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Patrick Quillier

Tristan Cabral à l’écoute du monde
© Patrick Quillier

Tristan Cabral, le passeur de silence

Publication en ligne : 18 janvier 2022
Clefs : poésie , Inédit

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Tristan Cabral, le passeur de silence

Nous écoutons toujours Tristan Cabral
dans le cercle ardent du compagnonnage.
Les arts, les armes, les lieux et les âges
échangeant leur vertu, leur résidence,
leur époque, ce cercle est une vague
où n’adviennent que l’écoute et la voix
épiques s’activant dans le silence.

Tristan l’enfant, chantonnant sa prière,
est là, dans la parole du gardien
de chèvres, dans l’écoute de l’audience.
Amilcar, au jardin de sa passion,
répète en ce lieu que la jungle est jeune,
pleine de vie, et tout le monde entend,
filigrane suspendu, la musique
de l’oratorio que Luigi Nono
a consacré aux lutteurs comme lui,
Umberto Bellese, Pedro Duno,
Patrice Lumumba, Nguyen Van Troi,
Agostinho Neto, dont le vers « A
floresta é jovem e cheia de
vida » (« La jungle est jeune et pleine de
vie ») est devenu le titre de l’œuvre,
manifeste de force dans l’esprit.
Les oreilles de tous sont des antennes
qui vibrent de concert dans le poème.

Alors dans les petites perceptions
des chromatismes successifs, tremblant
de leur ténuité même, respirant
tels des paramécies au déroulé
de cette seule et même vague haute,
avec le calligraphe instituteur
(hôte premier qui fait de tous des hôtes),
avec Tristan et Amilcar Cabral,
avec Nono, Neto et Lumumba,
avec Arthur Rimbaud et Jan Palach,
sont dans le cercle et le Tristan d’Yseut,
et Caeiro veillant sur ses troupeaux,
et René Char à l’écoute des mots,
et Saint-Jean Chrysostome, et Kierkegaard,
Nestor Makhno, Robert Desnos, Ossip
Mandelstam, Jean-Pierre Duprey, Gustav
Mahler, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Socrate,
Jean Sénac, Vladimir Maïakovski,
André Breton, Mstislav Rostropovitch,
Daniel Baremboim, Mahmoud Darwich, Guy
Debord, Emmanuelle K., Raoul
Vaneigem, Auguste Blanqui, Daniel
Guérin — et même Gustave Flaubert,
Marcel Proust, Henri Bergson, introduits,
dans la vague-rhizome, grâce à Gilles
Deleuze encore en suspens dans le temps.

(Nadine Lefébure, André Chenet,
Cristina Castello, Alfonsina
Storni, Diana Bellessi, María
Negroni, Alejandra Pizarnik,
Roque Dalton, José Luis Ayala,
Djamila Abitar, Christian Deudon,

Jean-Henri Azéma, Riel Debars,
Carpanin Marimoutou, Jean-François
Samlong, Gilbert Aubry, Alain Lorraine,
Jean Albany, Alain Peters, Danyel
Waro, Jeanne Brézé, Claire Karm, Anne
Cheynet, Mickael Kourto, Jean-Louis
Robert, Patrice Treuthardt, Madoré,
Gilbert Pounia, Christian Jalma (Pink Floyd)
,

José Craveirinha, Noémia de
Sousa, Luís Carlos Patraquim, Guita
Junior, Jorge Viegas, Eduardo
White, Filimone Meigos, Mia
Couto, Momed Kadir, Heliodoro
Baptista, Gulamo Khan, Ondjaki,
Pepetela, Lopito Feijóo,
Virgílio de Lemos, Pierre Guéry,

Abdulrahman Almajedi, Antoine
Simon, Alex Susanna, Béatrice
Machet, Leo Gonçalves, Ricardo
Domeneck, Apirana Taylor, Claude
Haza, Jean-Louis Clarac, Marc Delouze,
Patrice Louise, Jean Metellus,
Marcus Fabiano, Sebastião Nunes,
Dirceu Villa, Ricardo Aleixo,

Raúl Renán, Jalal El-Hakmaoui,
Jacques Bertin, Pascal Giovannetti,
Catherine Pozzi, Hoda Hili,
Jaqcues Ancet, Raphaël Monticelli,
Alain Freixe, Dominique Ottavi,
Dom Gabrielli, Hicham Dallouri,

Patrice Angibaud, Jean-Marie Barnaud,
André Ughetto, Thomas Pontillo,
André Orphal, António Osório,
Jacques Pautard, Eugène Green, Ottó
Tolnai, Frankétienne, Dinu Flamând,
Marta Petreu, Krystyna Lenkowska,
Marie Under, Wislawa Szymborska,
Doris Kareva, Rahila Muska,
Dora Gabé, Blaga Dimitrova,
Maironis, Bella Akhmadoulina,

