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RAPHAËL MONTICELLI
C’était en 2015. Quarante ans après l’assassinat de Pier Paolo Pasolini. Thierry Renard publiait aux éditions de la Passe du vent, un hommage collectif : « Un printemps sans vie brûle. Avec Pier Paolo Pasolini ». Je lui proposais a dispètt del mond. En 2019, je reprenais ce texte dans les Chants à Tu, toujours à la Passe du vent. 2025. Cinquante ans après l’assassinat de Pasolini, je mets ce texte en ligne, en fraternel hommage. Le titre est en émilien. Il pourrait se traduire par « en dépit du monde » ou « en contradiction avec le monde »... L’émilien y côtoie le romanesco (mâtiné d’une pointe de tiburtino), l’italien et le français. Je ne me sens pas de proposer chaque fois une version française. Ça n’aurait pas le même goût.
Je vais faire un effort pour e mond valùdegh. La traduction la plus simple devrait rendre l’idée de la vanité du monde. Inconstant serait le mot le plus approprié, le plus proche de la racine latine volaticus.
At salûd ! Te saluto, Pier Pà !
Mi viene in mente
mi viene
tu
surgis
visage émacié comme toujours
regard brûlant
Mi vieni in mente
tu
me reviens
C’était l’époque
pleine d’odeurs et de brumes
un temps d’orage lourd sur la planète
les fleurs penchaient du côté de l’orient
on aurait dit il pleut
il pleut sur le monde
une horreur de mitraille un arc en ciel
de cris et de meurtre
il pleut
la grêle de métal il pleut
l’ondée du malheur
tu me reviens
Tes mains fleurissait d’espoir déçu
d’espoir
enfui
un ciel terni
ciel pourtant
espoir aussi
Comme aujourd’hui
era l’epoca della
Rabbia
la Rabbia Pasolini
Le monde était brûlot
de haines
de rancœurs meurtres trahisons
comme aujourd’hui
C’était un monde puisant dans l’injustice
sa raison d’être dans la douleur des humbles
la satisfaction des nantis
dans la dépossession des peuples
la joie des puissants parmi les pleurs
leurs rires
Comme j’aime ta colère comme
elle me réjouissait me faisait
sentir que le monde est possible
Comme aujourd’hui
eccomi Pier Paolo
eccomi
usando la madre lingua come una lingua straniera
eccomi Maestro e Fratello
a son che e a fag fatica con e modnez
l’è pien d’sass e d’aria e d’erba e d’fien
con el profum d’la stalla
Emilia in me rovinata
Non sono ricordi
è
come chi sanguina
parlo come chi svanisce o muore
Eccome colla parola tiburtina
quella de mammoma
i racconti di nonno
eccome Pier Pà
dove te ne si itu
perche ci ha lasciati soli
sotto al sole rovento d’en mondo perso
dimme, dimmi, Maestro, dove sei andato ?
Le monde crissait alors
se vidait de ses dieux
La terre
perdait la force de ses fleurs
comme aujourd’hui
ta voix
en forme de rose
comblait malaisément
e mond valùdegh
Ero sedicenne quando
incontrai Pasolini
Non te, caro morto,
non te, oramai cenere
ma
quel Pasolini del Vangelo
l’innamorato di Cristo
sempre vivo
e più vivo di vivo
Te t’incontrai pochi anni dopo
e fosti solo un nome
uno che disse buondì e se ne andò
Piazza del popolo Roma
in un caffè
Ciao Pier Paolo disse l’amico
e Pier Paolo Ciao disse
e se ne andò
Lo hai riconosciuto disse l’amico
quello è Paolini
ed io tremavo
Des fleurs
ne restent plus que tes mains habiles
comme aujourd’hui
Comme aujourd’hui
notre horizon tremblait
seule demeuraient
l’évidence des corps
et la tension de l’âme
et la fleur de tes doigts
ouverts
en bout de paumes
a dispètt del mond
le tue ceneri oramai sono
mischiate con quelle del fratello Gramsci
tu comunista odiato
persino dai fratelli comunisti
Tu Maestro
sempre apprendista
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