche le mont Yérer, volcan éteint ; à droite, la chaîne des montagnes continue jusqu’à Harrar.

Nous rencontrons surtout des Amharas tout vêtus de blanc souvent très poussiéreux, mais qui devient éblouissant pour les fêtes comme nous avons pu le voir quelques jours auparavant lors des fêtes du dimanche des Rameaux orthodoxe à Lalibéla.

« ...Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie... »
On pourrait décrire les vêtements des hommes comme de courtes toges drapées en plis circulaires sur la poitrine et le ventre. Ils ont l’habitude de porter leur canne à deux mains derrière leurs épaules, exercice dont nous sommes bien incapables, et qui leur conserve un port seigneurial. Les femmes utilisent des étoles nommées « natalas », en coton blanc, souvent brodées de minces bandes multicolores aux deux bouts, dans lesquelles elles s’enroulent la tête ou portent leurs enfants sur leur dos.

Rimbaud s’est mis à apprendre l’Amharique spécialement pour la caravane Labatut. À Aden, le 18 novembre 1885, il écrit dans une lettre aux siens :

« ...À présent il faut que vous me cherchiez quelque chose dont je ne puis me passer, et que je ne trouverai jamais ici.

Écrivez à M. le Directeur de la Librairie des Langues orientales à Paris :

Monsieur,
Je vous prie d’expédier contre remboursement à l’adresse ci-dessous, le Dictionnaire de la lange amhara (avec la prononciation en caractères latins), par M. Abadie de l’Institut.
Agréez, monsieur, me salutations empressées.
RIMBAUD, à Roche, canton d’Attigny, Ardennes.

Payez pour moi ce que cela coûtera, une vingtaine de francs plus ou moins. Je ne puis me passer de l’ouvrage pour apprendre la langue du pays où je vais et où personne ne sait une langue européenne, car il n’y a là, jusqu’à présent, presque point d’Européens.

Expédiez-moi l’ouvrage à l’adresse suivante :

M. Arthur Rimbaud, hôtel de l’Univers, à Aden.

Achetez-moi cela le plus tôt possible, car j’ai besoin d’étudier cette langue avant d’être en route. D’Aden on me réexpédiera à Tadjoura, où j’aurai toujours oà à séhourner un mois ou deux pour trouver des chameaux, mulet, guides, etc., etc... »


Rimbaud enfin arrivé à Tadjoura, le livre tarde à venir. Le 3 décembre :

« Envoyez-moi le dictionnaire demandé à l’adresse donnée. À cette même adresse par la suite, toutes les communications pour moi. De là on me fera suivre... »
Le 10 décembre :

« ...Je vous rappelle le Dictionnaire amhara par M. d’Abbadie, que vo us avez dû déjà demander. Je ne puis m’en passer pour l’étude de la lange. Je crains seulement, en y pensant, que le poids de ce volume n’excède le maximum des colis postaux. S’i ent était ainsi, adressez-le comme suit :

1. MM. Ulysse Pia et Cie, à Marseille.

avec une lettre priant es messieurs de faire parvenir ledit colis, par les Messageries maritimes à

1. MM. Bardey, négociants à Aden.

Ces derniers, avec lesquels je me suis remis en partant, me feront parvenir le colis à Tadjoura. Dans la lettre vous prierez MM. Ulysse Pia et Cie de vous dire le fret et les frais payés par eux à Marseille pour la transmission dudit colis à Aden, et vous leur rembourserez par la poste.

Ne me faites pas égarer ce colis comme l’autre, la caisse de livres. Si vous l’avez envoyé par la pote, il me parviendra toujours ; s’il était trop volumineux par la poste, je suppose que vous ne l’aurez pas envoyé par le chemin de fer à Marseille sans destinataire. Il faut quelqu’un pour embarquer ladite marchandise à Marseille et payer le fret sur le vapeur des Messageries maritimes ou bien elle reste en souffrance.

