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Chronographie

BRIBES PUBLIÉES , Chronographie

Première publication : 6 décembre 1990

vers le sommaire des Bribes

Aller vers Le musicien nègre (Bribe 137, v. 1)

retour vers Mouvement

Diaphane est le mot (ou n’est-ce pas translucide ?) Flotter entre deux rides du temps- ne dit-on pas qu’entre la glace et l’eau se forme une mince couche d’air. C’est ainsi que vivent les Apaches, songeait Josué ils sont issus de ces mêmes ondes, de ces mêmes couches, ils ne sont pas morts, ils vivent beaux de cette transparente beauté que l’agonie pose en caresses savantes sur le masque de la mort.

      Elle entre sourire aux yeux
      Flexion des bras
      Sans cesse
      Vêtue de blanc
      Se mordillant le petit doigt

Je n’ai pas voulu aborder Ithaque en conquérant, mon retour a été celui de l’humilié. Les masques, n’est-ce pas, m’ont toujours été familiers 


Ma perchè
  perchè
non parli ? Criait Josué en jetant son stylo sur la feuille.
      Qui anime nos figures qui
       anime nos figures ? Ta vie, ta vie, disait Dieu, est-elle autre chose qu’un songe ?

      Lui trépigne
      Il
      Baisse la tête
      Soumis ?

       Après tout peut-être que la nature n’est elle-même que petite fille boudeuse jouant avec des figures à peine plus complexes. Mais tes indiens, où sont-ils ? perdus dans quelle zone obscure et débile de ton esprit de vieillard ? Perdus comme entre la fresque et son voile d’enduit, entre les os et la peau des momies, se perd la vie.

      Ses cheveux
      Auréole
      Ou
      Nuage
      Nimbent
      son cou
      Offert

Il reste que seule, la statue, s’animant, m’échappa, Elle seule tint sa promesse. D’elle seule j’étais en droit de ne rien attendre.
    (ou est-ce la vie des choses qui nous tue ?)
Mes songes, grommelait Josué, valent bien l’ombre des dieux.
     N’était-elle pas qu’une illusion ? N’était-elle vraiment qu’une illusion ? Écrire au fil du temps et  
   de cette incertitude    au temps
      se soumettre        comme inacceptable donnée

      La retenue
      Elle
      La revenue
      Sur elle-même
      Accroupie

Tu ricanais, Josué, tu prétendais que je me lamentais sur le sort du marionnettiste
       la statue seule
  seule tint sa promesse d’elle seule pourtant je n’attendais rien



 Diaphane comme ma mémoire (vous êtes de Paris, non ? Vous êtes de Paris, disait-elle. Non, non, c’est là bas que vous vous êtes connus, disait-t-il . Ah , Ah ! la capitale, disait-elle
     clap clap
      La capitale) Et c’est la mort comme les mots sur les mots posés.
  Il y avait ce crucifix et ce vieillard suspendu entre ciel et terre et entre ciel et terre écrivant posté au seuil de son silence  
Josué si
  lence sentinelle
    des regards
     ce que jamais plume n’avait pu ou su écrire
aux arbres les fleurs comptent les fruits 
Josué connaissait cette fatigue des peuples lutteurs quand, longtemps après que l’on a cru leur fin largement révolue, ils sortent soudain de la mort et
       parlent (de sorte qu’un plongeur prisonnier sous la glace aurait le temps) ou encore ces voyages entre la toile et les pigments, entre deux couches de peinture, entre la fresque et son masque ou son voile, ou son cache.
       Mais ce déguisement n’en était pas un car il faudrait

      Vieux lutteur
      son regard
      doucement
      se pose
      s’embue
      volette
      autour des choses
      que sa voix caresse

Je ne sais pourquoi, j’avais toujours rêve de posséder l’un de ces mannequins animés, de ces "automates" qui, à l’instar du joueur de M. de ***- donnent si imparfaitement- et pourtant de si fascinante façon- l’illusion de la vie. N’était-elle pas qu’une illusion ? L’ombre d’une ombre, figée, finie ? fallait-il forcer son pauvre esprit ( ses pauvres forces)
      à l’attrait de la plume et du papier.
  Entre la glace et l’eau, un nageur pourrait se sauvegarder. Ithaque ma pierreuse m’a saisi, Ithaque, ma terre, bien assez riche, gorgée de blés, de vins, île propice aux arbres qui donnent aux vents parfums et paroles. Que viennent des temps élastiques, que viennent les ouragans.

