Accueil > Les rossignols du crocheteur > BUTOR Michel > 2018 Continuons la route ensemble mon Ami
RAPHAËL MONTICELLI
V
Je me souviens d’un jour de mars
quand me parvint cette missive
de cendre et de deuil tu disais
Pousseur est mort Pousseur l’Icare
le destin a creusé la fosse
où s’est engouffré son génie
il a franchi notre horizon
Dans la marginalisation
coulait notre bain de jouvance
Je porte ce deuil pouvez-vous
mettre ces mots sur votre site
Je me souviens d’un froid novembre
ta voix ténue au téléphone
murmurait
Marie-Jo n’est plus
Dites aux amis de Carcassonne
que je viendrai comme prévu
Je viendrai bien sûr dites-leur
que ce sera sans Marie-Jo
oui je viendrai sans Marie Jo
Et ta voix chuchotée à peine
poursuit en moi ses longs échos
Le vingt quatre août deux mille seize
quand j’ai appris la nouvelle
de ta mort je n’ai pas senti
cette douleur dont on nous parle
mais seulement un fort soleil
Il a brûlé mes yeux ma tête
Mon cœur mes membres tu dirais
un tremblement de l’espace
remet les choses à leur place
Et j’ai laissé cette brûlure
faire tous ses effets en moi
Tu t’es affranchi des vitesses
ta voix traverse tous les vides
tu as retrouvé la parole
tu nous donnes celle des astres
tu enseignes les galaxies
tu nous envoies signes de vie
depuis les plus lointains déserts
tu nous mènes au sources du temps
Et aujourd’hui je te retourne
ta parole en apaisement
c’est que je sens toujours présents
tes mots ta voix et cette
humanité que tu portes
ce pouvoir de transformer
les pires poisons en baume
de distribuer autour de toi
la grâce des bénédictions
Il m’était il m’est impossible
d’écrire Il était C’est ainsi
Présent tu fus présent tu restes
Ce que je sens c’est ta présence
Certes je serais bien heureux
de voir entendre comment dire
tous ceux à qui j’ai survécu
de mêler ma voix à la leur
en souples improvisations
imitations renversements
en ajoutant des instruments
en jam-session d’éternité
Ta voix mon ami nous traverse
se mêle à nos voix C’est ainsi
qu’elle accompagne nos voyages
en terre inconnue en dépit
de la mort et de la tristesse
ta voix amie nous accompagne
Mais ce que j’aimerais le mieux
que la grande Oreille m’entende
serait de devenir un ange
de me promener invisible
dans la continuation du monde
en soufflant des inspirations
pour éviter les catastrophes
Aux poètes qui se promènent
dans la montagne avec leur chien
d’autres peintures et musiques
pour inventer un paradis
où la mort deviendrait sourire
où l’on déplacerait les astres
pour accorder leurs tuyaux d’orgue
aux balbutiements des enfants »
...
Mon ami tu es le grand frère
que la vie m’a fait rencontrer
Tu as posé sur mon épaule
ta main droite et de la gauche
tu m’as poussé dans le dos
Si je continue notre route
c’est que tu guides mes pas
comme on encourage celui
qui titube à bout de forces
sur des chemins inattendus
comme on rassure l’assoiffé
errant perdu dans le désert
et que les grands soleils aveuglent
comme on dit au désespéré
non pas Courage mais Allons
chaque pas est une victoire
comme on respecte le silence
de celui qui à bout de souffle
ahane à reprendre haleine
comme on lui fait sentir légère
une présence fraternelle
comme on l’aide à retrouver force
dans cette seule certitude
il est des anges tutélaires
il est de possibles Édens
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