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Accueil > Au rendez-vous des amis... > Machet Béatrice > MACAO, grise épopée

BEATRICE MACHET

MACAO, grise épopée
© Béatrice Machet

Périple chinois

Publication en ligne : 17 mars 2012
Ecrivain(s) : Machet
Clefs : poésie

► vers le sommaire des contributions de Béatrice Machet

« L’idéal confucéen repose sur la perception du caractère fondamentalement neutre de toute nature - celle du monde comme celle de l’homme. On ne peut trouver d’autre ancrage à la réalité que dans cette valeur du neutre : de ce qui ne penche pas plus dans un sens que dans un autre, de ce qui ne se caractérise pas plus d’une façon que d’une autre, mais garde complète sa capacité d’essor. [...] Du côté de ce qui est ponctuel et se montre : la »saveur«  ; de l’autre, ce dont la propriété demeure diffuse et enfouie, mais est d’autant plus opérante : la »fadeur". François Jullien


MACAO GRISE EPOPEE

 

 

 

HAME-HAA

 

 il y avait si peu de temps

 une fois

 

 

 

au début

comme encore

une coquille nuageuse

et des sons

descendants

là où toujours j’arrrive

radieuse

on pourrait penser

que je porte couronne

et

pour finir

des paupières soyeuses

fermeront sur le gris du rêve

 

 

 

 

Hong-Kong d’abord....

Déposée par un bus sur le quai du ciel

je cherche l’embarcadère 42

achromatique....

 

Ainsi qu’il est dit

le mélange des couleurs complémentaires mène

au gris

un instant je me demande si

c’est en les soustrayant ou bien en les additionnant

 

une confusion à mettre sur le compte

du décalage horaire

douce somnolence

 

Gris léger

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le ferry entre dans le port de Macao

aucune visibilité 

des murailles et du brouillard

 

 le flux des passagers

 

 

 

Devinée

la rivière Perle

son embouchure

grande ouverte

sur le chaos frénétique

agitation confusion

 

 

 

 la nuit tôt tombée

 

 

 

 

 

 

 

gris un nom pour la qualité

de la température et de l’humidité

une hypothèse vivante dans l’esprit demeuré vif

à se construire un langage

 

 

 

 

 

petit matin accrochée aux grilles du balcon d’en face

une cage une perruche se rebelle

 

quelque chose me signifie

je suis l’oiseau dans la ville qui fera de mes ailes un voile gris

clair

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En ce moment un fort bruit de fond

toutes fréquences par ailleurs égales

le climatiseur

la rue surpeuplée

le voisin de palier

les scooters plein gaz

me percent la matière grise

 

 

 

 

l’ embuscade invisible d’un espace visible

menace au travers du gris rideau de l’air

 

 

 

reflets sur les vitres

gris souris gris chrome gris charbon

nuageux

une humeur boudeuse barbouillée

 

 

 

 

 

Neuf heures---locales

 

Une maladie

« des os de verre »

 

A quel degré n’en suis-je pas atteinte

 

 

 

 

je vole en éclats dans le gris argenté du matin

miroir mon beau miroir....

 

 

 

 

...dis-moi si

est concentré ici le tout

de l’expérience humaine....

 

 

 

 

 

 

Travassa de Bon Jesus---Gris granit

 

je monte la rue il la descend

 nous nous croisons

il fuit mon regard

comme absenté il va petit et penché

je pense être plus âgée que lui

personne ne le pourrait croire

il longe les murs gris passe-muraille

chinois traditionnel pour ma conscience

se révélant à moi-même plus que jamais occidentalisée

 

de ce trouble se dégage

sinon limpidité

une forme de lucidité

 

retour à l’appartement

scandé par les talons

claquant sur les pavés noirs et blancs

importés du Portugal

dessinant des vagues au sol

des vaisseaux

 

et la nave va et marée humaine

me porte

Gris Milan Kundera

 

le livre du rire et de l’oubli

voilà qui va bien à Macao

voilà où je trouve le mot “litost” quasi intraduisible

mais certainement l’auteur lui accorderait une essentialité grise

 

le tragique de la solitide humaine

le comique absurde

le ridicule

le rien qu’est et auquel doit faire face l’humain laugh and forget it

dans la légèreté de l’être

jusqu’à l’insoutenable

nous chantions

et bien dansons maintenant

ris et oublie

et.....

