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MARYLINE DESBIOLLES
Maryline Desbiolles a rédigé ce texte qui accompagnait l’exposition des « Dessins transitoires » de Bernard Pagès au Cairn en septembre 1989. Je l’ai retrouvé dans mes archives, et Maryline a accepté de le mettre en ligne sur ce site. Qu’elle en soit remerciée. Simplement et chaleureusement.
Et cependant elles ne sont rien moins qu’osseuses, rien moins que décharnées, n’hésitant pas à montrer leurs dessous opulents et plus encore à se produire dans cet incessant déshabillage, toujours plus exposées, plus vulnérables et tirant force de ne pas esquiver la fragilité, plus nues. Comme une femme est plus nue pour avoir d’abord été décoiffée, dévêtue, gilet, robe, jupons. Ce n’est pas qu’il faille leur enlever la couleur, le mélange de leurs matériaux, il n’y aurait rien à trouver dessous, pas de nudité plus grande que celle que leur parure affiche plus sûrement que l’arête la plus nue. Elles sont retournées, comme des gants, retournées, il s’en faut d’un cheveu que leur dedans soit leur dehors, tous deux d’ailleurs exactement pareils mais plus pétulants d’être confondus, éclat intact de ce qui jusque là fut caché et réminiscences de la surface.
Et cependant on leur voit les os. Mais c’est la luxuriance de leur ossature qui leur donne chair. Ossature gracile, déliée, et qu’on aurait montée en épingle, qui s’en serait emportée, aurait pris et serait devenue prolifère, buisson greffé de vif-argent.
Boutures aberrantes, tourmentées, elles doivent, coûte que coûte, rendre gorge. Et se déshabiller ne va pas sans émonder, abouter, ne va pas sans se tordre ni s’égosiller dans le silence qui les rive.
Chant muet mais polyphonique, chant à ramures. C’est un contrapuntiste qui les a
chantournées. Et comme elles se dévêtent, de plus en plus elles s’évident. Car de plus en plus les sculptures de Bernard Pagès composent avec l’air où elles s’ébattent. Ferrailles envoilées, béton grenu, bois taraudés semblent avoir résolu d’être tenus au sol en multipliant les palpitations immobiles à leurs extrémités. Elles ne vont pas s’envoler, elles s’ouvrent, se déshabillent, elles s’écorchent avec grâce et s’éploient dans le vide qui leur donne voix.
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