      Et Elle,
      Passante,
      (Cheveux au bord du cou)
      Le poignet droit s’envole
      Agrippé à ses doigts.

Fallait-il forcer son pauvre esprit à l’attrait de la plume courant (indifférente). Fantômes errants des pouvoirs, je vous hais,  
   disait Josué. C’est la solitude.  
      c’est   
   l’ a
    lente
     attente entre
   quatre murs.


ç’avait été la sérénité, cette pâleur du visage, cette rigidité des membres pourtant. Ils donnent aux vents parfums et paroles, ma terre, impropre aux courses, accueillante aux chèvres et aux boeufs, (pourtant).
Dire que j’y avais mes racines n’est pas qu’une façon de parler. Ainsi plongé comment aurais-je pu perdre ma route ?
       Que viennent les ouragans, cyclones, tornades, tempêtes heureuses criant, qu’elles nous emportent, nous assourdissent, que meurent les murmures du monde. Et l’on croit que quelqu’un tire les fils qui nous donnent nos postures. Ne vous ai-je pas dit que, de la statue seule j’étais "en droit" de ne rien attendre ?- Non, "en droit" n’est pas le mot ; je voulais dire que d’elle seule il était raisonnable que je n’attendisse rien.
Cette discipline est peut-être sotte, se disait Josué, comme toute discipline, peut-être, mais comme toute discipline, soumettant le corps, elle peut laisser rêver que l’esprit se libère.
  A cinq minutes près toutes les trente minutes. Fantômes errants des pouvoirs, vous ramassez les bribes de la loi, l’eau délavée des pourpres. De Paris, dit-elle, de Paris, oh ! ajouta-t-elle, il est chouette le Dupuis, là... Ce n’est pas un Dupuis, dit-il. Lieux d’inspiration, lieux de traces que tant de générations ont laissées
       entre quatre murs
  c’est un
   Duchêne. Et toi

      Tu parles
      Tu
      Tu t’étonnes tu
      T’inquiètes
      Tu
      Questionnes tu
      Sans trêve
       Pourtant

  (C’est la fatigue presqu’heureuse de qui a su flotter entre deux rides du temps) à le regarder fixement, je me faisais croire que la peau, juste un instant, avait frémi.
  Que viennent des temps élastiques, que ne demeurent
       que les cris de l’angoisse la plus stridente. Non, pas mes rêves, non, mais vraiment la réalité des images, des effigies grossières que nous sommes, postées au seuil d’un autre réel. Cinq minutes, toutes les trente minutes, il y avait là une incertitude du temps, qu’il ne pouvait longtemps supporter.

      L’angoisse
      tranquille
      tu l’accueilles
      Elle se love
      Se blottit
      te pénètre
      s’installe
      Indifférent
      tu la câlines

Vous n’êtes, dit-il que l’ombre pâlie d’ombres ténues.
       Ce que les murs accueillent, se mesure en indice de réfraction de la lumière en jeux du prisme renvoyant plus ou moins à telle ou telle fréquence du spectre. Si je vous aime, vous ne le savez pas, si je



Diaphane est le mot (translucide). Je pouvais croire qu’à travers ses lèvres entrouvertes, un souffle, si faible fût-il, était passé

      Tu demeures
      Imprévisible
      Tourment

      Ou tourmenté

que, derrière les paupières closes les yeux avaient bougé comme on le voit faire au dormeur plongeant dans le rêve

      Il lève le bras
      Pointe le doigt

Le va-et-vient du jour
       Vous
Dans ces jeux du temps tout -dans sa vie- devait atteindre une précision sinon de la seconde, du moins de la minute.
  Diaphane comme notre mémoire
       Rêve
l’aspect de la tranquillité. Je rêvais d’images parlant soudain, de statues s’animant, et nous voici donnant le souffle, impulsant le sang dans des veines de pierre, capables de faire jouer des muscles de marbre, ou ruisseler des fronts de métal.

