Accueil > Les rossignols du crocheteur > GIATTI Remo > 2021 Les inventeurs d’images

RAPHAËL MONTICELLI

GIATTI Remo , 2021 Les inventeurs d’images

Conversation entre Remo Giatti et Raphaël Monticelli

Publication en ligne : 26 novembre 2022

Pour retrouver "2021 Les inventeurs d’images" dans " Les rossignols du crocheteur ", aller à : Les rossignols du crocheteur > GIATTI Remo
Artiste(s) : Remo Giatti

Ce texte a été publié par la Diane française (Nice) en 2021 dans un ouvrage particulier, tiré à un très petit nombre d’exemplaires (30 au total) pour célèbrer la carrière d’un artiste, Remo Giatti, graveur émérite, à travers l’évolution de son propre travail mais également à travers son parcours professionnel, les rencontres d’autres artistes, graveurs, écrivains, éditeurs, avec qui il a exposé, communiqué, partagé – certains sont toujours là pour témoigner, d’autres nous ont quittés. La partie consacrée au travail de Remo Giatti permet de suivre l’évolution des techniques et matériaux qu’il utilise – le métal, le bois, le lino, mais aussi le plexi, le rhodoïd et des pièces industrielles, de voir le mélange des techniques, surprendre l’apparition de la découpe du support et de l’importance des blancs, des évidements… et ceci au long de 37 estampes de petit format (16 x 23 cm).


RG : Merci pour cet éclairage des notions muséales et ethnologiques des objets communs et d’affection et des territoires. Ce que tu dis a été bien théorisé par Rivière et de Varine dans le domaine de l’expérience écomuséale des territoire, en particulier quand il s’agir de donner sens à une communauté. « Objets, signes, musées », voilà aussi un autre texte italien fondamental pour ce sujet particuler. Si nous disons « Musée », c’est tout un monde qui s’ouvre. Pour le dire vite : d’un côté, en raison de mon travail pendant quarante ans dans le domaine du patrimoine culturel, d’un autre côté, parce que je suis un amateur d’art obstiné, j’ai toujour aimé des environnements de ce genre. J’ai toujours eu en moi l’idée du musée et l’instinct du collectionneur, et je crois bien ne rien dire de neuf en affirmant que tout le monde doit, ou devrait, prendre soin et aimer ces aspects essentiels de la vie humaine.

Il s’agit d’un travail complexe, unique, dont l’objectif est d’être une véritable petit « Musée de poche ». En bref, j’ai tout de suite pensé à une solution contempoiraine à mi chemin entre « la sculpture de voyage » des années 50 de Bruno Munari, et les collections de curiosités de cet accumulateur impénitent du XVIIe siècle italien, Manfredo Settala que l’on considère un peu comme le précurseur des collections personnelle et muséale.

Un peu à la façon des trousses de secours domestiques, il est divisé en trois partie et propose : un recueil de 37 de mes œuvres de diverses techniques, depuis 1974 jusqu’à aujourdhui, une partie comprenant 25 œuvres, réservée aux amis-collègues et, surtout, aux grands Maîtres, hélas disparus dont je veux absolument perpétuer le souvenir, parce que je suis fier des conseils qu’ils m’ont prodigués, des enseignements, et des parcours de vie et de travail que j’ai pu partager avec eux. Ce sont les Maîtres importants d’une Italie médiocre qui est en train de les oublier avec la même insoucience qu’elle ignore les centaines d’artiste qui depuis la dernière guerre du XXe siècle ont enrichi le monde de l’art italien (… opérateurs culturels, où êtes-vous.?!)

Dans ma production de livres d’artiste qui s’est développée ces derniers temps grâce à ma relation avec l’éditeur français Jean-Paul Aureglia est née l’idée de rassembler dans une édition spéciale un bel ensemble d’œuvres, des miennes, ou de celles que j’ai obtenues, comme je te l’ai dit, d’artistes que j’ai rencontrés pendant 45 ans d’activités, avec lesquels j’ai lié des relations d’amitié et de travail. Il faut pourtant que je précise que certains d’entre eux ne peuvent malheureusement pas être présents dans ce recueil, parce que ce sont des sculpteurs, des peintres ou des photographes. Je devrai me limiter à les citer rapidement, si tu en es d’accord, mon cher Raphaël.

Je cherche par ailleurs à récapituler des faits, des expériences, des connaissances qui ont été déterminantes dans ma vie, mais c’est un discours « in progress » et qui pose aussi des problèmes, parce qu’on ouvre ou on rouvre de vieilles fenêtres, d’anciennes cicatrices causées par des événements que l’inconscient tend à oublier dans les tiroirs de la mémoire. Il peut être dangereux de les ressasser ; en outre, ici, nous devons être synthétiques, sans commentaires ou émotions, et du coup, il me semble que nous devrons nous limiter et rester dans notre sujet de la façon la plus synthétique possible

RM : Sans quoi, de proche en proche, d’artiste en artiste et de période en période, on risque bien d’en appeler à toute l’histoire de l’art… C’est comme, en littérature, l’impossible exhaustive description d’un objet… Cela dit, tu vois… pour la deuxième fois notre conversation et les références que tu fais à Munari et Settala, me ramènent le souvenir du travail de Marcel Duchamp. Sa « boite en valise » allait bien dans le sens de ce que tu dis, et de ce que tu fais, à cela près que son intention portait sur son propre travail, que la boite ne contient que des reproductions et que celles-ci sont en modèle réduit.

RG : et comment alors ne pas penser à Arturo Schwarz, personnalité d’une importance énorme dans l’histoire de l’art contemporain, avec qui nous avons tous deux partagé, il y a quelques années, un parcours poético-artistique ; Arturo Schwarz a été l’ami et le collectionneur de Duchamp. Je crois qu’il partagerait nos propos.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP