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CHRISTIAN ARTHAUD
Catalogue « Chercher l’or du temps »
Voici un court article que j’ai rédigé pour le catalogue de l’exposition Chercher l’or du temps : surréalisme, art brut, art naturel, art magique qui s’est tenue d’octobre 2022 à Janvier 2023 au musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq (le LaM).
Une somptueuse exposition !
Le surréalisme, toujours…
Du Palais idéal du facteur Cheval aux dessins d’Aloïse, des tableaux de Joseph Crépin aux aquarelles d’Aloys Zötl, Breton a toujours été sensible à ce que Jean Dubuffet appellera « l’art brut », à savoir, et cela rejoint très spectaculairement le surréalisme : « Des ouvrages où les facultés d’invention et de création qui existent selon nous dans tout homme […] se manifestent d’une manière très immédiate, sans mesure et sans contrainte. » Jean Dubuffet, dans un plaidoyer où l’intellectuel semble recevoir tous les griefs d’un temps qui n’a pas pu résister à la Seconde Guerre mondiale (bis repetita), précise que « le vrai art il est toujours là où on ne l’attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L’art il déteste être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt. L’art est un personnage passionnément épris d’incognito [5] ». Dans son langage tranchant, Dubuffet reprend à son compte bien des positions que les surréalistes ont tenues avant lui (il le reconnaîtra dans une lettre à André Breton). « On ne naît pas peintre comme on naît ventriloque. Cette manie peut venir à chacun et dons et vocations ne sont que racontars (teintés d’imposture) [6]. » Ou : « Il n’y a plus de grands hommes, plus de génies. Nous voici enfin débarrassés de ces mannequins au mauvais œil : c’était une invention des Grecs, comme les Centaures et Hippogriffes. Pas plus de génies que de licornes. Nous en avons eu si peur pendant trois mille ans ! Ce n’est pas des hommes qui sont grands. C’est l’homme qui est grand. Ce n’est pas d’être homme d’exception qui est merveilleux. C’est d’être un homme [7]. »
[5] Jean Dubuffet, L’Art brut préféré aux arts culturels, Paris, Galerie René Drouin, 1949, non paginé.
[6] Jean Dubuffet « L’Étoile à tous fronts », Notes pour les fins-lettrés, in Prospectus aux amateurs de tout genre, Paris, Gallimard, collection Métamorphoses,1946, repris dans Prospectus et tous écrits suivants, Paris, Gallimard, 1967, p. 85, et dans L’homme du commun à l’ouvrage, Paris, Gallimard, collection folio essais, 1999, p. 61.
[7] Jean Dubuffet, « À l’homme du commun la timbale », Notes pour les fins-lettrés, op. cit., repris dans Prospectus et tous écrits suivants, Paris, Gallimard, 1967, p. 88, et dans L’homme du commun à l’ouvrage, Paris, Gallimard, collection folio essais, 1999, p. 65.
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