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ALAIN FREIXE
Parcours de Remo Giatti : entre Alpes, Dolomits,Corse ... montagnes. L’artiste les respire, les inspire, les observe, les croque, en tire d’innombrables gravures. Une montagne de gravures. C’est ce « matériel » que Jean Paul Aureglia lui a proposé de réunir pour en faire un livre monumental intitulé Geo Grafica. Il a demandé à trois auteurs : Jean Louis Augé, Raphaël Monticelli et moi, d’accompagner ces parcours, chacun avec un texte. Je joins ici le mien.
Sans feuilles et immobiles contre un ciel qui fuit de tous ses nuages, les arbres semblent accompagner, corbeau après corbeau, les traits noirs qui remontent la vallée entre deux brumes que le vent faiblement allonge. L’air pèse sur les portes. Les fenêtres ont soif de lumière.
Je regarde ce qui n’est jamais regardé comme si ce qui toujours se dérobe n’en continuait pas moins à tourner vers nous son dos. Ce qui déjà s’éloigne. Ces bruits. Ces pas. Dans les bas où passe la route.
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Je pourrais rester des jours devant cette ligne. Ce bord de forêt. A l’échancré du ciel, cette morsure de la lumière est amie du vent dont les à-coups sapent les murs de l’air et descellent les pierres de quelques images.
Leur tombée dans les yeux entraîne mes regards dans leur chute. Ils ricochent en ondes vibrantes sur les eaux d’hier jusqu’à ouvrir sur cette scène les rideaux de l’oubli pour la chance d’un regard, sans chemin, sans pays, sans nom.
Un regard que ne retiendra pas l’eau quand elle refermera son clapot et que, sur le sommet, la croix retrouvera sa place. Celle du temps. Ses ratures où les yeux retrouvent leurs pierres. Ses ligatures où les forêts reprennent leur place. Et la ligne verte, sa force de séparation.
*
Dans cet automne de toutes les violences, reste de cet été, le blanc de l’églantier fiché dans l’œil entre les mains du vent, cet éclair de fournaise dans le jardin.
Quand les mésanges s’épuisent à ramener le ciel jusqu’aux branches, c’est le moment de prendre le chemin de montagne. L’heure d’aller vers celle qu’on ne pénètre pas, celle qui entre en vous. Ou pas .
Montagne. Comme déposée. Posée là comme une interrogation.
Dans le bleu, à la fois doux et dur, qui éponge le visage raboté par les dernières pierres franchies.
Ou le gris, cette couleur de l’été quand il fraîchit. Gris, agent du flou, agent d’estompe. Couleur frontière. Couleur du passage. De ce quelque chose qui, à chaque fois, affleure quand le soleil étend comme un crépuscule de poussière tremblante sur chaque objet.
Ce sera juste après le Bois Noir.
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