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JOCELYNE BOSSCHOT
Alger, Mai 1980
Mai, mai ! Joli mai !
Mai de paix
mai de révoltes joyeuses spontanées,
Mai de révoltes réprimées, piégées, écrasées. . .
Mai fou de printemps , insolent de jeunesse !
Dégel, débâcle ! Torrents de fleurs de rires et de pleurs .. .
Un vent sauvage et aveugle hurle et fait éclater
Contre les murs des villes des fleurs rouges et sanglantes
Gâchis , vendanges atroces
Saccages de fruits prématurés
Mai, mais réserve moi l’espoir
Que ce goût âcre et amer en ma bouche
N’est pas synonyme de ciguë
Laisse monter la sève aux bourgeons nouveaux
Les fruits ne s’épanouissent pas sous les coups de triques
Ils s’étiolent ou pourrissent avant que d’être mûrs.
Prépares nous un bel été resplendissant,
Un bel été aux récoltes généreuses.
Mai, que d’espoirs met-on en toi !
Qu’en feras-tu ? Toi si ambigu aujourd’hui ?
Les fleurs sont trop belles et si fragiles
Trop belles avec des couleurs de paradis
Sur fond bleu de pur lapis lazuli
Tel une miniature persane.
Moi, la triste, la mélancolique,
Ces couleurs si gaies me font presque mal
Le soleil semble se moquer de moi
A briller avec autant d’ardeur
Que le printemps est cynique quelque fois !
Je vois le ciel si bleu, comme de l’encre noire
Et des roses, je ne ressens que les épines enfoncées en mon cœur
Les enfants déchirent l’air de leurs pleurs aigus
Et s’y mêlent les « youyous » frénétiques des femmes
« Youyous » lancinants et suraigus.
Joie forcée, joie que l’on accroche en façade
Joie de parade, mascarade de bonheur,
Peinte écarlate sur les lèvres, sur toutes les lèvres de
Femmes, pour le voisinage, pour cacher la détresse profonde,
Détresse d’un avenir de femme
Dans l’accomplissement immuable et fatidique
D’un nouveau destin, immuable dans son enfermement.
Enfermement-prison, « cache-charmes » et « cache-chagrin »
Pour cacher les joies impudiques et les douleurs malséantes.
Mai ! Joli mai ! La révolte se satisfera-t-elle encore
Des plaisirs éphémères et illusoires du mariage ?
Est-ce ta conclusion : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » ?
Est ce ainsi que l’on veut fixer le bonheur,
Comme le collectionneur de papillons épingle fermement ses plus beaux spécimens ?
Dans les cages à poules , dans les clapiers de nos cités dortoirs
Il est strictement interdit par la loi de chanter
« Le bonheur est dans le pré, cours y vite, cours-y vite ! »
Sous peine de dépression collective. . .
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