BRIBES EN LIGNE
      sur le à       les le 26 août 1887, depuis mon cher pétrarque,       à       dans 1 2 pour accéder au recueil, pour jean-louis cantin 1.- jusqu’à il y a on croit souvent que le but antoine simon textes mis en ligne en d’abord un curieux       je me       six il ne s’agit pas de article paru dans page suivante ► page on dit qu’agathe heureuse ruine, pensait aller à la bribe suivante si tu es étudiant en le pendu station 1 : judas  il est des objets sur le chêne de dodonne (i) 1 2 3&nbs   ciel !!!! cher.e.s ami.e.s vous pouvez 1 2 3&nbs pour andré 1 2 les embrassées , cantilène « je me tais.  tu ne renonceras pas. vers le sommaire du livre 2  martin miguel vient la vie est ce bruissement       fourr&ea 1 2 3&nbs vers le sommaire du livre 2 1 2 dimanche vers le sommaire du livre 4 1 2 3   je ne comprends plus normal 0 21 false fal page d’accueil de et c’était dans vers le sommaire du livre 2 village de poussière et de le hasard... un ami m’a vers la lettre ouverte au vers le sommaire du livre 3 lien vers la totalité des       bâ je donne à voir ce qui est quelques autres       le vent c’est une sorte de  tous ces chardonnerets préparer le ciel i today i eat my       ton 1 2 3&nbs là-bas, dans le pays des vers le sommaire du livre 3 jamais si entêtanteeurydice 1 2 3       voyage    courant merci au printemps des page précédente retour vers le sommaire du livre 2 page suivante ► page 1 2 3       mé vers le sommaire du livre 4 nos voix cela fait 53 ans de l’autre 1- ai-je reçu une cliquer sur l’icône aller à l’article voici des œuvres qui, le cet univers sans trois (mon souffle au matin     chant de face aux bronzes de miodrag       sur les page suivante ► a toi le     &nbs décembre 2001. deux ajouts ces derniers le chêne de dodonne (i) raphaël monticelli j’pense à toi bruno parmi les éditeurs aller à la bribe suivante raphaël monticelli l’évidence       en deux pour qui veut se faire une alain remila : un des equitable un besoin sonnerait toutes sortes de papiers, sur j’ai travaillé gravure   si vous souhaitez sa langue se cabre devant le nous savons tous, ici, que 1 2 1 (le vers le sommaire des recueils photo aller au texte depuis le 20 juillet, bribes page suivante ► page       nuage       sur le les céramiques et antoine simon 1 2 3&nbs aller au texte suivant nous page suivante ► page page précédente retour dans les rêves de la je me souviens qu’à propos       sur la textes mis en ligne en (ma gorge est une aller au texte onze sous les cercles 1 2 25 octobre 1 2 3&nbs page suivante ► page vous dites : "un   les ...et la mémoire rêve violette cachée ton       sur le 1 2 3&nbs aller à la liste des auteurs bernadette griot vient de aller au portail de vers le sommaire du livre 3     au couchant  la toile couvre les effeuillage d’une feuille pour angelo raphaël monticelli : tu petits rien 4 et 5 (env. 7cm peinture de rimes. le texte l’homme est ► une parole libre et antoine simon 6 maintenant il connaît le     l’é  dans toutes les rues présentation du projet  le grand brassage des       j’ des nouvelles d’une grande vers le sommaire du livre 2       cette rafale quatrième essai de 1 2 3&nbs madame dans l’ombre des une fois entré dans la si c’est ça, rien n’est plus ardu naviguer dans le bazar de 1 2 3&nbs aller vers bribes, livres 1 des quatre archanges que able comme capable de donner       jardin 1 2 3&nbs elle ose à peine générations le chêne de dodonne (i)    il  les éditions de vers le sommaire du livre 2 vers le sommaire du livre 3 s’égarer on jacques kober : les éphémère du 2 vers le sommaire du livre 3 Être tout entier la flamme vers le sommaire du livre 2 aller à la liste des auteurs À propos de fata en page suivante ► ce pays que       à page d’accueil de aller au texte suivant nice, a la femme au       au       dans vers le sommaire des aller au portail de vers le texte suivant carmelo “dans le dessin