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RAPHAËL MONTICELLI

Apparences/disparences
Publication en ligne : 22 décembre 2008
Première publication : mai 1999 / catalogue d’exposition
Artiste(s) : Lejeune

L’illusion d’une illusion, trompe l’oeil du trompe l’oeil mise en scène de la réalité des apparences
Je n’ai jamais pu supporter l’objectif...

Apparences/disparences
A propos d’une disparition
Gardez-vous de vous fier aux apparences, Monsieur !
Et à quoi voulez-vous donc alors que je me fie, Monsieur ?
pcc. J. Tardieu

On voit bien, d’emblée, que tout le travail de Marie France Lejeune s’articule d’abord autour de la mise en question de nos modes de représentation dans une sorte de retournement des principes de la peinture illusionniste et du trompe l’oeil. Elle le fait d’ailleurs avec une rare lucidité, dans une approche critique de nos habitudes visuelles et dans une mise en cause systématique de tous les thèmes idéologiques qui construisent notre "vision" du monde qui se donne volontiers pour objective et naturelle.  

Mais ne nous y trompons pas... Lorsqu’elle met en cause ou tout simplement met à jour les les illusions sur lesquelles fonctionne notre regard, où auxquelles il est soumis, ce ne sont pas seulement nos modes de représentation que Marie France Lejeune vise. Bien sûr, elle démonte les mécanisme de la perspective, ses mises à plat d’objets réels s’amusent avec le trompe l’oeil, elle joue avec l’anamorphose, la photographie, le cliché, le rayogramme, la sensibilisation, la révélation, l’objectif. Bien entendu, elle bouscule la demi-millénaire illusion perspectiviste sur laquelle nous continuons à construire toute notre imagerie, information et fiction, désir de savoir et de croire, plaisir de se laisser balloter entre réel et virtuel.... Mais, au delà de la mise en cause des procédures de la représentation du monde, ce que Marie France Lejeune laisse apparaître, c’est la grande insatisfaction dans laquelle la plonge le monde lui-même.

"Voici mon travail, dit le peintre de l’illusion, il consiste à vous montrer le faux et vous le faire passer pour vrai, de manière que vous soyez admiratif de mon savoir faire et de la capacité de notre regard à prendre pour vrai ce qui est faux, ou à reconstruire le vrai possible à partir du faux réel... "
"Eh bien, voici le mien, dit Marie France Lejeune : je vous montre l’illusion, sans vous la faire passer pour réalité. Je vous dis même que l’illusion se construit à coup de réalité, de manière que vous soyez dubitatif non seulement de ce que vous voyez de l’illusion mais aussi de ce que vous voyez de la réalité. Et qu’ainsi vous vous questionniez non pas tellement sur la façon dont fonctionnent nos disposiitifs d’illusion mais surtout, sur notre incapacité à rendre compte de la réalité du monde"
 
Voilà, d’une certaine façon, ce qui me paraît être la fondamentale interrogation de Marie France Lejeune.

Elle le regarde et elle le voit, le monde... Il est, ce monde, familier et désolant, peuplé d’objets faits à notre image ; objets du repos et du temps qui passe : chaises, fauteuils, tables, horloges, récepteurs radio, journaux, devantures de magasins ; objets de nos croyances et de nos désirs : saintes vierges, bibliothèques, livres sans épaisseur ; objets de nos spectacles de vie ou de mort, corrida ; et toute une animalité vauguement inquiétante, gorilles et taureaux... Un monde révolu aussi, images le plus souvent des années soixante, comme un clin d’oeil à l’histoire de l’art entre pop et nouveau réaliseme à qui on va chiper un prétexte. Mais aussi un monde lointain, c’est-à-dire un monde avec lequel il est plus aisé, peut-être, de prendre ses distances. Un monde que l’on regarde avec une ironie à peine voilée, comme s’il s’agissait du monde d’une enfance qu’on ne regretterait pas...

Ainsi, finalement, ce que Marie France Lejeune met en place c’est, sous l’apparence de la mise en cause des sytèmes de représentation, des dispositifs de la disparition du monde. Et la voici considérant le monde et se disant que rien ne mérite d’en être conservé, ni de ses apprences, ni de ses représentations. Car le monde ne vaut pas plus que des images qui ne valent pas plus que lui.
 
Reste le dispositif de disparition : cette machine à construire les signes de l’absence,et dont nous savons bien qu’elle est, pour notre conscience modene et contemporaine, l’art lui-même... 
Faire disparaîte le monde et en construire de l’art. Voilà, finalement, le motif de Marie France Lejeune.

"Au fond de notre mémoire et de nos craintes, pourrait-elle dire, je vais saisir une image. Elle dit bien moins le monde que nos craintes et, par exemple, notre inquiétude de voir nos objets prendre notre apparence et siéger plus longtemps que nous sur la terre et sous le ciel, ou encore toute notre fascination de l’incompréhensible vigueur animale, que l’image contient au point d’en faire lever les effets en nous, définitivement inactive pourtant. Cette pauvre image, je la place dans des postures inattendues et j’en produis de l’ombre, une silhouette, à peine un contour noirci de lumière. Cette image d’image, je la fige enfin sur un papier sensible qui semble n’en plus retenir que des effets de nuages devant le ciel, la trace prête à devenir, la crainte étant enfin apaisée, motif à nos rêveries.
Je ne saurais évidemment pas plus me fier à l’art qu’au monde, pourrait-elle ajouter, mais je peux du moins me vouer à l’art, dont peux maîtriser les dispositifs, je peux me vouer à la tâche de la disparition, à la levée des ombres, au surgissement des traces, et à l’hésitation des signes que la disparition engendre..."

Il me manque un mot... Il faudrait qu’il entre disparition et absence, l’inverse précis de l’apparence

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