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THIERRY RENARD
Feuilleton
Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.
Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère – Et je l’ai injuriée.
Je me suis armé contre la justice.
Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misères, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié !
Dans les pages qui vont suivre,
je tenterai de demeurer,
quoi qu’il m’en coûte,
en prise directe avec le réel.
Je ne ménagerai pas ma monture.
Je tenterai d’exprimer,
le plus clairement possible,
et avec une certaine ferveur,
quelques-unes des vérités
qui me tiennent le plus à cœur.
Il y a des écrivains dont les mots,
chargés d’une profonde humanité,
me touchent au plus intime.
Parmi eux, Yvon Le Men,
Paola Pigani, Laurence Nobécourt,
Patrick Laupin, Zingonia Zingone,
Joël Vernet, Stéphane Juranics…
Et il y en a d’autres dont la pensée
colle à toutes mes espérances –
des plus limpides, évidentes,
aux plus désintéressées.
Parmi eux, Patrick Chamoiseau,
Lydie Salvayre, Raoul Vaneigem
(qui vient, tout récemment,
de nous quitter), André Velter
et Jean-Pierre Siméon.
Si j’évoque ici ces noms,
c’est parce qu’ils appartiennent
les uns et les autres à ma tribu.
Ce sont des noms propres,
lavés de tout soupçon.
Il y a, selon moi, deux
grandes catégories d’auteurs.
Ceux que je range naturellement
dans la famille des artistes,
et qui parlent d’emblée à mon cœur.
Ceux dont les idées et l’état d’esprit
nourrissent ma réflexion,
alimentent mon point de vue.
Certains d’entre eux, suivant
les circonstances, peuvent être
les deux à la fois. Tantôt
ils réalisent des miracles,
en mêlant vers et proses,
et en racontant des histoires
d’amour blessé. Tantôt ils rendent
l’existence plus lumineuse
en nous laissant entrevoir
le bout du tunnel. En tout cas,
sans cesse ils réinventent
une autre manière
d’appréhender la réalité.
Poésie et pensée, c’est
en général ce qui manque le plus
aux aveugles qui encombrent tant
les sentiers de la perdition.
J’ai déjà traité de très nombreux
sujets. J’ai presque écrit sur tout
ce qui bouge. Sur la destinée
en mouvement, mais sans issue
véritable. Sur la folle allure,
et sur tout ce qu’elle facilite
sur la scène du théâtre global.
Sur la politique, la société,
et les choses les plus ordinaires.
J’ai aussi raconté mes souvenirs
de vacances dans le Sud,
plus quelques autres histoires
à propos de ma famille italienne.
J’ai relaté mon enfance avec
mes cousins, mes cousines,
mes oncles, mes tantes,
mes parents et grands-parents,
à Vénissieux, Ternay, Onglas,
Montaldo, Bussoleno,
Ventimiglia ou ailleurs…
J’ai parlé d’amour, de vive voix.
J’ai glissé, dans plusieurs
de mes longues phrases,
un bon nombre d’anecdotes.
J’ai traversé de très nombreux
paysages, avec toujours
une grande modestie.
Par moments, j’ai tenté,
toutefois, de mettre en avant
mon énergie subversive.
Pour finir, j’ai épuisé
presque tous mes secrets.
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