il tente de déchiffrer, page suivante page attention beau i mes doigts se sont ouverts vers le sommaire du livre 4 si j’avais de son ajout de fichiers sons dans a inishmore chaque plante est vers le sommaire des recueils j’ai perdu mon bernard noël, un nous de       au pas vers le sommaire du livre 4 le ciel est clair au travers madame est toute   se  pour le dernier jour 1 2 seules les       le le géographe sait tout pour bruno charlotte, in 1 2 3 sculpter l’air : le scribe ne retient textes mis en ligne en       assis la toile ou, du moins, la la poésie, à la l’attente, le fruit page suivante ► page       " beaucoup de merveilles   pour le prochain aller au portail de se reprendre. creuser son     longtemps sur quai des chargeurs de je suis celle qui trompe le chêne de dodonne (i) 1 2 aller au vers le sommaire du livre 2 ainsi fut pétrarque dans textes mis en ligne en antoine simon 9 le chêne de dodonne (i) sommaire ► page suivante un texte que j’ai voici quelques indications dimanche 18 avril 2010 nous 1 2 en textes mis en ligne en vers le sommaire du livre 2 vers le sommaire du livre 4 il faut laisser venir madame page d’accueil de aller à l’article de nouvelles mises en ligne, page précédente ► de lors de la fête du livre bernard noël en       dans le vers le sommaire du livre 3 patrick joquel vient de   la baie des anges       est-ce vertige. une distance       aujourd       sur 1 2 bruno antoine simon 7       dans la vers le sommaire du livre 3 voir aussi boltanski galerie       neige on préparait dans le patriote du 16 mars 1 2 3&nbs il n’était qu’un fragilité humaine. descendre à pigalle, se 1 2 3&nbs aller au portail de   pour olivier 1 2 page suivante ► page la visite de la fondation de toutes les page suivante ► page aller à « À station 4 : judas        sur le vers le sommaire des  ce mois ci : sub 1 2 3 i.- tgv dijon - paris bref les dernières "nice, nouvel éloge de la ecrire, la vie en dépend, vers le sommaire du livre 4 tu le sais et je le vois vers le sommaire du livre 4 baous et rious je suis démodocos... Ça a bien un 1 2 3       sur le vers le sommaire des j’ai donné, au mois quelques photos pour accéder au pdf, aller à la bribe suivante       é il n’y a pas de plus le chêne de dodonne (i)       voyage       la pie derniers textes mis en 1- nous sommes dehors. page suivante ► nous eurydice toujours nue à sous ce titre inspiré de la un nouvel espace est ouvert dans le pain brisé son préparer le ciel i       dans le le temps passe dans la 0 false 21 18       " vers le sommaire du livre 3 abords de l’inaccessible 1 2 3&nbs ce qui fait tableau : ce sommaire ► page suivante les cahiers butor sont c’est ici, me vers le sommaire du livre 4 vers le sommaire du livre 4 le plus insupportable chez préparer le ciel i aller à la bribe suivante page suivante ► page antoine simon textes mis en ligne en avril deux nouveauté, vers le sommaire du livre 2     pluie du la chaude caresse de rafale les éditions colophonarte bal kanique c’est le proche et le lointain page d’accueil de je reviens sur des page suivante page sous les nuits d’apparente 1 2 3 la force du corps,       en un       pass&eac       les       "je immense est le théâtre et       dé aller à l’article cet article est paru dans le aller au texte       tourneso textes mis en ligne en juin vers le sommaire du livre 3 aller au portail de       journ&ea dans le monde de cette 1 2 3&nbs encore la couleur, mais cette       le lire la suite : 13 pour accéder à ce deuxième 1 2 3&nbs madame a des odeurs sauvages tu jettes au fil de quand il voit s’ouvrir, vers le sommaire du livre 2       et tu pas sur coussin d’air mais page précédente le café pour egidio fiorin des mots je suis bien dans carissimo ulisse, torna a 1 2 voici quel ennui, mortel pour page suivante ► page du bibelot au babil encore première publication de ce le slam ? une ruse de       m’ antoine simon la parol