      Il lève le bras
      pointe le doigt
      effleure le mur
      penche la tète
      tend le regard
      s’immobilise
       rêve

si je vous
   L’angoisse la plus au bord du dernier souffle du dernier râle. Elle est venue
      Splendide
(pleureras-tu longtemps sur la mort du marionnettiste ?
C’est bien suffisant que de vivre -socialement et littérairement- le temps à la minute près. A quel )
      Ombres pâlies d’ombres ténues dans des crépuscules glauques
       Si je vous aime, vous ne vous en doutez pas. La vie est ainsi.



Diaphane est la fatigue comme un voile sur ma vie pensait Josué. Tu t’astreins à cette
       L’aspect de la tranquillité, comment ne pas le prendre pour la vie enfin maîtrisée
   Je tentais, forçant ma pensée, Ainsi dans ma terre s’ancrait mon droit, comment aurais-je pu perdre ma route. Et que dire d’autre ? Comment, comment aurait réagi Michel -Ange ? Il avait déjà réalisé des expériences de ce genre, quand, encore adolescent, il soumettait sa rêverie au temps bien plus lent de sa plume
       Vous n’êtes qu’écrans de fumées, rêves d’ivrognes planant
       La vie, la vie est ainsi solitude. Si une étoile brille seule, son éclat paraîtra-t-il plus fort ? Et dans la multitude que di



Diaphane, disait Dieu. Tu n’es vraiment pas loin de Forçant sa pensée, la dirigeant, et se figurant les lobes et les circonvolutions à l’intérieur de son crâne- la projetant à l’intérieur de lui. Tu n’es vraiment pas loin de la
       je n’aime, en somme que Est-elle vraie cette anecdote que l’on raconte de Michel-Ange ? Qui n’a connu cette même rage ? 
     Freinant les profusions d’images, s’y fondant, , les tenant
    (rêves d’ivrognes planant)
proprement par les rênes. Les va-et-vient du jour balaient les surfaces et apparaissent alors, en réserves les mots, en reliefs, les couleurs
      Reliefs -dit-on- des restes
       Ruderi
Et dans la solitude qui dira
    Josué
Tu n’es pas loin de la
    mortification de ce
   de renouer les fils brisés ou de retrouver ceux qui devaient être restés intacts.
      Il fallait qu’ils meurent : comment aurais-je pu perdre ma route ? Je n’aime en somme que
    la mort tranquille

      Mains dans les poches
      Désinvolte et
      Attentif
      Il
      s’alourdit
      sur les choses

  Jusqu’au jour où -plus sensible -peut-être, aux attitudes qu’aux propos, aux actes qu’aux intentions, je m’aperçus que je les tenais par des fils de mots.
      Josué
       lence sentinelle
      des regards
     posté
      silence sentinelle Josué était posté
      Tu attends
      Et le temps passe
      Et la vie
      passe et les regards
pas loin de ce
  de cette lente construction de la mort
Langue lentement courant
On ne cloua pas le cercueil, on le vissa, mais la perte dans l’angoisse apaisante quand je les tenais par des fils de mots qu’il suffisait de tel propos pour voir changer l’expression d’un visage.
     En avais-je rêve de cet impossible ! Que soudain l’image s’échappe sans que ma volonté et mes calculs n’y puissent rien.
       Que ma séduction soit vaine La chair est indolente et l’esprit malléable
  Les tenant par les rênes et tirant sur le mors ; soumise elle suivit au point que bientôt la plume -son vagabondage sur le papier, la fluidité plus ou moins grande de l’encre- dicta sa mesure au rêve et à l’esprit
       Rêves
d’ivrognes planant sur les vomissures et les déjections
       C’est après la main tendue à la statue
     Fantômes des pouvoirs je vous hais
  Lieux
   Ils rêvent et nos rêves s’y ancrent - excroissances diaphanes sur des squelettes ou des momies-
       Nos mots rêvent et nos rêves s’y ancrent
Montagnes qui voguent


Langue lentement courant
La vie s’écoule -disait Josué. La vie coule et le sang et nos pleurs et nos mots et nos pensers enfin s’attachent à ce peuple du vent que la mort ne saurait saisir
       Mais on m’avait refusé d’assister à la mise en bière  aussi
       Il fallait qu’ils meurent, il fallait qu’ils paient le prix installés dans ma ville, dans mon palais

      Comme sans gêne pourtant
      L’angoisse de ceux qui
      parlent haut
      rejetant la tête en arrière
      dans des défis continuels

