Accueil > Au rendez-vous des amis... > Blaine Julien > Encore un peu de patience
Cir-cons-pection ; il n’est jamais facile d’écrire à propos de la poésie c.a.d de la remettre d’où elle est sortie, par où nul sait - Sans compter qu’il y a du volume, en fait 3 et qui s’en suivent, sont des tomes : « 2013 » – « 2015 » – « 2017 » - De pesants tomes. Ne formant pas addition disjointe d’almanachs mais allant ensemble. L’ensemble fait quoi ? UN livre ? Comme les 12 tomes de la Recherche en sont un ? - Pas vraiment, je crois, bien que, voir les titres, cet ensemble se rapporte au temps, qu’on le dise passé, passant, ou perdu (– et en quel sens « perdu » ?) et que, dans cet ensemble, la « recherche » soit, j’en dirai comment, partout présente. D’ailleurs « livre » non plus ça n’est pas clair, du moins si le terme réfère à ce qui, sous ce nom mis en page comme en boite, se copie et se colle puis publie, accumule, vend, lit ou pas, et enfin pilonne, ouf... Jusqu’au prochain recyclage. « Livre », tel que Julien l’entend et le pratique (le fabrique... avec amour autant que science), cela peut dérouter le liseur d’aujourd’hui, le pour l’anonymat ciblé du marketing, liseur pour arracher à lecteur et lecture toute tripe d’action, puisqu’en ce cas il en va seulement d’une forme de dérive oculaire au fil de signes qui font tout pour l’oubli qu’ils en sont, eux sans corps, sans yeux, sans chair ni os ni graisse, eux dématérialisés, détachés du geste d’où ils proviennent, des formes enfouies dans leurs recroquevillages, eux anémiques et domestiqués, souteneurs de la lisure nôtre... A la lecture elle est ce que la conduite (assistée par ordinateur) sur autoroute est à la marche sur un sentier de montagne.
Soit que
: côté poète, l’enjeu sera d’abord de voir-ouïr l’enfoui du signe, puis d’une manifestation. Le premier moment est celui qui correspondrait à « recherche », souligné qu’elle s’effectue au ras du sentir-ressentir et s’enracine dans un vivre que l’intellect et la connaissance pourront certes prolonger mais jamais remplacer. Au début est, au tout début qui est toujours bien avant, était l’affect. Balbutiement où l’on trébuche. Est était l’expérience de la chose-signe, se faisant signe et faisant signe. Désormais ça dit. Au moins pour Un, sujet autant qu’objet d’une Rencontre comme aurait dit René Char, ou de l’émergence du Ready Made (en fait : du sens) comme avec Marcel Duchamp : c’est le regardeur qui fait le tableau. Maints exemples dans les Trois-Tomes, les plus immédiats ceux indexés comme « IHALI » ( « installation humaine anonyme laissée là par inadvertance ») mais aussi bien telle statue grecque (comme par hasard Tychè !) ou tel coquillage glané sur une plage lointaine, ou tel tatouage, ou telle figure charbonnée au fond d’une grotte. Dans le monde des signes pas de hiérarchie. Pas plus qu’il n’y a d’ancien ou de récent, de lointain ou de proche. Place seulement au règne des connivences et des renvois où l’un cligne de l’autre.
Deuxième moment, du poème. Dans l’élément des signes présents et de leur usage, il aura à trouver chemin pour transmettre l’énigme en la manifestant. C’est alors que l’élément-lettre et la typographie acquièrent leur fonction et que s’impose la nécessité de déjouer toutes les scénographies qui depuis quelques siècles ont abouti au « livre » comme il se fait, contrefait, publie, pilonne. Il y a longtemps qu’il le dit Julien, il « livre le livre » (j’ai envie d’écrire qu’il le « dé-livre »), comme il y a longtemps qu’il le dit qu’il est un « poète élémentaire » ; et « hui » (2013-2015-2017) ? - Il « continue ». C’est tout et ça n’est pas rien.
: côté lecteur sera espéré pour commencer, un désapprentissage de la lisure et, au terme l’apprentissage
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