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CHANTAL DANJOU
L’Ombre et le ciel Le Ciel et l’ombre est un roman publié aux éditions Orizons en janvier 2021. Ce roman se veut la chronique d’un couple mixte qui se poursuit sur plusieurs générations, de l’après-Guerre d’Algérie jusqu’à nos jours.
En couverture, Blue note de Henri Yéru, acrylique sur toile
Portail de l’espace de Chantal Danjou
Les trois femmes crièrent leur admiration en même temps. C’était un beau livre ! Un sacré beau livre à couverture sablée ! Épais avec ça !
— Elle a drôlement travaillé !
À cette remarque, Catherine se sentit fière de son amie. « Je ne suis pas algérienne », « Mais tu tiens ta place », consentit le Maktub. FEMMES SPOLIÉES, lurent-elles en même temps, Eliza sifflant un peu sur les F et les S. Et le titre parut aussitôt prendre ses aises dans le salon comme s’il avait été fait pour le canapé où s’étaient déjà assises les trois jeunes femmes, pour la table basse où fumait le thé, pour le mur où il aurait parfaitement pu s’inscrire en lettres publicitaires. Eliza feuilletait déjà le livre.
— C’est étrange qu’elle utilise le mot « aventures » pour parler de ce que nous avons vécu dans le Djébel.
— C’est une philosophe. Elle veut dire qu’il n’y a pas d’événements historiques ni de revendications légitimes sans une expérience intérieure. Une double aventure, en quelque sorte !
— Ni sans douleur… – Et le visage d’Ibitsen s’assombrit.
Catherine sentait bien que c’était le moment ou jamais pour elle de rejoindre leur communauté de femmes qui ne ressemblait à aucune autre communauté de femmes selon elles. Elle vit nettement la spirale s’articuler autour de son point central : les Algériennes. Ensuite, la femme arabe, la femme, même si la notion de statut de la femme les dépassait encore, et, éventuellement, la femme européenne. Les autres nations n’existaient guère. Si Nancy s’était risquée à développer la situation de la femme en Chine, par exemple, d’emblée le livre leur serait tombé des mains. Nancy était assez fine pour l’avoir compris. Cela ferait l’objet de recherches futures qu’elle avait certainement déjà commencées. Mais, elle, Catherine, serait-elle admise dans leur cercle ? « J’ai quand même épousé un algérien ! » Elle s’en voulut aussitôt de songer à sa légitimité sous cet angle. C’était peu féministe. Elle avait craint aussi que Nancy qui rêvait d’écrire un jour un roman ne choisisse un titre dans la veine de ceux de Colette, L’entrave ou La femme cachée. Ouf ! Elle avait adopté un ton plus accusateur. […]
Après les guerres, même s’il y a un décalage, une autre vie commence. Et Ibitsen observait le paysage encore immobile, écoutait le chuintement léger de temps mort qui précède tout changement. La réparation viendrait. Elle en était certaine. C’était le pouvoir des mots du livre.
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