Qui n’a connu sa rage ? Je m’aperçus que certains mots étaient propres à soulever des sanglots, d’autres des joies fugaces, qu’il n’était pas jusqu’à la posture qui ne se pût modeler d’une plume ou d’un regard Ainsi elles
Je n’aime que
   La perte dans l’angoisse apaisante
quand
Elle m’étouffe et m’envahit
M’étouffe je suis

      Elle s’accroche à son carnet
      s’accroche à ses lunettes, à
      son visage, elle se pend à
      chacun de ses mots, à ses
      hoquets et à ses hésitations

  Les yeux ouverts ou fermés ne résistent guère au regard exercé, les corps plient
     Ils sont bien loin  tes indiens, disait Dieu, qu’est-ce qui dictait la rêverie de tes Apaches ? Sur quelle mesure se modèlent aujourd’hui leurs rêves ?
  Es-tu l’image de ces ombres ? Disait-il encore à Dieu. Où est ton assise ? Où
   s’alimente Ta puissance ? Montagnes qui voguent sur la banalité de nos propos.


   De la mort ils tirent non leur absence mais comme leur transparence
    On m’avait refusé d’assister à la mise en bière aussi devais-je parvenir parfois à me persuader que, d’une manière ou d’une autre- ce qui avait échappé à mes regards n’avait pas été, que le cocon de bois était vide
Regards inquiets terreur (vide)

      Dégagée
      Et ondoyante
      Elle danse sa vie

Installés dans ma ville, dans mon palais, mangeant mes réserves et pillant ma maison, il fallait qu’ils meurent   
       et que la terre boive leur sang et que

En tourbillons      elle      danse sa      vie
      sa jupe la suit
      sa voix
      profonde
       l’entoure
      de
      nuit

La chair est indolente et l’esprit malléable mais non la pierre mais non
    l’image de la mort
       Sur quelle mesure se modèlent aujourd’hui leurs rêves ? Mon rythme en ce moment est-il différent du leur quand, toutes les trois secondes et trois dixièmes tombe le bip de quatre centièmes suivi -si près- du mot ?
     Où s’alimente Ta Puissance ?
       A la banalité de nos propos

      Il s’esquive
      Sans cesse il se fend
      S’efface
      Ombre intriguée
      qui glisse

Quelque chose ils sont en quoi l’oeil ou les doigts se heurtent  
   Qui en même temps discrètement  se cache ou
       se cèle
       et
que je devais - un jour ou l’autre- au hasard d’une promenade retrouver soudain sa silhouette trapue sa démarche aux larges pas rejetés. Il fallait qu’ils meurent que la terre boive leur sang que la terre et le sang mêlés se forment en boue
   Ne dit-on pas fertile ?
Je suis

      Avance comme en arrière
      Hésite de t
      Elle attend que vienne
      Ce qu’elle attend

     Ainsi elles se croyaient insensibles !
Elles n’étaient que
     l’objet modelé par
     le rêve de mes désirs

      Elle
      s’installe
      s’incruste
      attend
      La tête penchée

prière ?
Et qu’aurais-je pu dire d’autre que
   et tendre la main ?
    N’es-tu que leur image ? Ou, comme on l’a prétendu, l’ombre portée de la voix des peuples ? J’aime, en somme, solitaire, ce jeu des absences qui pousse la mémoire à bout, qui
      donnent formes à nos souvenirs
   (que je retrouverais ses attitudes de conteur
  (je suis  pantelant et vide quand je souhaiterais
   la sérénité)
     )        Il suffisait que je parle pour les sentir soudain animées de ma seule
       volonté
       Seule elle avait tenu ses promesses
     c’est la mort

suivi si près du mot. Comme ces incantations - ne modelaient-elles pas le rythme des rites et l’allure ondoyante des rêves. Qui sait ?
     Je ne suis pas le chef, disait le chef
    formes à nos souvenirs.



