Accueil > Au rendez-vous des amis... > Alocco, Marcel > Délibérément ringards
MARCEL ALOCCO
Fragments d’un cahier d’atelier {(Fiction)}
Le texte suivant a été publié en préface au livre Les artistes de l’an 2000, (Editions Fuss-Art, décembre 1999).
Il ne fait jamais référence au contenu de l’ouvrage que j’ai ignoré jusqu’à la parution.
Demandons-nous d’abord comment en nous éloignant nous lirons le vingtième siècle. Ce jardin à la française, aux allées sablées bien entretenues par les institutions, les galeries, la publicité, le marché, avec ses carrés homogènes (un carré, une étiquette) ses plants alignés (chaque espèce dans son carré), ses jardiniers spécialisés (mes carrés, seulement mes carrés !) : les conceptuels lègueront-ils un seul concept capable d’intéresser un philosophe, ou bien n’en persistera-t-il qu’un beau cube blanc, des séries de plaques d’acier, quelques écritures énigmatiques sur toiles ou cartels, bels « objets d’art » sur lesquels glisseront des regards sceptiques ? Commentera-t-on le réalisme des constructions d’Edward Kienholtz, des actions de Gina Pane, du décompte de Roman Opalka, des images de presse de Jean-François Dubreuil, artistes qui ont travaillé ou peint sur le sujet ? Ou bien ces deux derniers seront-ils assimilés avec Georges Mathieu, Cy Twombly, Gérard Duchêne, Pierrette Bloch en un courant que la critique malicieuse aura dénommé « Zécrivains » ? Fluxus, Nouveau Réalisme, Support-Surface (ces fragmentairement composantes principales aujourd’hui hétéroclites d’une hypothétique Ecole de Nice) resteront-ils dans les esprits des unités autonomes ou bien une lecture transversale reliera-t-elle les tampons d’Arman aux éponges palettes haricots de Claude Viallat, aux traces de gestes de Georges Mathieu, aux anthropomorphismes d’Yves Klein, aux promenades sur la toile de Jackson Pollock, ou à Ben articulant sur le monochrome de ses toiles le tracé sismique de ses bègues propositions qui seront alors perçues comme naïves, banales, insignifiantes ? Mes « déchirages », mes coutures, mes détissages ou tissages ne seront-ils plus qu’une mise en espace de gestes cycliques ou boustrophédons ? Serons-nous tous amalgamés dans un esprit du temps qui nous confondra d’abord en une seule image d’époque ou académisme du siècle, pour ne distinguer ensuite que quelques rares cas comme destins modulant dans un style personnel une proposition qui, la distance aidant, se révélerait très commune ?
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.