Accueil > Les rossignols du crocheteur > SIMONET Pascal > Espèce de conte à l’usage des enfants
RAPHAËL MONTICELLI
Cette « espèce de conte à l’usage des enfants qui veulent comprendre Pascal Simonet et des autres s’ils souhaitent le comprendre aussi » a servi de préface à l’exposition de l’artiste à Antibes en 1999.
Eh bien, c’est toujours de lui que je vous parle ; et c’est tout simple, écoutez. Pascal Simonet est un de ces artistes qui ne nous dit pas le monde qui fut ou un monde idéal. Non, il va parler au monde tel qu’il est, et aux choses du monde telles qu’elles sont aujourd’hui. Et il s’adresse aux pneus de nos voitures, aux tables de nos jardins et de nos cafés, aux souffleries, aux poteaux, aux lanternes de nos villes, pour nous dire que notre monde mérite qu’on le considère, qu’on le regarde ; que, bien sûr, nos objets ne sont pas toujours jolis, jolis, mais nous avons tellement besoin d’eux, et nous sommes si proches d’eux, et, c’est terrible à dire, ils nous ressemblent tellement !
Et même, ils ressemblent tellement à tout ce qui nous fait rêver. Alors, Pascal Simonet nous les montre comme nous ne les avions pas encore vus : voyez comme l’image de ce pneu éclaté hésite entre le souvenir d’une peau de lézard ou de crocodile et celui d’une belle plante endormie. Voyez comme cette branche, ou cette fleur, dessinent la forme des lampadaires de nos villes, comme une enseigne peut devenir un livre de poèmes. C’est un peu comme dans ce poème de Prévert où l’on voit, dans une salle de classe, le crayon qui redevient arbre, la craie qui redevient falaise ou la plume qui redevient oiseau... Et ce n’est pas seule légende de dire que Pascal Simonet va chercher à apprivoiser ces objets de nos grandes peurs. Tous ces loups qui risquent de nous dévorer.
Mais voyez vous, il ne dit pas non plus que l’objet industriel est plus beau ou plus laid que l’objet naturel, il ne dit pas non plus tout à fait comme Prévert.... Parce que Pascal Simonet ne fait pas disparaître le crayon, la craie ou la plume : à la place de Prévert, il aurait mis la plume à côté de l’oiseau : c’est ça, sans doute, de parler aujourd’hui, aux choses de ce monde, c’est de faire circuler des images et des rêves entre ce que nous appelons « la nature » et nos objets industriels, c’est de les mettre en communication, de les faire dialoguer. J’imagine bien ce que pourrait nous dire Pascal Simonet :
« Rendons nos objets à leurs origines, aux images qu’ils portent en eux : elles sont aussi les nôtres ; rendons le pot de fleur à la terre et aux plantes qui l’ont fait naître et lui ont donné forme ; l’extracteur d’air aux grands vents qui l’inspirent et aux cris des mouettes aux bords des plages ; les pneus aux monstres dont ils ont adopté la mue ; et rendons la grâce et le chant à tous les végétaux qui bleuissent la terre. »
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