Accueil > Les rossignols du crocheteur > MENDONÇA Bruno > Gloses et paraphrases sur quelques approches de Bruno Mendonça
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte figure dans le catalogue de l’exposition Métamorphoses de l’écriture, Bruno Mendonça, médiathèque de Contes ed. 2010
Les citations de Bruno Schulz sont tirées de Le sanatorium au croque-mort, Denoël ed.1974 dans la traduction de Thérèse Douchy
Penché sur le Livre, le visage flamboyant comme un arc-en-ciel, je me consumais silencieusement allant d’extase en extase.
Bruno Schulz
« Bruno Mendonça propose de célébrer (...) l’intime et le jouir. »
Tita Reut
C’est l’atelier. Des travaux. Aux murs, au sol, sur des tables, dans des cartons, des tiroirs. Dessins, tirages, toiles, livres. Livres ! On se dit : « Quelles subtiles tensions unissent le monde d’où je viens, le dehors, et ce dedans où je me tiens ? » On regarde. On voit. Des signes, des traces, des douleurs, des plaies, des rituels, et des cérémonials complexes et silencieux, dont on n’ose demander les raisons... De peur de comprendre. On est passé d’un territoire à l’autre ; du collectif à l’intime. On se dit : « Me voici entré, ici, dans ce dedans, ici, qui est un bouleversement apaisé du dehors. J’y ai été accueilli. Admis. Le temps s’y presse sans y avoir même prise. » Et on se dit : « Quelles règles inconnues ont établi ici les relations entre ce territoire, son organisation –espace de travail ; un autre de stockage ; un de monstration ; la table à la cafetière ; une chaise ou deux- et le travail qui s’y fait ? » Du bois. Du plomb. De la peinture. Des oxydes. Du papier. On se dit : « Je ne peux pas ne pas sentir la souffrance et la douleur. Non. Je ne peux pas. » On se dit : « Jouissance de la douleur ? Malgré la douleur ? À cause de la douleur ? » On écoute. Le plomb des mots. La précaire prétention des protections. On entend : « Je me suis enfoui. Enterré. Des jours durant pour dessiner en aveugle » On voit passer, au fond de l’eau de l’oeil, l’ombre d’un prométhée, et on se dit : « Jouir de dessiner en aveugle ? Dans l’aveuglement des tombeaux ? ». On rejette les cottes de maille. On donne son corps nu et fragile au soleil et au vent. Ce bonheur de la fragile nudité. C’est l’atelier. *
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