Accueil > Au rendez-vous des amis... > Butor, Michel > L’atelier de Man Ray

MICHEL BUTOR

L’atelier de Man Ray
© Michel Butor
Publication en ligne : 9 mai 2009
Artiste(s) : Man Ray Ecrivain(s) : Butor
Clefs : photographie

Aller au portail de l’espace Butor

pour Maxime Godard

1 HAUTE TENSION

Entrez avec précautions dans ce transformateur où le moindre de vos objets risque des aventures qui le mèneront faire le tour du monde, les parapluies surtout qui deviennent barques, tonnelles, auréoles, moulins, champignons, manèges. Si la pluie menace et que vous désirez retrouver le vôtre pour vous protéger, il vaut mieux le laisser dans ce coin du seuil. Mais n’oubliez pas que n’importe quelle pièce de votre vêtement, et je dirai surtout celle pour laquelle vous vous y attendriez le moins, peut ressentir ici l’appel du large.



2 L’INTERRUPTEUR

Quand on abaissait le bouton, le cours du temps se renversait avec accélération. Les écailles de peinture remontaient du plancher, se recollaient ; tout redevenait peu à peu lisse et neuf. Puis on descendait d’une couche ; on trouvait une autre couleur de plus en plus fraîche, puis encore une autre jusqu’au moment lointain de la construction même, puis d’une destruction antérieure. On ne pouvait guère aller plus loin, car le phénomène ne se produisait qu’à l’intérieur de l’atelier ; or le spectateur qui restait à contre-courant, était naturellement obligé de sortir, de temps en temps, pour faire des courses, des visites, des voyages, donc de retrouver le présent coulant plus ou moins lentement dans son propre sens. Il était alors nécessaire et suffisant de relever le bouton pour tout remettre en place et temps. Aujourd’hui tout est interrompu, et les démolisseurs n’y ont vu que poussière.



3 BRICOLAGE

Les boîtes, les outils, les tubes, les projecteurs avec leurs fils, les pots plus ou moins pleins, les pinceaux, les crayons, les bougeoirs, les papiers froissés, les patères tombées, les tiroirs entrouverts, un nid d’objets sur lesquels la poussière n’ose pas se déposer, constitué au cours de longues années par les mouvements d’une main, la délectation d’un regard, alambic pour extraire l’alcool du plus quotidien, athanor pour mûrir l’élixir de patience.



4 ORGANISATION NON-GOUVERNEMENTALE

Venus de tous les côtés des miroirs les objets représentants se sont réunis en séance fragmentaire pour décider d’une inaction commune contagieuse. Le président par intérim agite les cloches dont les échos se propagent dans les souterrains de tous les métros, aussi bien à Paris qu’à New-York, Lisbonne ou Bilbao, faisant se retourner les jeunes gens qui cherchent où ils ont bien pu rencontrer ce sourire qui leur apparaît sur les vitres frémissantes comme un souvenir lancinant. Il hume en sa bouteille un élixir d’échelle, qu’il fait passer ensuite aux députés de tous les archipels pour en remplir leur menue timbale et porter un toast aux inventeurs d’abîmes.



5 CONVERSATION TACITURNE

Côte à côte les fauteuils pour deux amants, pour deux amis, avec les cendriers à long tube, presque jusqu’au sol, l’un sur le bras droit, l’autre sur le gauche, comme si l’un des deux interlocuteurs, des complices, des joueurs, des fumeurs était gaucher ; paire ambidextre pour le silence et pour l’écoute, pour la ruse et pour la déjouer, pour la stratégie des rois et des reines, les idées d’ouverture, les renversements brusques, l’ironie des évêques fous, les rires des éléphants-tours, pour la cavalcade et la promenade presque immobiles et la contemplation des fumées et des cendres.



6 INTENSITÉS

Le fil électrique double sort de la planche, passe devant une énorme attache parisienne blanche suspendue par une ficelle qui s’effiloche, puis devant un câble gainé, mord sur la réimpression élégante d’un ouvrage de théorie esthétique du début du siècle passé en amorçant une large boucle qui le fait remonter au long de la planche où il se coince derrière un anneau ou piton, puis sépare ses deux éléments pour tourner autour de l’instrument qui mesurera l’intensité du courant que l’on y fera passer.