  C’est à la fatigue qu’il devait de connaître aussi cet état dans lequel le corps quasiment disparaît dans une détente un écartèlement sans douleur

      Précautionneuse, elle
      avance la tête
      du regard elle tâtonne
      Osera-t-elle
      poser le pied droit
      ou le gauche
      d’abord

     que je retrouverais ses attitudes de conteur, que j’entendrais à nouveau sa voix puissante jeter ses souvenirs inattendus, ses étonnantes comptines de buveur et de fumeur. Ne dit-on pas fertile ? Seule, elle ne répondait pas aux invites
     c’est la mort
Perplexe ? De la main elle efface le bas de son visage, son regard lentement se lève, les yeux sourient
       Qui sait si la cadence des rames n’a pas ici ou là donné la mesure des mythes. Ou le trot des chevaux ou...
Je ne suis pas le chef
    Personne est mon nom     La pomme près du tableau dilate mes papilles bien plus
  que l’artiste
Je pensais que je retrouverais ses interpellations ses mélopées ses déroutantes exigences

L’aime-t-il
Elle   tendre   elle
L’aime   regarde elle
      s’extasie
La voix s’alanguit    La pose
se creuse  la tête    se penche
       de son coté

que les gorges éclatent, que les visages s’empourprent
avant de
devenir livides
    Je délaisse l’écrire
seule elle
     c’est la mort
Nos rêves ne sont-ils pas fils du temps ?
      Il devrait y avoir une légende à ce sujet...
Je ne suis pas le chef mais la voix ou la langue
  bien plus que l’artiste n’excite mes sens et mon esprit.
L’objet peut-il nier l’oeuvre qu’il inspire ?
Et nos lieux ?

      Son rire comme
      ruisseau en fond de gorge

Mon peuple, pleure

      Le souffle
      profond

Et je le vis bien souvent dans les villes les plus diverses

      l’oeil
      Il parle d’autre chose

aux moments d’errance ou de désarroi, assis sur le banc d’un jardin

que les narines et les bouches ne connaissent plus que l’odeur, le goût, l’épaisseur, la fluidité fade du sang
     Je délaisse l’écrire
       Je le rêve, je ne vis plus que pendu au temps
Et c’est la mort
   Et c’est le feu
Il regrettait qu’au rythme imposé à ses rêves, au temps nécessaire
    de l’écrit
répondît l’esclavage de la feuille (
Derrière leur appareil photo Y-a-t-il le regard u maître du Fuji ? Ils passent)
   Avez-vous un mot pour dire que je n’ai de pouvoir que de mon peuple que je n’ai de pouvoir que d’être la voix qui ne s’éteindra pas même si mon peuple s’éteint
Et nos lieux ?

      Le regard d’elle
      N’est pas
      là
      Au delà de tout
      Il erre
      Au delà d’elle
      elle
      erre
      ma triste
      s’effaçant

mêlé à la foule des boulevards
à la devanture d’un marchand de fruits à Rome
   Que les crânes éclatent sous le heurt des masses ou du sol
   et vivre m’environne et me cerne et je
     Perdu
      ne
sais que dire j’attends  
    si

      elle
      parle
      bouge
      tourne
      dit
      Et soudain
      seule
      inspirée
      se tait

Et c’est la glace
    Ah ! pouvoir écrire ici tout en regardant là bas, et le regard fouillant les creux
       Et nos lieux ?
pourraient-ils faire mourir ce qu’en nous ils suscitent Ils le pourraient sans doute s’ils étaient éternels
sortant d’une taverne tchèque
marchandant devant un étalage sarde
      que monte la puanteur des peurs avant celle de la mort  
   les miennes

      Cheveux qui tombent
      traits qui souffrent
      Son corps retient à peine
      Gracile
      le sol

      Et tu parles parce qu’il faut
ce monde n’est vraiment que
       Ici ma vie et si

      C’est l’étonnée
      quand la jambe s’avance
      La tête suit
      Et l’oeil s’arrondit
      de ne rien reconnaître ?     C’est l’étonnée
      fouillant les faiblesses du plâtre     Oh
      ce regard
      Qui déblaie ce qu’il voit
      Pour retrouver ce qu’il aime
      Fidèle

Laisser les yeux rêver leurs rêves tandis que rêvent les mains
Je ne suis que le souffle...
      C’est la mort qui
nous fait rêver
ombre passant dans une ruelle athénienne
ou attendant - au petit matin devant un abri de chantier
Ce monde n’est vraiment que
Ce qu’il semble être  pourquoi
   pourquoi
      Les fleurs qui naissent
      Ne sont-elles belles
      Que de leurs
      futurs ?
les miennes
   de corps déliés
Anima mia è notte
     anima mia è morte  
l’uom di pietra   l’uom di sasso

