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CHRISTINE DUMINY-SAUZEAU
Des nouvelles d’une grande fraîcheur, d’une grande vivacité. On est happé par une narration au rythme vif, au ton plein d’impertinence. Arlette Gavache n’a pas son pareil pour vous mettre à l’aise par des remarques d’une grande justesse : on se reconnaît et en même temps on est ailleurs ; on y croit, et c’est incroyable. Des récits toujours pleins d’humanité, avec toujours une petite touche d’humour, là où on s’y attend le moins...L’écriture est de qualité, on peut même parler d’une écriture ciselée.
Ce qui m’intéresse dans la dernière nouvelle, « Féminine », c’est la naissance d’un féminisme prenant sa source dans l’observation de la lignée des femmes de sa famille et de son entourage, qu’elle a pu observer et à qui elle ne veut pas ressembler. Elle ne veut pas en effet prendre sa place dans cette lignée de femmes trompées et résignées, selon un schéma de vie auquel elle se refuse et qui la rend critique vis à vis de sa propre attitude, de ses propres réactions. Mais son échappée la met en garde contre un autre schéma qu’elle refuse également, car elle y sent un autre piège, plus grand encore. Ainsi, ce que l’on peut considérer à la fin comme un simple retour au bercail est plutôt un dépassement de la destinée promise aux femmes qui prennent le large en broyant leur famille - sans être pour autant sauvées puisque broyées elles-mêmes par la culpabilité. Elle ne le formule pas ainsi, mais elle a compris que la société était ainsi faite que tout recommencerait de même avec le suivant ; tandis que l’on peut espérer que la leçon portera ses fruits auprès de celui dont elle partageait la vie - et même de ses enfants : elle y voit plus clair et cessera de (se) penser en « ménagère invisible », de se vouloir « indispensable » ; elle ne se contentera sans doute plus que « son mari l’aide » et dira plus souvent « de quoi me protège-t-il ? ».
Un féminisme discret, donc mais qui ne demande qu’à s’épanouir, un féminisme de conquête... de la conquête de soi.
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