7 LE TEMPS SUSPENDU

A cette potence j’accrocherai un anneau de fil de fer pour figurer la tête d’un de mes ennemis, un ou deux grands trèfles en osier prévus pour frapper les tapis afin d’en faire jaillir en nuages toute la poussière que les souliers ont fait pénétrer jour après jour entre leurs poils, mais qui me serviront à inventer des visages de femmes, des rondeurs d’épaules, et d’autres collets mécaniques pour braconner les lapins des rencontres manquées, déviées, inattendues, inespérées, les liens élastiques pour lier la trouvaille, les tuyaux pour transfuser le sang des heures, les fgments de fémur ou de meuble pour articuler les domaines, la trompe pour la chasse au cours des choses, pour ébranler le train du monde, quelques souples miroirs de douceur, quelques rayures et déchirures choisies.



8 LE DIVAN DES ZÉPHYRS

Que n’avons-nous des jambes de rechange , et tout le reste aussi ! Le manneken-pis transparent découvre des sensations nouvelles en contemplant le sofa-baignoire dont les roses vont lui lancer leurs pétales et parfums dès que la belle s’éventera. L’Inde médiévale leur prodigue à tous deux des encouragements et des suggestions. Quelques indications de vergues et de cordages suffisent pour gagner le large tandis que les pigeons marchant sur les verrières se transforment en mouettes rieuses.



9 JULIET

Elle n’est que sourire ; elle se renverse et s’appuie au mur dans son sourire qui continue sous son foulard, sous sa blouse, qui se faufile dans la marge et sous le passe-partout, traverse le cadre, sinue jusqu’au bout des ongles, ruisselle sur la poitrine et déborde sur la table, brille en cascades, genoux et jupes jusqu’au sol, rejaillit en fontaines, rayons de Soleil et de Lune, phosphorescences, incandescences, aurores boréales, are-en-ciels, parfums de glycines, jasmins et thyms.



10 LE CHARBONNIER DES OMBRES

Les tuyaux mâchonnés permettent la ventilation des foyers où le foin d’Amérique se transforme en ces piliers de fumée qui montrent dans l’ « Exode » le chemin du retour vers un pays que l’on n’avait jamais connu. A travers le trou d’une planche on aperçoit les premiers linéaments d’une terre promise dont les montagnes changent de profil constamment. On sent leur origine humaine, mais ce ne sont point des pyramides ; il s’agit de grandes meules noires hémisphériques remplissant les clairières défrichées entre oasis et forêts-galeries pour les fabricants de journaux. Pour tenter de fixer un peu tout cela, il y a certes ce projet un peu blasphématoire d’ériger un monument à la croissance et à la multiplication, que les orages apprivoisés viendront caresser de leurs éclairs. Si l’on n’y réussit pas la Terre entière se creusera de gouffres prophétisés, l’installation prévue en traversées hasardeuses sous la grêle des pierres.



11 A L’ÉCART

On n’a touché à rien. Le papier continue lentement à se déchirer par son seul poids. A part des mouches qui viennent parfois ajouter leurs taches à celles d’antan. Les pinces à linge inscrivent comme une devise au-dessus des flacons, bidons et godets. On ne monte plus ici, sauf quelque visiteur essayant de capter la lumière, disposant ses pièges pour le temps qui passe, sans toucher à rien, comme s’il était en espadrilles, en collant noir, comme s’il était invisible, impalpable, comme si c’était lui le fantôme, hantise aux aguets.



12 AUTREFOIS

Rien n’a changé, mais tout a changé ; c’est l’absence. Rouleau, ardoise, ficelles, pipes, lampes, tout est là, même la photographie aux yeux doubles. Le tabouret que l’on vient d’écarter pour se lever. Manipuler, méditer, crayonner, esquisser, monter, examiner, choisir, sécher, effacer, aplanir, hésiter, comparer, décider, essayer, reprendre, reculer, signer. Et la pluie frappait contre les grandes vitres, la porte claquait au retour de quelqu’un, la musique sortait du poste de radio, puis, à la faveur d’un silence, le chronomètre intime définitivement installé et réglé après tant de pauses, développements et révélations, reprenait sa marche, délicatement funèbre.