le gris de l’âme et ses ondes

le refus de s’apesantir et

l’ironie en forme de politesse

le désespoir en forme d’immortalité

témoigne ad vitam eternam de l’inconvénient d’être né …

 

 

 

sous les pavés : gris plage

 

le nom de la rue même pour le suggérer

Avenida da Praïa.... difficile à éviter

 

le marteau piqueur vrille sa mèche dans les tympans

une tranchée dans le trottoir

mosaique noire et blanche démantelée

et dessous un bouillonnement boueux

le sable gris éructe sa révolte

reclaimed land---terre gagnée sur la mer pour installer

un édifice luxueux

en rénovation déjà

 

des échafaudages en bambou entourent sa carcasse

dépecée de l’intérieur comme de l’extérieur

 

 

des allées-venues se succèdent entre couloirs et hall

des gravats et rebus des planches et de la moquette

des cartons d’habits des sacs de toutes tailles

autant de pochettes surprises

que des mains

de jeunes à vieilles

avides ou nonchalentes

fouillent

en extirpent les substantifiques moelles

et chargent leurs trésors sur des chariots rouillés

qui traverseront la ville en cahotant

ajoutant au vacarme

leurs notes brinquebalantes

jusque très tard dans la nuit

autres roulettes autres casinos

rien ne va plus et chacun à son jeu

gagne son peu

 

de gris

 

volutes d’encens aux coins des porches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle est retouvée .... quoi ....

....la grise ontologie de Descartes....

 

 

c’est l’ombre des rickshaws en allée par les rues étroites

elle doit fuir

l’agressivité des vespas

la ruche humaine

obéit à des instincts

à des logiques

que sa rationalité n’envisage pas

et dieu au milieu

cherche sa voie

trouve

des voix

physiques et méta

dis-connectées

disjonctées

une évaporation structurale

au dessus d’un flot chaotique

un parfum d’infini

version asiatique

c’est tout ce que j’en peux comprendre

de sens

 

quand à ma conscience

ne pourrait pas dire je suis

ni même j’y suis

 

perceptions méditées mènent à l’illusion

la connaissance abdique

la science projette

 

et dans l’ombre qui ne s’avoue pas

elle se dispense

d’être moi

 la grise

 

 mine

 de rien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

l’eau

sa fadeur

l’insipidité

jusqu’au gris associé

à comprendre comme demeure

elle est retrouvée quoi la plénitude

c’est le gris allé avec l’écoulement des eaux

 

imprégnation infusion processus du temps qui passe

la valeur poétique

se dépose

gris limon des mots

matérialité

harmonisant l’entre des pôles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

polyphonie polysémie polychromie polyvalence

est-ce fade est-ce gris l’un dans l’autre et l’autre dans l’un

combinaisons à l’infini pour que jamais ne s’ennuie

l’esprit humain

 

dont la nature

toute la nature

serait d’être

complétude par indétermination

sans saveur ou bien avec toutes

sans hypertrophie d’aucune

jusqu’au sans relief

la plénitude se déploie à partir de la platitude

un vague sourire désolé

une impression fugace

mais tenace

 

de fraîcheur

 

 

 

 

 

 

 

Rua do mercadores

 

chapeaux de paille sur les têtes baissées

des femmes

la moitié d’entre elles masquées

tente d’échapper aux odeurs à la polution

à la contagion

 

sans âge

un balai dans la main droite

une pelle à long manche dans la main gauche

ramassent les rebus de prospérité

jetés à terre

 

 

population des résidents presque cinq cents mille

population des touristes

en ne comptant que ceux arrivant de la Chine continentale 4 millions par an

soit dix mille par jour en moyenne

 

papiers plus ou moins gras écrits en trois langues minimum

Cantonnais Portuguais et Anglais

 

logos slogans publicitaires jonchent les pavés glissants

emballages divers

de la nourriture basique aux produits de luxe

les diverses strates de la société

foulées aux pieds

le vin ne sera pas tiré

 

dans les vitines tout brille

les balayeuses s’en trouvent éblouies

 

une question me traverse l’esprit que

je ne peux pas poser elles

ne me comprendraient pas

ont-elles jamais eu une enfance ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’heure de pointe

