Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 1981 - Entre l’ombre et le mot...
Raphaël Monticelli
Texte accompagnant l’exposition à la galerie d’art contemporain des musées de Nice
de la série des maquettes
Entre l’ombre et le mot la connivence est ancienne ; l’un comme l’autre révèlent ce dont ils dépendent, et qui perd son ombre se perd.
(Mais il existe aussi ce conte de mondes qui se forgent dans des explosions muettes ; non pas silencieuses ; inouïes)
Ceci, comme la légende d’une formation de mode, comme une ombre au tableau.
(Et la genèse n’est pas l’histoire de la formation du monde, elle est parole de sa création.)
On dit que les lieux les plus denses de l’espace défient le regard ; ils ne peuvent être vus, mais on les sait ; et l’on sait aussi que, comme ils happent la lumière, ils sont les lieux d’un autre temps.
Évidents et mystérieux, ils laissent d’abord celui qui s’y heurte muet - aveugle.
Ils agacent l’esprit, signalent son ignorance : ils ne sont porteurs d’aucune vérité à méditer… seulement d’un savoir à construire.
Ils sont là, concentration de parcelles, d’atomes. Et ils font dire.
L’œuvre -ombre sans corps, objet sans parole- les bribes de toile s’y sont réunies autour du corps perdu caressant l’espace à naître, corps voyageur ou astronaute, ni plongeant à travers l’espace ni le sillonnant, mais le constituant, tendu à se tracer, à s’empreindre dans ce recueil de tissu, son monument.
Mis en déroute des certitudes du corps et plaisir de la marche dans l’espace, plaisir des incertitudes comme on rêve parfois l’objet si petit qu’on l’avale ou (le même ?) si grand qu’on s’y perd.
Mise en fuite des certitudes des yeux, et la couleur d’abord comme un plaisir des matières, comme une invite à des gestes divers, odeurs différentes où la fadeur de la colle se mêle à l’ammoniac, liquidités qui éclaboussent avant de se répandre, pâtes que l’on étale, que l’on étire, différentes pour la peau et les mains et les doigts avant de l’être pour l’œil.
Plaisir des métamorphoses, du corps en lieu, du lieu en œuvre, du plan en couleur, du geste en objet, du temps en chose, de l’œuvre en œuvre. Passion de la recherche quand tout peut se rompre et chavirer : là où l’œuvre de Charvolen se forge, qui ne peut s’embrasser du regard, parce que c’est là que se forment les modèles, que les mots et les corps se cherchent, que s’inventent les yeux…
Comme une danse qui se ferait objet.
Comme un temps réuni.
Vue de l’exposition à la GAC
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