13 LA NEIGE INTIME

Le plafond s’écaille sur le vélum. C’est comme un arbre qui perdrait ses feuilles, mais au lieu de tomber jusqu’au sol, celles-ci s’accumuleraient à mi-hauteur du tronc comme un nuage captif qui s’assombrirait peu à peu annonçant un orage inévitable dans quelques années, une déchirure, un écroulement, lors de quelque rafale de cloches pour une grande fête ou un grand deuil, sur les tours de l’église.




14 LA PATINEUSE LITTÉRAIRE

A la santé de la femme-stylo laquelle, bien tenue dans la main, permet de tracer sur les pistes du papier les arabesques les plus séduisantes. C’est naturellement une spécialiste de la poésie amoureuse. Il suffit de fixer son esprit sur quelque regard enjôleur, et elle multiplie ses prouesses, rimes, allégories, décrochant aux arbres du dictionnaire les mots les plus savoureux, les plus tentateurs. Si elle est à bout d’encre et qu’il n’y ait pas de fontaine proche pour l’abreuver, qu’à cela ne tienne ! Elle continue son inscription secrète jusqu’à ce que les doigts geignent de courbatures ; et l’on se retourne des nuits entières dans son lit à la recherche de ses trouvailles perdues.



15 BOUQUET DE CANNES

Marcher dans les ruelles, sur les pavés la nuit entre les automobiles immobiles aux gros yeux grand ouverts réfléchissant la lumière des réverbères et des enseignes, traverser la place après avoir dîné dans un bistrot bruyant, cliquetis de verres et rires d’amis, tourner autour de la fontaine, longer le portique, poursuivre jusqu’au jardin fermé à cette heure, aspirer une bouffée de senteurs de fleurs d’arbres de l’autre côté des grilles, de plus en plus lentement, de plus en plus pesamment, de plus en plus rêveusement, en s‘aidant d’une troisième jambe comme l’homme vieilli du jeune Oedipe répondant à l’énigme du carrefour, trépied humain lançant aux courants d’air ses vapeurs d’oracle amusé.



16 LE MIROIR À TROIS FACES

Quelques cailloux choisis offerts dans une coupe à la triple Diane. Celle du centre est tout à fait capable de vous métamorphoser en cerf bramant comme Actéon si vous la surprenez dans son bain sans avoir auparavant suffisamment célébré ses vertus. A droite clémente, souriante, elle nous propose dans une corbeille au-dessus de sa tête, les mêmes cailloux transformés en pains croustillants. A gauche un bras supplémentaire fleurit pour maintenir un parasol qui nous protégera comme elle. Un énorme coquetier couvert d’écorce de bouleau soutient un oeuf de la taille de ceux des autruches, mais transparent, sans doute celui de l’oiseau-roc qui grandira et forcira, dès son éclosion, pour nous emporter dans les montagnes de la Lune, auprès d’un énorme encrier dans lequel trempe une plume qui paraît être celle d’un faisan -mais qui s’aviserait d’en jurer ?- pour en tirer un interminable fil qui se tresse en dentelles de louanges.



17 LE JUSTICIER

Ce sont des pinces à linge très différentes de celles en plastique dont nous nous servons aujourd’hui, avec leur ressort métallique, ou même de celles de mon enfance, en bois elles aussi. Elles doivent être américaines, peut-être soigneusement polies par les Shakers dans un de leurs villages doucement apocalyptiques. Elles permettent sans doute d’accrocher au pont de l’arc-en-ciel l’épée ou pique flamboyante qui marquera le front les damnés, comme les bovins à la fesse dans un ranch texan, déterminant les propriétaires. Un tel appartient au tyran des avaricieux, au tsar des luxurieux, à l’empereur des paresseux. Mais en négatif les démons redeviennent archanges ; les cicatrices fleurissent en étoiles et les anciens vices en vertus nouvelles.



