Accueil > Les rossignols du crocheteur > SIMONET Pascal > Espèce de conte à l’usage des enfants
RAPHAËL MONTICELLI
Cette « espèce de conte à l’usage des enfants qui veulent comprendre Pascal Simonet et des autres s’ils souhaitent le comprendre aussi » a servi de préface à l’exposition de l’artiste à Antibes en 1999.
Bien sûr, bien sûr... Je dois parler du travail de Pascal Simonet. Et c’est un peu de ça que je parle. Voyez vous, aujourd’hui, comme il y a bien longtemps, un monde nouveau est en train de naître, et nous avons besoin d’une nouvelle façon de de regarder ce monde. Oh, il n’est pas toujours agréable à regarder ce monde, ni toujours aimable, je suis bien d’accord, il est plein de loups, si vous préférez. Tenez, prenez les objets par exemple. Un peu, c’est bien, mais il y en a tant, dans nos pays, qu’ils nous étouffent. ça fait des empilements monstrueux dans nos supermarchés ; nos maisons en sont pleines, ça nous cerne, ça remplit nos rêves (parce que nous rêvons de les posséder tous), mais ça remplit aussi nos cauchemars (parce que nous avons peur que cette avalanche de possession nous tue).
Et il n’y a pas que les objets des supermarchés, il y a ceux de nos villes, et des routes qui relient nos villes. Il y a ces grands loups qui mangent tant de vies innocentes, ces grands responsables de douleur et de mort : les déplacements, les automobiles, les routes, les autoroutes... Nous savons bien que nous avons besoin de tout ça... Mais en même temps, ça nous inquiète beaucoup. Voyez la moindre route... Si vous avez déjà vu goudronner un chemin de terre et de pierre vous savez combien c’est terrible : la terre étouffe, là-dessous, on le sent bien... D’ailleurs plus rien ne pousse. L’eau même ne peut plus y pénétrer. La route bitumée : comme une longue pierre tombale qui écrase la terre.
En plus, tout ça, ça fait du déchet, ça se jette, ça ne se recycle pas forcément. Que ferons-nous des carcasses de nos voitures, et des rambardes enfoncées de nos autoroutes ? Que ferons nous des cadavres imputrescibles de tous nos objets ? Et comment arriverons nous encore à regarder nos herbes et nos plantes, nos racines et nos arbres ? Comment garderons-nous, malgré tout, le goût des aloès, la saveur des agaves, la couleur lourde des oliviers et l’odeur entêtante des palmes ?
Et Pascal Simonet ? me dites vous encore...
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