Max Andréoli, Danielle Fournier,
Viviane Ciampi, Seyhmus Dagtekin,
Patrick Lafontaine, Antonia Soulez,
Paul Bélanger, Madeleine Monette,
Nicole Brossard, Hélène Dorion,
Jean-Claude Xuereb, Chiara Mulas,
Pierre Ouellet, Léon-Gontran Damas,
René Depestre, Mohamed Hmoudane,
Omar Derouich, Abdelhaq Mifrani,
Marilyne Bertoncini, Marc Ross,
Paul Wamo, Omar Youssef Souleimane,
Hassan Ibrahim al-Hassan, Mahmoud
el-Hajj, Gérard Pey, Marco Passini,

Flora Devatine, Diane Glancy,
Jean-Claude Villain, Moncef Ouhaibi,
Sabine Venaruzzo, Mara Lee,
Abdellah Taïa, Rachid Djaïdani,

Guennadi Aïgui, André Markowicz,
Daniel Biga, Hawad, Yvon Le Men,
Avot Yeshurun, Jacques Alessandra,
Abdellatif Laâbi, Mohammed
Bennis, Luis Felipe Fabre, René
Barbier, Christophe Forgeot, Ivan Goll,

Pier Paolo Pasolini, Ghada
Nabil, Hussein Habasch, Aymen Hacen,
John Montague, Manuel Van Thienem,
Rachid Bey, Tahar Djaout, Amin Khan,
Hamid Nacer-Khodja, Kamel Abdou,
Kateb Yacine, Hamid Skif, Jean Amrouche,
Youssef Sebti, Jean-Pierre Millecam,
Alicia Martinez, Mirko Bozic,
Francis Combes, Dominique Sorrente,

Jean-Marie de Crozals, Carles Diaz,
Patricio Sanchez, Georges de Rivas,
Homero Aridjis, Jorge Vargas,
Mario Bojorquez, Carmen Villoro,
Jorge Arbeleche, Coral Bracho,
Jorge Esquinca, Paula Abramo,
Óscar de Pablo, César Anguiano,
Françoise Roy, Katy Remy, Abdel-
Karim Harouach, Aïcha Chibane,
Mercedes Roffé, Jean Portante, Franck
Villain, Achille Chavée, Hubert Juin,

Alain Maumejean, Kiki Dimoulá,
Iossif Ventura, Filip Kletnikov,
Robèrt Lafont, Jean Joubert, Serge Bec,
Roland Pécout, Pierre Bec, Max Rouquette,

Juan Carreón, Jean-Michel Sananes,
Ile Eniger, Colette Gibelin,
Brigitte Broc, Tarik Hemdan, Philippe
Fréchet, Colette Daviles-Estinès,
Patrick Joquel, Marie-Claire Bancquart,
Didier Pobel, Pierre Vieuguet, François
Montmaneix, Roger Kowalski, Hervé
Micolet, Jean Pérol, Yves Broussard,
Pierre Vinclair, Ossang, Ivar Ch’Vavar,
Yves Namur, Jacques Lovichi, Jean
Poncet, James Sacré, Michaël Glück,
Claude Adelen, Catherine Jarrett,
Mireille Diaz-Florian, François Minod,
Alain Minod, Gil Jouanard, Nimrod,
Françoise Mingot-Tauran, Diti-Tway,
CeeJay, Cuti, Maxime N’Debeka,
Kabîr, Federico Garcia Lorca

et ainsi de suite, et ainsi de suite…

et avec vous, myriades, les aèdes
de tous les temps et de tous les pays,

grande vague dressée contre l’horreur,
gigantesque muraille de murmures
humbles jetant un sort à la terreur,

dans ce poème on vous entend aussi,

rumeurs de criquets fécondant l’esprit,
ostinato bruissant en profondeur...

et en effet, nous le dirons toujours,
bien d’autres noms, dans la vague-rhizome,
tournoient pour notre joie ad libitum,
futurition d’hypertexte infini,
et le griot qui fait vibrer nos cœurs
ici, Tristan Cabral le magnifique,
les dit tel un criquet en la majeur
dans toutes les fissures qui lézardent
la si vieille bâtisse de notre art :
les hauts murs où l’on enferme les bardes
ne résistent jamais à ce mantra !)

Fortino Sámano est le frisson
qui parcourt la surface de la vague,
autrement dit nos peaux à l’unisson.

Le cercle qui écoute ainsi Tristan
Cabral refait le rite immémorial
d’Ulysse descendu aux catacombes
où mort et vie tourbillonnent ensemble,

houle riche d’embruns, zébrée d’éclairs,

un tumulte qui se donne le jour.
Et c’est ainsi que dans l’ellipse des
paroles, de main en main, de cœur en
cœur, le père Tristan Cabral s’emploie
à faire passer le silence, voie
sacrée, voie de croix, voie royale, office
de veilleur appliqué livrant aux fils

la matière qui vibre dans leur voix.

Oui, écoutant ainsi Tristan Cabral,
nous savons de source sûre et profonde
que nous écoutons là tant bien que mal
(car il faut bien tromper la fin, misère !)
la plus belle des écoutes du monde.

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