18 UNE ANCIENNE ADRESSE

Un boîtier d’appareil photographique, ou du moins une partie de boîtier, sans doute un viseur de réflex, puis un parasoleil hors d’usage, un étui à lunettes qui n’est plus à la bonne courbure, un blaireau avec lequel à la rigueur on devrait encore pouvoir se barbouiller de savon pour se raser, mais qui certainement a servi depuis longtemps à tout autre chose, à épousseter des objectifs par exemple, et encore de vieux crayons, de vieux élastiques, de vieilles gommes, le verso d’une photo d’avant le déménagement, tout le fond de tiroir du quotidien, la sédimentation de ce qu’on se promet de ranger depuis longtemps, mais qui s’accumule, forme peu à peu un entrelacement inextricable, un terrain de fouilles où chaque coup de pioche fait jaillir un essaim d’étincelles de mémoire.



19 LA PALMERAIE DES REGARDS

Pris par un autre photographe le maître de céans dans la ruelle, devant sa porte ouverte, encadré par le moteur, le pare-brise et les essuie-glaces d’une automobile dont quelqu’un plus versé que moi dans ces matières réussira peut-être à préciser les marque, et qui me fait penser dans cette image à quelque yacht. Plus bas, pris aussi par un autre photographe sans doute différent, le maître de céans beaucoup plus jeune, pipe au bec, à demi-caché par un pèse-lettres hors d’usage qu’un simple chiffon accroché métamorphose en danseuse, en t rain de peindre le portrait d’un autre sourire ; et Juliet, femme-strelitzia, oiseau de feu, sur l’extérieur d’une boîte d’allumettes.



20 LA PYRAMIDE DES ÂGES

Quelque temps plus tard (ou plus tôt, mais je crois bien que c’est plus tard), les lunettes fumées accrochées au bocal de plumeaux ne se sont pas déplacées d’un millimètre, mais c’est une autre boîte d’allumettes que l’on voit, deux à vrai dire, mais comme l’angle n’est pas le même, celle où l’on reconnaît la ruelle transformée était peut-être déjà là (sera peut-être encore là), et les images penchent autrement. Surtout en voici de nouvelles qui cachent notamment celle du groupe surréaliste tardif à St. Cirq-la-Popie, dans laquelle on découvrirait sans doute le maître de céans et sa femme-sourire, entre autres encore un autre portrait par un autre photographe sans doute différent des deux premiers, de ce maître de céans plus âgé, pipe en main, béret. Sur une feuille blanche les premières lettres du nom de Juliet.



21 L’ENCRE DE SYMPATHIE

Le petit équilibriste au parasol se penche pour examiner l’écouteur suspendu sous cette espèce d’antenne parabolique attentive à tous les bruits du monde. Les autorités du Conservatoire des Arts et Métiers ont accordé leur médaille d’or à l’inventeur non seulement parce qu’il devait aider les interlocuteurs vieillissants à énoncer du doigt leurs numéros d’appel réciproques, mais aussi parce qu’il annonçait symboliquement l’enregistrement bientôt possible de leurs conversations sur quelque disque, bande ou page, leur apparition quelque jour par le moyen de quelque écran. Ainsi le jus de citron dans les romans policiers des siècles passés attend d’être chauffé pour révéler son message sur la feuille qui semblait vierge ; ainsi les entretiens révolus, comme dans l’antre souterrain du roi-Lune, dormiraient dans des réserves électriques inconnues qui attendraient leur Champollion pour remonter au jour.



22 LES DERNIÈRES COULEURS

Pendant des années on avait appuyé sur le tube pour en faire sortir une larme de visibilité à déposer sur la palette, à transporter par le pinceau ou le couteau sur une toile, un morceau de papier, une larme, un concentré de mimosa, de braise ou de pré. Cela devenait de plus en plus dur ; il fallait presser avec un morceau de bois pour extraire les derniers accents, rouler finement la queue aplatie. Un jour le blanc, le noir n’ont plus voulu sortir ; ils se sont pétrifiés dans leurs sarcophages, gardant leurs secrets.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP