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RAPHAËL MONTICELLI
Trois artistes au château de Gorbio
Situé à Gorbio, dans le haut-pays mentonnais, le château-musée Lascaris présente une exposition d’art contemporain par an depuis une vingtaine d’années.
Jusqu’au 14 novembre 2026, Il propose les travaux de Max Charvolen, Martin Miguel et Serge Maccaferri.
Ces trois artistes s’étaient associés à la fin des années ’60 pour fonder le « Groupe 70 » avec Louis Chacallis et Vivien Isnard. Le groupe s’inscrivaient dans le courant de la peinture analytique et critique ; il est identifié comme partie prenante de « l’école de Nice ».
Texte paru dans le Patriote
Deux mots d’abord sur la peinture analytique et critique qui se développe en France et dans le monde à partir des années 60-70. Elle désigne, écrit Martin Miguel, « des artistes qui à la fin des années soixante ne se satisfont plus des espaces préconçus (les formats codés de toile tendue sur châssis) pour envisager la peinture (…) Alors, avant toute action picturale, on nie et défait ces espaces préconçus, devenus obstacle plutôt que promesse, et les matériaux qui le constituaient s’offrent en des allures inédites qui engagent l’acte de peindre et l’objet peinture lui-même de façons aussi inédites »
Tout en employant de façon inédite les matériaux, constituants et outils classiques de l’art, ils y intègrent des objets, des matières, des outils, des réflexions, des problématiques qui lui étaient étrangers.
À partir de ces préoccupations initiales communes, Charvolen, Maccaferri et Miguel donnent à voir des objets très différents. Parce qu’ils se focalisent sur des matières différentes et parce qu’ils les emploient selon des procédures différentes. Charvolen questionne la représentation classique des objets et des lieux, et la très ancienne question : « comment représenter des objets et des lieux tridimensionnels dans l’espace en deux dimensions de la peinture. Miguel travaille sur le rapport que ce qui est peint entretient avec le support sur lequel c’est présenté, en particulier le mur. Maccaferri agglomère des éléments de récupération, tenus par des grilles, associés par du plâtre, jouant sur le clair obscur de notre mémoire.
Les œuvres exposées jouent avec les textures, toile, papier, métal, grillage, ciment, plâtre, interrogent l’espace d’exposition et forcent le visiteur à regarder le matériau pour ce qu’il est. Les toiles se détachent du mur, se plient, se découpent et investissent l’architecture avec une liberté totale. Le paradoxe, c’est que cette approche -tout analytique et critique qu’elle soit- provoque des impressions fortes, des sentiments, et semble souvent ouvrir la voie à la parole poétique.
Trois pratiques très différentes. J’ai été cependant frappé par une évidence visuelle/plastique commune : dans les trois cas, les pièces se présentent avec des ouvertures, des échancrures, des manques, des ruptures, une relation constante entre le plein (là où apparaissent des matières transformées) et le vide (ces réserves à travers lesquelles on perçoit l’espace d’accrochage). Le spectateur est ainsi amené à considérer dans un même mouvement du regard, la pièce exposée, comme en constante évolution et l’espace qui l’accueille, comme partie active ou intégrante de l’œuvre présentée. Une réussite : ces trois démarches dialoguent bien entre elles. Elles dialoguent aussi avec l’architecture et les murs d’un château du XIIe siècle.
Quand je dis « parole poétique »…
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