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RAPHAËL MONTICELLI
ACTE IV : CREUSER
MM
Si c’est ça creuser, voici :
Pour essayer d’ôter non pas des réticences mais des voiles, des troubles, des absences. Pour essayer aussi de voir les liens, la pertinence à l’œuvre :
La perte avec les « silence de météore » était physique, réelle. De la peinture se retirait par effondrement, du texte se retirait doublement, de sa masse par recouvrement partiel et de sa substance par absorption. Le texte se pliait ou profitait de la procédure.
Avec les dessins les modalités de la perte sont différentes. Ce qui subsiste du retrait ce n’est plus l’effondrement d’un objet mais un objet qui résiste et doit être ôté par un acte volontaire. Cela prend du temps d’ailleurs. Le résultat de la présence/absence n’est pas tout à fait le même. La présence colle beaucoup plus à l’absence dans les dessins. Le dessin est une succession de pertes : la taille, la copie rapide d’une image d’une réalité, d’abord à main levée, puis sa simplification liée à la technique du pliage et la résistance du matériau et enfin le cadrage. La constitution du support n’est pas un retrait, c’est l’inverse, c’est un ajout. De la matière se dépose. Mais les modalités de son dépôt peut créer du manque. Le manque est alors là où la matière ne se dépose pas. La constitution du support confronté au dessin crée de la forme que je distingue du dessin. De la forme pleine et de la forme vide.
La technique de constitution matérielle du texte, et sa perte, que j’ai proposée sera la même que celle du dessin. La perte et le gain informationnels du texte que tu as proposé se couleront donc plutôt dans la perte et le gain informationnels du dessin par la série de cadrages d’une même référence.
RM, le 4/02/2018 à 04h22
Oui, c’est ça creuser.
RM, le 4/02/2018 à 9h37
rapidement…
je vais inverser ma proposition :
Je ne vais pas considérer qu’il y a une phrase répartie et donc éparpillée sur 5 espaces plastiques, mais que j’ai 5 textes différents qui peuvent se réunir en une phrase…
On pourrait même quelque part écrire la phrase entière, en petit, si on veut jouer ce jeu jusqu’au bout.
Cela dit, même si chaque fragment actuel fait sens, il se pose parfois des problèmes, comme pour la bête / perdus…
Donc… Attends un peu et je fais 5 textes cohérents tant du point de vue du sens que de celui de de la grammaire et de la syntaxe, et que l’on pourra réunir en une seule phrase.
J’ai, je crois, plutôt bien compris ce que tu expliques concernant le rapport entre couleur ou dessin et construction du support. Ça appelle encore remarques et réflexion, mais, dans un premier temps, je suis d’accord avec toi : il y a apparemment inversion de procédure entre couleur/support et dessin/support. Et je vais sans doute introduire cette idée dans le texte.
Les remarques viendront.. quand j’en aurai le temps. Parce que, par exemple, la couleur est donnée première comme masse, alors que le dessin est donné premier comme fragment. Que la perte que subit la couleur du fait de la construction du support, le dessin la connaît du fait de ton choix etc.
Autre chose : je reste tout de même sur mon point de vue que je souhaite que le texte soit altéré par son immersion dans l’espace plastique. Sinon, il transforme l’espace plastique en espace scriptural, et autant rester sur l’espace de la feuille et du livre.
Mon problème est bien d’interroger ce « moment » de la démarche où le texte perd, au moins en partie, son statut de texte pour devenir objet plastique, pas vraiment à part entière : ni le texte écrit à côté de l’œuvre (le livre de bibliophilie, le livre pauvre de Leuwers, le museur d’Alain etc.), ni le texte écrit sur le l’œuvre (notre Ephémère bleu avec Alain et Leonardo, nombre d’œuvres croisées de Butor, par exemple le premier « Pique nique », ou les éventails de Badin, ou les textes qu’il a faits avec toi), ni le texte devenu entièrement objet ou figure plastique dans l’œuvre (Textruction, en gros -au moins Duchêne et Mazeaufroid- ou Jean François Dubreuil). Mais ce moment d’incertitude où le texte, à la fois, se reconnaît et se perd comme texte, et à la fois demeure lisible en lambeaux ou par… bribes).
Tu sais que mon modèle « historique », c’est la poésie de Sappho, même si ce n’est pas l’art mais le temps qui nous l’a transmise en lambeaux.
Il y a des œuvres de toi sur lesquelles je dois écrire depuis une vingtaine d’années. Crois bien que je n’attends pas par flemmardise ou procrastination. Mais par perplexité et réflexion. Je parle de ces œuvres, qui étaient déjà des dessins, sur supports déchirés et sur lesquelles je souhaitais mettre du texte « déchiré" (les textes sont prêts depuis… 20 ans). Le problème était que la répartition du texte renvoyait à des questions de composition plastique que j’aurais souhaiter dépasser. (je me sentais comme obligé de répartir le texte en fonction des lignes de forces du dessin et de la déchirure).
En un sens, c’est ce que nous allons faire dans nos prochaines œuvres communes (ce dépassement du rapport entre composition plastique et répartition scripturale).
Je sais qu’un projet (artistique, poétique, pédagogique) est bon quand il se transforme, qu’on en obtient un objet qui n’était pas prévu, et qu’entre temps il a fait réfléchir et apprendre.
MM, le 2/02/2018 à 10h11
je te réponds ce soir
MM le 5/02/2018 à 22h02
Non, je n’ai pas inversé la procédure. Je vais essayer d’être simple : avant j’avais un objet peinture (pas couleur, mais tout objet a une couleur) que je recouvrais d’un autre objet (béton) lorsque j’ai utilisé le cordeau pour construire, j’ai inséré donc un autre objet à recouvrir. Il y avait l’objet cordeau et l’objet peinture. Le cordeau m’est vite apparu comme dessin, ce n’est pas une masse comme la peinture, c’est une ligne.
Avec les papiers je supprime la peinture (pas avec les récents bétons car subsiste une pluie de pigments). Mais reste la procédure de recouvrir un objet par un autre. Comme l’objet préalable a changé, les modalités de la procédure ce sont un peu modifiées
( l’objet préalable ne s’effondre plus au retournement, il faut une autre action pour l’ôter)
Oui, je suis d’accord avec toi sur la recherche de l’ambivalence du texte qui se reconnaît comme texte et se perd comme texte. Oui Sapho...mais aussi le pendant plastique alors, de toutes ces œuvres qui sont parvenus jusqu’à nous en lambeaux.
Je ne suis pas sûr que nous allons dépasser ce problème de la composition. Il me semble qu’il est présent dès que deux objets doivent être en présence l’un de l’autre. Mais dépasser un type de composition, certainement.
Ces œuvres anciennes dont tu parles où il y a trois objets dont deux ( le papier et le fil de fer) sont réunis par un troisième (la peinture) ce qui donne une certaine composition, il faudrait trouver la logique d’insertion d’un quatrième objet/texte (bandes ou papiers déchirés encore ou...?) ils pourraient être raccordés avec une matière comme la peinture, peut-être du vernis comme dans en-tête pour diversifier l’action.
...
Et la conversation se poursuit...
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