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RAPHAËL MONTICELLI
Sur une photo d’Henri Maccheroni
Photographie d’Henri Maccheroni sur le site de Tipasa.
Arrive à mes lèvres une saveur gris lessivé
le goût des pierres du temple
mordues de pluies de soleil de vent d’excréments de vies d’insectes
burinées criblées piquées mouchetées
poncées par une poussière de terre qui s’incruste dans les tavelures
Furent-elles jamais blanches ?
Le miel lumineux des genêts une odeur camphrée vague le romarin la sueur de la sauge
Elles brillaient de rouge sulfureux cerné de suie
mêlaient les ors et l’électrum
buvaient avec les prières la fumée des sacrifices et les eaux lustrales
enveloppées de voix lamentations hymnes de joie de détresse
dans la houle des haines de l’espoir
Tendre explosion des bougainvillées de la fleur de grenade
Les dieux sont morts elles demeurent
parmi les involucres des iris les héliotropes en dentelle
Corps ensommeillés elles demeurent
gisants parcourus des frissons de la terre
que soutient la berceuse des eaux et du soleil tout proche
dans la chaleur des hibiscus et des lentisques
Les dieux sont morts elles demeurent
Les accueillent
la fraternité des arbres et des fleurs
la marche prudente de l’olivier la cérémonie des pins la prière des cyprès
et la douceur feutrée des ravanelles
Une aiguille de pin tombe sur le sol
ainsi commence l’ivresse la symphonie du monde
griffe délicatement l’air avant de se poser
aiguille parmi les aiguilles
soulève
un minuscule halo de poussières odorantes
happé aussitôt par des parfums iodés
Chute minuscule l’horizon chancelle
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