J’espère toutefois que vous avez pu l’envoyer par la poste. Dans le cas contraire, je vous indique ce qu’il y a à faire. Je désirerais bien cependant ne pas me mettre en route, fin janvier, sans ce livre ; car, sans lui, je ne pourrais étudier la langue... »


Le 2 janvier 1886, il « attend toujours le livre demandé ». C’est qu’il y a un problème sur le titre. Les « siens » ne sont pas sûrs d’avoir trouvé le bon livre. Le 6 janvier :

« ...Vous m’embarrassez fort en vous embarrassant. Le reçu de ce livre va être à présent fort retardé ! C’est bien ce qui est indiqué :

« D’Abbadie ; - Dictionnaire de la langue amarinn, 1 vol. in 8°. »

Envoyez-le, sans pls de retard, à mon adresse ordinaire : hôtel de l’Univers, à Aden, si la poste veut bien le prendre ; et dans le cas contraire, s’il faut l’envoyer par chemin de fer, expédiez, comme je vous l’ai indiqué, à :

1. MM. Ulysse Pia et Cie, à Marseille,

pour

1. MM. Bardey frères, à Aden.

Ceux-ci me feront suivre à Tadjoura... »


Le 31 janvier 1886 :

« ...Je n’ai rien reçu de vous depuis la lettre où vous m’envoyiez le titre de l’ouvrage que je réclamais, en me demandant si c’était cela. Je vous ai répondu affirmativement dans les premiers jours de janvier, et je répète, dans le cas où cela ne vous serait pas parvenu :

« Dictionnaire de la langue amarinna par d’Abbadie. »

Mais je suppose que l’ouvrage est déjà en route et il me parviendra, car, du train que le choses marchent, je vois que je serai encore ici fin mars... »

Le 28 février 1886 :

« ...Je crains que vous n’ayez pas rempli les formalités pour l’envoi du dictionnaire amhara : il ne m’est rien arrivé jusqu’à présent. Mais peut-être est-ce à Aden ; car il y a six mois que je vous ai écrit à propos de ce livre pour la première fois, et vous voyez comme vous avez le talent de me faire parvenir avec précision les choses dont j’ai besoin : six mois pour recevoir un livre... »
En fait, il n’y a que trois mois. Le 8 mars 1886 :

« ...J’attends toujours ledit volume, je trouve que le retard s’accentue. Je ne pars pas d’ici d’ailleurs avant mai..., »

Enfin, au bout en effet de six mois, le 21 mai 1886 :

« ...Je trouve à Aden, où je suis venu passer quelques jours, le livre que vous m’avez envoyé.

Je crois que, définitivement, je partirai fin juillet... »


Il partira seulement au début d’octobre 1886.

Antoine d’Abbadie, auteur du livre tant désiré, était né le 13 janvier 1810 à Dublin d’un père basque et d’une riche mère irlandaise. Fasciné par le problème des sources du Nil, il fait une série de voyages en divers pays, notamment en Éthiopie, et publie de nombreux ouvrages de linguistique et géodésie. Après de nombreuses aventures, il fait construire par Viollet-le-duc et ses assistants, le magnifique château-observatoire néo-gothique de l’Abbadia à côté de Hendaye, qui devait être inauguré par Napoléon III en 1870, ce que la guerre a rendu impossible. Il est devenu secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, et c’est à cette institution que sa femme d’origine anglaise a légué la propriété, car ils n’avaient pas eu d’enfants. En 1884, à 74 ans, il fait un dernier voyage en Éthiopie, cette fois en compagnie de sa femme. Mais il n’y a certainement pas rencontré Rimbaud qui en était parti le 10 mars. pour Aden, après la fermeture de la maison Bardey. Par contre c’est sans doute à l’occasion de ce voyage que Rimbaud a entendu parler de lui et de son livre.

On imagine les soirées de lecture et d’exercices à Tadjoura et dans le désert dénékil.

Plongeons et tournoiements.

« 5° Fin du Mindjar. La plaine cesse, le pays s’accidente ; le sol est moibns bon. Cultures nombreuses de coton. - 30 kilomètres ; »

Nous rencontrons des Afars, nomades qui transitent dans tout l’Ouest de l’Éthiopie, assez farouches, armés de kalachnikof et qui détestent qu’on les photographie, nous dit-on, ce dont nous gardons bien. Ils ont un grande troupeau de dromadaires, de zébus aux nuances splendides, depuis le gris habituel jusqu’à des acajous profonds, à cornes superbes faisant comme un Soleil au-dessus d’eux, moutons et chèvres ; tous ces animaux sont manifestement en bonne santé, malgré la famine qui règne plus au Sud. Une carcasse de camion totalement dépecée. Aigles bateleurs.