 

Un écriteau en carton annonce vingt pacatas

plus des idéogrammes tracés au feutre

un tabouret rudimentaire pour les clients

quelques uns font la queue

de tous les âges

animés par le désir d’emporter un souvenir

 

Sur les marches de la calçada

adossé contre le mur de la poste

en hauteur par rapport aux piétons

un homme tire des portraits

au crayon

 

ni caricaturiste ni cartooniste

en quinze minutes montre en main

il croque les visages

plus ou moins bridés plus ou moins foncés

et j’essaie de deviner de quelles provinces

de la grande Chine

sont originaires les passants

encombrés de leurs nombreux paquets

ils ont acheté donc ils sont

 

 

Le temps d’une pause d’une voix péremptoire

il me dit en estropiant la langue anglaise

qui est Thaï qui est Philippin qui est Pékinois

qui est de Shanghai

qui est mandchou

puis relevant le sourcil

son visage exprime la curiosité

dans son regard la demande non formulée

que je lui rende le même service ....

 

Blanc scandinave

Britannique

Américain

Italien

Français

.............. les seuls qu’il reconnaisse sont les Portugais et les Brésiliens..........

 

 

 

 

 

 

 

 

Gris cendre

 

Dévotions

et partage

Tao bouddhisme animisme

pas de jaloux

tous ensemble

représentés dans les temples

 

dans le monde des dragons des sorcières et des serpents

vivent les morts

 

ils se débrouillent avec le puzzle de leur vie

récompense ou punition

ici et dans l’après

peur des dieux et sainteté des comportements

sont pris en compte

 

Kun Lam la déesse de la miséricorde

Sakyamuni Amitabha

et tant d’autres

chaque dieu prenant à sa charge une année

du calendrier Chinois

 

 

impressions pêle-mêle

Fung shui le système géomantique

les lions gardent les portes

 

 

 

cinq vases rituels

autels

lieux sacrés

gongs et percussions

chapelles dédiées aux morts

plaques funéraires

logement des gardiens du temple...

l’architecture est un accomplissement sophistiqué

salles de prières cours pavillons

passages sinueux et portes appelées de lune jardins miniatures

 

toits de tuiles

 

 

 

 

 

A Lin Kai Miu

la fumée du temple pleure les pertes

les dieux aux visages sombres protègent

contre le feu

 

Plus

le dieu singe

et des milliers d’autres deités plus

le bien voyant le bien entendant

oeil et oreilles favorables

les dieux de la soixantième année

six pusas boudhistes plus

Kwan Taï

et encore ....plus

 

 

Alors ....

 

 

 

 

 

 

 

Que manque-t-il ?

 

Est-ce espace est-ce temps

est-ce espace-temps

je veux dire cette étincelle

qu’est

 

et qui fait une vie ?

 

Je veux dire joie libre

quelque chose brillant mieux que

les lumières artificielles de la civilisation post-moderne.

 

Ce qui manque ....

 

Depuis la baie vitrée

au cinquante neuvième étage je suis

témoin d’un feu d’artifice géant

espace froid temps réduit

les météores d’automne tombent sur les eaux mais ne feront jamais corps ensemble chair tiède espace torride

 

l’éternité en tant que donnée mesurant la durée

 

 

Ce qui manque...

 

Une flamme

servante sacrée

marche maintenant sur l’immense pont

entre toi et moi

des bougies en mains pour t’attirer

sauge sauvage son parfum dans l’air

pour me convaincre de traverser

 

Comme tu le sais l’étincelle d’amour ne manque pas pourvu que

 

tu acceptes l’imagination

elle fait le travail

tout amour est une représentation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui manque

la rosée

tôt le matin pas une goutte pas une larme pas un grain ni d’eau ni de lumière

 

Ce qui manque

l’espoir

après cette pensée venue traverser mon esprit

la vie est suspendue à l’infinité de non-vie

une éternité pour en rire une éternité pour pleurer

temps et espace

sont-ils le fil le souterrain le pont le passage

pour aller de la vie à la non-vie

 

 

La vie est

un processus seulement

pendant le temps de laquelle la non-vie se recycle

une cure de jouvence

un gris maquillage

 

L’esprit plein de grottes

plis et rides dans son calcaire

 

 

Que manque-t-il

 

espace-temps temps-espace un monde bidimensionnel

qu’élever

comment dresser ...

