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MAICA SANCONIE
Avec cette nouvelle intitulée Alma mia, Maïca Sanconie continue à donner voix à l’intimité, aux frontières fragiles entre la vie et la mort, questionne la mémoire. Elle offre un point de vue original à la fois sur le féminin et sur le regard que la femme porte sur le monde.
La narratrice se réveille dans une baignoire, espace confiné et familier, enfermement mais aussi lieu extrême où être seule, se questionner sur la liberté et le rôle accordés aux femmes. Revenant lentement à la vie et alors que son esprit reprend conscience de son corps, elle ne peut, de l’aveu même de son auteur, que penser, pas encore parler. Lorsqu’elle émet un son, celui-ci est inarticulé. Qui peut l’entendre ? Pourtant sa voix silencieuse contient un monde et la littérature, poursuit Maïca Sanconie, est l’espace de cette audition.
Chantal Danjou
Pour la petite histoire, cette nouvelle a été traduite, lue et a donné lieu à un débat aux rencontres internationales sur la nouvelle auxquelles je participais moi-même en Irlande en juin dernier.
Je me suis réveillée dans l’eau comme ils m’ont mise dans la mort. Les genoux contre les épaules, la tête inclinée, les bras serrés sur moi. Sans doute est-ce la chaleur de l’eau qui m’a sortie de mon long sommeil, sa caresse légère et aussi quelque chose à mes épaules, une fraîcheur nouvelle : l’air. Un air du dehors, vivant, bruissant. Je prends conscience de ces contacts sur ma peau – ma peau brune. Et en songeant à la couleur de ma peau j’ouvre les yeux. Juste les yeux, sans rien bouger ni de mes membres ni de mes mains ni désormais de mes paupières. Ce que je vois de mon corps est mien, suffisamment, pour que je me reconnaisse. Je suis encore accroupie pour l’éternité, peau brune, corps svelte, tête nue. Je ne sens pas le poids de mes cheveux ni leur mouvement d’algues. Je suis donc revenue dépouillée de tout ? Car je suis revenue. Je ferme les yeux. L’eau cherche sa place autour de moi, s’organise. Je prends peur. S’organiser pour s’accommoder de mon corps ou s’en distinguer ? Est-ce moi qui la repousse ? Je cligne des paupières, malgré moi, par pur réflexe. Ma tête repose au calme de l’air, ma tête d’humaine, rase et lisse, posée sur l’horizontale de mes bras. L’eau m’enveloppe. En réalité, c’est la douceur de l’eau qui m’incite à déplier mon corps. Un désir d’infini propre à la circulation de l’eau depuis toujours. Le souvenir d’avoir parcouru librement le monde dans toutes ses époques. Aucune image ne vient apparaître sous mes paupières et cependant mes membres, immobiles dans ce bain tiède, se souviennent de ces mouvements.
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