Essors et fuites.




« 6° Descente du Cassam. Plus de cultures. Bois de mimosas traversés par la route frayée par Ménélik et déblayée sur une largeur de dix mètres. - 25 kilomètres ; »


La route et la voie ferrée traversent le lac Beseka d’où elles émergent à peine. Aussi bien Addis-Abeba que Harrar sont trop élevés pour qu’il y ait de la malaria ; par contre elle est répandue dans les vallées. Une carcasse de wagon. Des aigles tournoient. Des haies de figuiers de Barbarie à fleurs jaunes. Bougainvilliers, eucalyptus, « acacias » pleureurs Vautours.

Un arbre couvert d’oiseaux comme de fleurs qui s’envolent brusquement.


« 7° On est en pays bédouin, en Konella ou terre chaude. Broussailles et bois de mimosas peuplés d’éléphants et de bêtes féroces. La route du Roi se dirige vers une source d’eau chaude, nommée Fil-Ouaha et l’Hawash. Nous campons dans cette direction à 30 kilomètres du Cassam ; »


Nous arrivons dans le parc national de l’Awash, autrefois réserve de chasse de Haïlé Sélassié. Cette route « royale » a été frayée par Mébélik à l’intention de son épouse qui aimait aller se baigner depuis Entotto dans la plus belle des nombreuses sources thermales de la région. Elle fait partie de ce parc et nous avions le projet de nous arrêter au retour à cette source Filwoha, mais les difficultés climatiques et matérielles nous en ont empêchés. Nous nous dirigeons à droite vers les cataractes de ce fleuve impressionnant qui pourtant finit par se perdre dans les déserts. Après avoir payé au guichet nous jouons avec des singes et nous arrivons aux tourbillons.

Puis nous allons jusqu’à un camp de caravanes motorisées, avec un restaurant en terrasses, Kereyou Lodge, sur les gorges vertigineuses que nous étudions aux jumelles. Sur la rambarde un « majestueux corbeau des saints jours de jadis » que nous ne dérangeons nullement en sirotant nos bières.

Une épave de tank. De nombreux troupeaux d’oryx entre les buissons. Des perroquets.

Il n’y a plus d’éléphants dans le parc, mais il en reste dans un autre parc national, beaucoup plus grand, directement a Sud de Harrar. Dans celui-ci, nous dit-on, beaucoup d’autres espèces : koudous, bubales, crocodiles dans les sources chaudes, lacs et rivières, et même des lions, léopards et guépards, chacals et surtout hyènes qui sont nombreuses autour de Harrar.

Le parc national de l’Awash est habité par des Afar dont nous avions vu un échantillon, et deux tribus d’Oromos, les Kereyous (Careyon) et les Etous que Rimbaud appelle Itous dans la suite de son « Itinéraire », lesquels sont répandus aussi sur les pentes et les crêtes de la montagne jusqu’à Harrar.

À la sortie du parc national nous arrivons à la ville d’Awash née du chemin de fer. Nous avions retenu nos chambres au buffet de la gare tenu par une vieille grecque surnommée « la môme Kiki », née en Éthiopie, dont l’établissement eut son heure de gloire et dont le civet de phacochère reste fameux. Mais quelle décadence ! Nous obtenons enfin, Marie-Jo et moi, en tant que doyens, une des deux « chambres impériales », très hautes de plafond, avec une immense salle de bains. Les fenêtres ne fermaient pas et même la serrure de la porte ne fonctionnait plus ; nous l’avons bloquée avec de lourds fauteuils. Quant à la baignoire elle ne se vidait pas, et la douche, après avoir donné un filet d’eau roussâtre, a perdu définitivement sa pomme. Pour le dîner, dans une cour plantée d’arbres dont l’ombre doit être agréable dans la journée, nous nous sommes rabattus sur de vagues spaghetti. Le train ne passe pas souvent, mais il le fait savoir.

Nous avons donc fait en une journée le trajet de Rimbaud en une semaine.

Publication en ligne : 14 juin 2009

Réagir à ce texte

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette