Accueil > LES BRIBES > LE JOURNAL INTERMITTENT > Journal Intermittent, décembre 2004, Basilic 19
RAPHAËL MONTICELLI
Photos de Frédéric Cochard
La catastrophe du portrait.
L’artiste est assis dans une pièce vide et nue. Fenêtres fermées. La lumière ne changera pas.
Il se tient seul, face à son appareil photo. À côté de l’appareil, un miroir lui permet de surveiller sa propre image. La distance ne changera pas. Ni l’angle. Ni l’ouverture. Ni la vitesse.
Il a bricolé un système mécanique de déclenchement. Au pied. Le buste, les bras ne doivent pas bouger. Seule bouge la vie du visage. Mouvement des lèvres. Regards. Légères rotations. In ictu oculi. Détournement du photomaton. Éclosion d’une identité plurielle. Rêve multiple de soi que la chambre obscure révèle. Âmes nombreuses qui montent de chacun de nous. Brumes laiteuses qui trompent la nuit.
Dérobades de l’identité.
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Delphes
Soleil de mai. Jaunes rouges bleus éclosions melliflues entêtement des insectes patience des oiseaux pariade des ailes blanches parmi les abeilles. Groupes de touristes selon les heures.
Oliviers. Une mer d’oliviers. Des marbres. Éboulements, écrasements. Restaurations anciennes déjà. C’est l’espace d’Athéna et le trésor des Marseillais.
Du matin au soir l’artiste colle ses morceaux de toile sur ces ruines. Sous l’œil de l’archéologue. Enrober le vieux trésor. Mouler ? Réparer ? Emmailloter ? Momifier ? Panser ? Relever ? Marquer les différences sur le blanc de la toile en bleu rouge jaune noir. Retirer la toile moulage souple envahissant lourd. Écorcher. Faire la peau. Mettre à plat. Étirer. Développer.
Coller au monde.
S’en arracher.