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« On jouait Faust, comme par hasard. [1]
Après le dernier Rêve du troisième volume de la série, il n’est pas étonnant de retrouver le thème de la musique dans le premier des Rêves et même le volume entier de Quadruple fond. Le bandeau du volume à sa sortie, en 1981, portait d’ailleurs ces quelques mots : « Le fantôme d’un opéra ». Ce qui constitue une double allusion : à Gaston Leroux et l’Opéra Garnier d’abord (et par là même à l’idée de légende et de monde souterrain [2] et bien sûr de musique, avec en particulier le Faust de Gounod) et évidemment à l’opéra de Henri Pousseur-Michel Butor, Votre Faust dont l’histoire à ce jour de la sortie du livre reste plus ou moins dans les limbes. En effet, après l’échec de la représentation de Milan en 1969, cet opéra demeure largement inconnu du public, même éclairé. [3] La référence à cet « opéra naufragé » [4] est donc présente dès le début. Cependant ce n’est pas la seule référence musicale d’importance qui apparaît dès le premier fragment de ce « rêve d’Irénée », premier de ces cinq nouveaux Rêves. Ce premier fragment se termine en effet sur ces mots : « Phrase : reposeront dans la question paisible de la paix. ». Or cette phrase provient directement d’un autre texte de Butor paru dans la revue Textuerre en juin 1979. Je veux parler des « Cent phrases pour les éventails d’Arnold Schönberg dispersées dans l’ivresse de Noé » [5] (en hommage direct au Cent phrases pour éventails de Paul Claudel). La référence au théoricien du dodécaphonisme se confirme donc et cette fois de façon explicite [6]. L’explicite sera entier en fin de volume, . La triple passion butorienne pour la littérature, la peinture mais aussi la musique est donc pleinement à l’œuvre dans la série en question et corrobore, de fait, notre analyse du « rêve des lichens ». Et de même que le second volume ouvrait massivement ses pages à la peinture, celui-ci les ouvre tout aussi massivement à la musique : musique savante, musique d’église, musique des rues, « bruits, cris [7] », etc.
[1] LEROUX, Gaston, Le Fantôme de l’Opéra, 2e partie, chapitre I.
[2] « Les dessous de la scène à l’Opéra (- abîme extravagant, sublime et enfantin, amusant comme une boîte de Guignol, effrayant comme un gouffre -) sont formidables et au nombre de cinq. », Gaston Leroux, Le Fantôme de l’Opéra, Omnibus, 2008, p. 189.
[3] Butor dira notamment en 1996 au sujet de cet opéra : « une entreprise qui m’a occupé pendant des années et qui n’a pas été menée à terme, puisque je n’ai jamais pu en tirer un livre. » (Curriculum vitae, 1996, Plon, p. 190). Pour plus de détails sur cette œuvre controversée je renvoie à l’article « Votre Faust » du Dictionnaire Butor sur Internet.
[4] C’est ainsi que Butor l’appelle dans le livre de Skimao et Bernard Teulon-Nouailles, Qui êtes-vous Michel Butor ? : « Dans Quadruple fond, tout s’organise autour de l’opéra naufragé Votre Faust », La manufacture éditions, 1988, p. 312.
[5] Textuerre, n°17-18, juin 1979, p. 13-15.
[6] Quadruple fond, Matière de rêves IV, Gallimard, 1981, p. 132. Butor procède très souvent de la sorte comme pour permettre au lecteur de suivre son propre chemin, d’ouvrir des voies nouvelles, de laisser libre cours à sa rêverie.
[7] Quadruple fond, ibid. p. 11
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