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MICHEL BUTOR
La porte s’ouvre à peine entre deux piliers de métal, puis on se faufile à travers la grille. On s’amincit. On est tamisé de filtre en filtre. On devient pluie de plus en plus fine, poussière agitée dans les rayons qui traversent les meurtrières pour pénétrer aux caveaux les plus sourds. Puis on se dépose en teinture aux parois des chaudières d’ardoise qui glissent lentement sur des rails de cristal bruni. On est le silence qui se met à battre sous la chape des sifflets, des sirènes, des chalumeaux oxhydriques, des écroulements et de la tempête. On célèbre les funérailles de la ville. On est devenu myrrhe pour sa momie. On assiste à l’ouverture de sa bouche. On devient ses yeux pour pleurer. On devient un peu de sel sur sa langue. On tourne sa page. Le livre s’ouvre à peine entre deux piliers de stupeur. Le double de la ville se faufile à travers les lignes et s’amincit, devient pluie de plus en plus fine, salive, haleine.
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