Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 2003 - À propos de « La promenade niçoise »
RAPHAËL MONTICELLI
Article paru dans l’hebdomadaire Le Patriote
La promenade niçoise de Marcel Alocco ne se présente pas comme le récit d’un rendez-vous (heureusement) manqué, ce qu’il est peut-être au fond. Ni comme un livre de recettes de cuisine. Ce que pourtant, indubitablement, il est. Ni comme une sorte d’autobiographie vaguement nostalgique -ce qu’il est sans cesse aussi. Ni comme une histoire de Nice (le vieux, la ville, la vieille, le comté...) ce qu’il est encore. Ni même comme une constante réflexion sur la littérature et l’art. Ce qu’il est. Toujours.
Cette promenade... c’est tout ça à la fois. ça mêle tout ça : toutes les approches de la ville et de la vie, le tout emporté -emballé ?- dans une sorte de grand monologue en quête d’interlocuteur, un bavardage qui se revendique comme tel, un peu comme on parle pour faire connaissance.
« Pastrouil », écrit Marcel Alocco, en sous-titre de son livre. « Pastrouil » dans le sens niçois qui se tient entre le bavardage et le palabre. Pastrouil, comme la parole fluente qui cherche à unifier les fragments épars de la vie. Pastrouil, comme ce fil qui relie, dans le patchwork, les bouts de tissu pour en faire un costume, et, dans l’oeuvre plastique d’Alocco, les bouts de peinture, les images, pour en faire de l’art.
Suivez ce patrouil. Il est aimable et courtois. Entendez cette voix, pleine de fierté et de tendresse pour son pays de terre, de mer, d’exils, de souffrances, et de bonheurs simples à partager ; laissez la vous entretenir, au fil du discours et des transitions, comme dans une conversation entre amis, de tout ce qui fait la vie commune. Et que la vie de chacun peut nous intéresser tous, parce que, finalement nous sommes tous si semblables. Parce que, finalement, nous sommes tous si différents.
Laissez vous aller et guider, mais en même temps, voyez s’affirmer une position particulière sur la vie, l’art, la littérature et sur les relations qui se tissent -devraient se tisser- entre eux. Voyez comment, tout en pastrouillant, Marcel Alocco croise mille images,comme il le fait depuis 30 ans dans sa peinture, et mille discours, et mille souvenirs, et on se retrouve à savourer la socca en parcourant Homère, ou à préparer le pistou -ah ! l’éloge du balico ! le basilic, si vous préférez- en croisant une image de Warhol (Andy).
Voilà pourquoi j’ai aimé ce livre : parce que Marcel Alocco cherche à saisir -ancrer- dans la parole même d’un peuple, dans la voix des simples gens ce qui fait le sens et la valeur des oeuvres d’art. Parce qu’il cherche à articuler le quotidien le plus humble avec les plus fortes références des arts et de la littérature. Parce que je suis sensible au phrasé d’Alocco, un peu précieux, parfois, et dans lequel poussent les images d’une poésie nécessaire faite de terre et de mer, d’amour et de deuil, de saveurs, d’odeurs, de bruits, et d’un grand rêve roulant. Parce que j’aime lire des passages comme celui-ci :
« Il prend dans sa main un peu de sable, le laisse couler dans le vent. Une larme perlera de son oeil, si le veut la poussière. Naîtra de la boue un homme, une femme... Une vieille ville lourde de tout son passé, et assez vivante pour l’oublier un peu et revivre fortifiée de ses souvenirs. Une ville nouvelle, retremprée au bain purifié de son écriture. Une ville qui n’appartient qu’à moi. Et à chacun de vous. »
Pastrouil. Poésie. Parole de l’échange.
Je te salue, frère de rêve et de langue ! Depuis si longtemps nous nous entretenons -comme on le dit du feu- depuis si longtemps nous nous faisons écho, que même sans nous voir et sans nous parler nous avons parfois dans la bouche et sur la langue les mêmes phrases, les mêmes mots. Et sous les pieds la même terre, la même boue à nos semelles. Et des désirs semblables dans le coeur.
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.