Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHACALLIS Louis > Chacallis, de la peinture comme mythographie
RAPHAËL MONTICELLI
En organisant mes archives numériques, je retrouve ce texte que j’avais complètement oublié. J’espère ne pas me tromper en me l’attribuant. Il date de 1986 et évoque l’exposition que Louis Chacallis faisait alors à la galerie d’art contemporain des musées de Nice, avec une préface de Laurence Louppe.
Mon texte a certainement été publié dans Le Patriote : qui qu’en soit l’auteur, je le reprends volontiers à mon compte : en le relisant, je retrouve les idées et impressions que faisait -et fait- naître en moi l’œuvre de Chacallis.
C’est un fait : Pour Louis Chacallis tout mythe peut faire image, et il a, pendant des années, travaillé sur notre mythe amérindien. Ce que l’exposition que lui consacre la galerie d’art contemporain des musées de Nice nous apprend de nouveau, c’est que, pour lui, toute image peut (doit) devenir élément d’une mythologie... Et il va emprunter à l’orient des derviches, à la grèce du Minotaure ou des Argonautes, à l’Amérique du dernier des mohicans, ses références et ses impulsions... Une anecdote racontée dans le catalogue éclaire bien ce rapport presque magique à la figure et au volume :
« Je me souviens aussi qu’un jour, donnant un cours sur le volume à des enfant, ils étaient inattentifs et chahuteurs. Je me mis à confectionner un prsonnage très élaboré. A mesure que l’objet prenait forme un silence se fit de plus en plus grand. Peu à peu les élèves m’entouraient »graves« et »sérieux« ; quand l’ouvrage fut terminé, l’un d’eux me dit avec émotion : »Monsieur, ça, c’est de l’art« (...) Un silence qui contenait une immense joie, je l’éprouvais aussi ; il y avait de la présence en acte ce jour là dans la salle de classe. »
Et c’est bien ce que Chacallis demande d’abord à sa figure : d’être une présence en acte, ce qui n’exclut évidemment pas une attention à la dramaturgie, à la mise en scène des figures, dans leur position, dans leur attitude, comme dans leurs rapports, et dans leur place dans l’espace de la galerie.
Encore faudrait-il que les derviches, le minotaure ou le dernier des mohicans ne nous masquent pas un autre mythe efficace, une autre mythologie à l’oeuvre : la peinture elle même. Sur ces figures se projettent en effet techniques variées et références à l’histoire de l’art, du dessin académique à celui de la B.D., du graphisme aux divers modes de coloration, du pinceau au dripping. Tout comme elles sont projetées elles-mêmes selon des modes qui semblent explorer les diverses possibilités offertes dans l’histoire : de la mise en situation dans un temple égyptien, à la mise en scène proche du théâtre, une sorte de cliché scénographique, en passant par l’objet éclaté, quand, l’image une fois terminée, elle est comme déconstruite et étalée, soigneusement éclatée, sur tout l’espace d’un mur.
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