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MICHEL BUTOR ET RAPHAËL MONTICELLI
Jean-Jacques Laurent souhaitait présenter une série de toiles en 1993 à la fondation Sicard-Iperti de Vallauris. Il a montré cet ensemble à Michel Butor, alors de passage à Vallauris. Michel Butor y a vu comme une sorte de bande dessinée géante. Il a donné un sens de lecture à la série, a légendé chaque toile, et m’a proposé « d’y mettre (mon) grain de sel »... Et voici le résultat.
Les infirmières éboueuses exposent les grands blessés
“Aaarrghh.... Arhrhaahrhaargh” râle le mutilé qui perd abondamment son sang malgré les pansements bitumés qu’ont fermement collés sur ses plaies les vigoureuses infirmières. Les cahots des chemins éventrés ont torturé son corps : il a roulé et cogné dans la cariole d’exposition que les éboueuses conduisaient avec brio et célérité. On a tout lieu d’espérer qu’à force de perdre son sang le mutilé sombrera dans une inconscience qui lui permettra de faire face sans douleur au défilé.
“Allons, allons ! Pressons, pressons ! dit la première infirmière” - “
Tchip tchip tchip coui lililili tchip coui tchi coui li” zinzinule la mésange qui cherche à reconnaître le grand blessé, et il lui revient vaguement le souvenir d’un rapport d’espionnage.
Le va et vient de la main droite de B. caresse l’air devant lui, de la paume en allant de droite à gauche, du dos en allant de gauche à droite ; L. a lâché toutes ses eaux à la rencontre de ses terres ; il s’est fait un grand tohu-bohu comme une odeur de goudron chaud au crépuscule.
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