Ai-je encore pris une avance sur mon temps ? (Je n’ai pas voulu aborder Ithaque ma pierreuse en conquérant ; je n’avais aucun des attributs du pouvoir. J’ai retrouvé mes bords sous l’aspect de l’humilié)
Je l’ai vu dans tous les endroits d’animation, de bruit, de commerce, de vie, et sans trêve m’échappant ou s’évanouissant, comme si ses traits
que les corps déliés s’abandonnent  que les poitrines         s’affaissent en cherchant un dernier souffle Incapables même de gémir
  Pourquoi alors pourquoi vivre ?
Josué se rappelait aussi ses propos
      vérification
comme si ses traits se fanaient ou se fondaient ne me présentant plus qu’un visage inconnu
Que seuls résonnent les bruits sourds des corps qui tombent, d’os brisés, de ruisseaux chargés d’air
       pourquoi
Quelle étrange connivence y-avait-il entre lui et ce personnage que l’on croyait formé aux plaisirs pervers ?
mon lit seul s’accrochant à ma terre liant mon repos à ma terre
Nous ne rêvons de nous qu’absents  et cette oeuvre enfin est
       le
souvenir de la porte perdue, ou de la pomme disparue et sans cesse m’échappant ou s’évanouissant comme si ses traits se fanaient ou fondaient ne me présentant plus qu’un visage inconnu
   Incapable même de gémir que seuls résonnent les bruits sourds des corps qui tombent pourquoi
       et tout ceci au fond pour reprendre d’anciennes images n’est-il enfin que matériau brut ou à peine dégrossi
j’avais appris à mon coeur le calme, à mon esprit la raison, profitant simplement -sans exaltation- du bonheur fugace de ces apparitions et trouvant enfin un plaisir nouveau en le voyant disparaître à saisir le moment où surgirait
       un autre visage
d’os brisés
de ruisseaux chargés d’air
     de râles saisis au delà de toute souffrance
      pourquoi
       entendre encore les moteurs vrombir  
   les coeurs
      battre
       les bruits d’armes lancées de corps tétanisés emportant des objets dans leurs ultimes soubresauts
    Faut-il que nous mourrions quand nos objets s’animent ? Et les Apaches
       songeait Josué
Malheureux pourquoi détruire un mur si beau ? Pourquoi détruire la porte
  et il faut dire que la fresque semblait
       C’est que tu vois le mur mais non
quelqu’un monte... Si ce n’est pas un visiteur, que ne penserai-je encore pas de ma solitude !
     Qui êtes-vous donc ?
Et toi
   C’est le souvenir de la porte perdue, du mur arraché        Comment
comment un objet pourrait-il n’être objet que
      de lui-même ?
Et toi
  que ta mort traîne par le bras
les sirènes hurler les foules gronder pourquoi songeait Josué les Apaches ne sont-ils morts que pour donner une âme aux choses ?
  C’est que tu vois le mur et non ce qui agite mon coeur
  qui
Qui êtes-vous ?

   Et toi que la mort traîne par le bras
    Toute vie t’attache à la vie

    Ce qui en nos lieux
    en nos mots
    s’est perdu
       nous fait rêver
les vagues   pourquoi
    il faudrait pouvoir

Et toi
      Que ta mort traîne par le bras
      toute vie t’attache à la vie
      qui te rapproche de la mort
      Tu nous ressembles
      C’est
      Qui êtes-vous donc ?

Ou est-ce la vie des choses qui nous tue ?
C’est que tu vois la statue mais non ce qui trouble mon coeur.
       Vous
que la mort emporte ?
ombres fragiles d’un pouvoir ? Rois disparus, seigneurs, maîtres, cendres qui se croient braises, vous n’êtes plus capables que de servir d’humus aux prurits de la terre       Il fut aussi lueur foudroyante dans la nuit.
      Ils devaient mourir.
Comment aurais-je pu perdre ma route ?
Ainsi parlait-il dans la grande salle, sous l’aile de la mort
      Tu nous ressembles
      Mais toi tu le sais



Il serait bon de n’être qu’une main tenant son soc d’encre et faisant son sillon de mots je ne sais     je ne sais
       ma
perchè
perchè non parli !    hurlait Dom Josué en jetant son stylo sur la feuille
       Se savait-il
se
   Et Dieu restait distant.
   la

Eli Eli lama Sabacthani ?

©Editions de l'Amourier, tous droits réservés

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