 

à partir de ce rêve plat le paysage n’offrira pas

de transcendance

 

mais

l’intensité d’être tout

commencement du temps

 

dans notre chambre imaginative

dans l’obscurité d’un coeur aimant d’un coeur aimé

ce qui manque est-ce brûler

est-ce pouvoir magique est-ce une théorie de la création

est-ce la prise sur un non-bord de l’infini

cette métaphore de l’étincelle

ce corps étincelle d’une vie

ce qui manque

un espace intérieur un temps

de permettre au feu que ...

 

 

ta voix procure l’harmonie

 que … dehors et dedans ne soient plus qu’un

 

n’est-ce pas le (bou)lot de toute étincelle

de chaque mot

d’allumer et de donner vie

de permettre au feu

de se reposer

 

 

il a besoin

de nous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

un nuage de fumée ne manque pas si

 non désiré

aucune poussière comme la mort du

 désir

et voyez l’étincelle soudaine de solitude

couchée sur papier

 

un aimant de sensitivité

ce poème vivant au travers

de l’étincelle

 

rien ne manque

 

 

 

 

La vie retient l’épique jusqu’à la fin

 

 

 

 

 

 

 

 

l’épique est le sens de

la bonne humeur

de

générations

combien

laquelle compte le plus dans les mémoires

laquelle s’est montrée la plus grise

quel lustre laissé

sur sa peau quels muscles

dessous

 

le gris me rendrait-il réelle

depuis l’ombre vers les nuances

depuis le sommeil vers le rêve

du besoin vers l’extinction des désirs

de chargé à débarrassé

 

 

au niveau des poteries exposées au musée intégrer quelque chose comme

divination

boule de cristal

 

 

 

Veillée de Noël

flashs votifs et sapins artificiels

pas de cloches

pas de klaxons

mais des navires fantômes

un drame brumeux et dans son épaisseur

laisser être

laisser venir

l’ère grise

 

 

facile de savoir que la cité est entrée dans le troisième âge

toute pilosité lui est grise jusqu’à blanche

après l’enfance et l’âge adulte

la vieillesse montre ses cheveux

un poivre envahi de sel

 

et s’en sera fini

de la fadeur

 

 

pas du gris

 

 

 

 

Béatrice Machet

Messages

  • Bonjour Béâtrice Machet,

    Je viens de découvrir votre é- cri - ture

    la magie est là

    Je suis enseignante à Brignoles. Nous sommes voisines.

    Dans le cadre du printemps des poètes( mars 2013), je cherche des idées pour mes élèves de ce2.
    A ma grande joie, j’ai lu dans votre biographie que vous avez partagé votre art à celui de la musique avec Eric B. notamment( en 2009).
    La magie opère encore : Eric B. est un collègue et travaille dans mon école.

    Je serai ravie d’entrer en contact avec vous afin d’imaginer et de réaliser un projet autour de la poésie où la voix et la musique se mêlent, se démêlent et font écho.

    J’espère que vous lirez ce message.

    Merci
    Christine (namaste83)

    • Bonjour Christine et merci de votre message, c’est agréable à lire !
      Je serais ravie de vous rencontrer, de réfléchir avec vous comment poésie (voix, souffle) et musique s’entremêlent... le plus tôt que je puisse faire c’est mai 2013, début mai serait très bien....Car je suis en Chine au moment où je vous écris, retour en France fin avril avec une lecture à Marseille le 28 et quelques obligations familiales le 30 avril et premier mai.

      Je pourrais aussi vous expliquer mon expérience de travail avec les enfants du primaire... Bref ! le premier pas est fait, le seuil est franchi !Nos routes vont se croiser j’en suis sûre. Mon adresse en France est 2065 route de Lac, 83570 Carcès. mon email : machet.b@wanadoo.fr
      Au plaisir donc de vous voir, de vous lire

      Cordialement Béatrice

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