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MICHEL BUTOR
Ce texte se présente comme une réponse à une série de questions que j’avais posées à Michel Butor à propos du travail de Leonardo Rosa.
On le trouvera dans les Rossignols du Crocheteur...
Michel Butor l’a intégré au volume X de ses oeuvres complètes à paraître aux éditions de La Différence.
B) Supports
Le papier n’est pas seulement surface, mais soutien ; il peut être recouvert de charbon, de terre, de cendre ou d’autre papier plus mince. Il peut être utilisé comme couverture d’un support différent, en général du bois trouvé sur une plage. Mais on peut aussi bien imaginer du verre ou du métal. L’important, c’est que ce soit “trouvé”, donc que cela ait été à un moment ou à un autre rejeté par les hommes.
Un jour, un vieux professeur japonais me faisant visiter un parc à Nagoya, longeant un jardin de pierres me dit : “Ce n’est pas mal réussi, mais ce sont des pierres taillées, or il faudrait qu’elles soient trouvées.” Certes c’est un tout autre rapport ; pourtant on peut non seulement disposer ce qu’on trouve, mais aussi le travailler, recouvrir, métamorphoser.
La plupart des artistes vont se fournir chez le marchand spécialisé pour leurs toiles, leurs cahiers, leurs crayons, leurs tubes. Souvent d’ailleurs, ils oublient complètement cette fourniture. C’est comme si un dieu leur avait livré des matériaux sans aucune histoire. Tous ceux qui ont peiné pour leur donner finalement satisfaction sont biffés dans le mépris du tintement des pièces, du froissement des billets, de la signature d’un chèque, ou même du glissement d’une carte bancaire. Mais on peut aussi, dans une humilité indomptable, redevenir un artisan, se mettre à l’école des anciens, inventer d’autres traditions, fabriquer ou cueillir ses propres pigments, ses supports.
Épaves sur lesquelles on continue les jeux du sable et des vagues ; c’est une façon d’en poursuivre la naturalisation, d’en redévoiler l’hisoricité. Dans cette activité on imite soi-même la mer et les siècles, on les devient ; se taisant on écoute leur voix, on leur prête la sienne ; on inscrit le temps qui passe et les migrations qui se poursuivent même dans notre immobilité.
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