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RAPHAËL MONTICELLI
À celle
qui emplit nos bouches
et éclaire nos ciels
de tous les mots vivants
qui portent tous les morts
Tu es celle qui court
dans nos forêts bouquant nos rêves
Si belle
si fragile
gardienne des savoirs
tu ouvres les bras
le monde frémit
tu fermes les bras
le monde s’inquiète
*
Ombre glissant dans l’ombre
chassée par l’ombre la chassant
à travers troncs branches et feuilles
tu te glisses
La plante de tes pas
s’imprime dans l’humus
qui s’accroche à tes pieds
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Tu agites les eaux
les déploies en rouleaux frangés
qui feuillettent les terres
les étagent
déplient
de page en page
*
Je te dis vénérable
roulée d’écume salée
soleil qui s’émiette
dans l’ombre des galets
aile blanche falquée
méduse fusant
au parfum des palourdes
*
Tu mets en bouquets
les fleurs que tu chéris
violettes pudiques
bruyère myrrhe
calices souffrants du triste grenadier
Du pleur de l’amandier
tu fais naître les arbres
*
Insensée
tu
exploses dans nos veines
fulgures dans nos nerfs
raidis nos muscles
électrises nos crânes
tords nos langues
inattendue soudaine et soudainement là
souveraine
*
Tu donnes aux animaux une douceur de plainte
distante
et ce bourdonnement joyeux
qui annonce les fruits
Tu pousses la sève dans les veines des arbres
le membre des hommes
les lèvres des femmes
*
Tu fais tourner la lumières des mondes d’ici
et de ceux de là-bas
lumières vibrent
ondulent
traversent le temps
*
Dame au front de silence
entourée de silence
du silence émergeant
quelle femme quel homme
a
d’une pierre agile
tissé tes cheveux
séparés en mèches
formés en résille pour protéger ton crâne
quel homme quelle femme
a donné au silex la douceur de son pouce
modelant dans l’ivoire
ton visage brumeux de la taille d’un pouce
*
Quels hommes quelles femmes
ont tenu dans leurs mains
porté à leur poitrine
approché de leurs lèvres
entouré de leurs mots
forgé dans leurs regards
ta semblance d’eau fraîche
vibrant comme un lointain
*
Tu es la pierre main fermée
Pierre main nombril et sexe
qui porte les montagnes
baratteuses de galaxies
chorégraphes des constellations
Pierre main nombril et sexe
*
Tu es celle qui pleure
désolée désolante
la mort de toute enfance
mère puits de souffrance
déchirée déchirante
Ouvre les bras
que s’ouvre
en ciel le manteau qui te couvre
c’est essence liqueur manne lait
Tu es la déplorée
Tu es la consolante
*
Tu t’abrites
au creux des fontaines
au fil des cours d’eau
leur donnes la fraîcheur de ta fertilité
Tu frappes dans tes mains
cymbales
frappes
tes membres
ton ventre
tambours
de tes cris romps l’espace
ta bouche et ta gorge
livrent la mélodie de mille flûtes
pour cacher aux assassins
la présence des enfants
*
Tu déploies le livre
élèves les tours
pour sauver et combattre
Voici que par ta grâce
tu rends choses et lieux
dignes d’accueillir
tout ce que le monde a de sacré
et
de
divin
peut-être
*
Tu es celle
qui forge les trous noirs
fait tourner les étoiles
Tu es
la dame rocher
de la montagne monde
toi frondaison
tu étales tes feuilles
pour ouvrir l’horizon
Toi arbre tes racines
en serpents ou en vrilles
avalent la pierre
boivent la terre
depuis l’aube de l’histoire
jusqu’à nos futurs inconnus
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