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RAPHAËL MONTICELLI
dialogues poétiques avec Jean-Jacques Laurent
Les mailles du réseau
Les toiles, les dessins, les gravures et les céramiques de Jean-Jacques sont ainsi chargées de souvenirs et d’échos : des voix les traversent, chants, mélodies, rythmes, bribes de conversations ou de lecture... Elles ne sont pas immédiatement audibles, ou visibles. Elles s’inscrivent souvent comme en creux, ou flottent autour de l’œuvre, à peine perceptibles, comme hors de portée...
La première collaboration entre l’artiste et des écrivains pourra bien illustrer cette particularité. La voici.
À l’occasion de son exposition à la fondation Sicard Iperti, en 1993, nous mettons, avec Gilbert Baud, l’artiste en relation avec Michel Butor. Il s’agissait de demander à l’écrivain de s’entretenir avec le peintre et de faire de cet entretien la préface du catalogue.
L’entretien a bien eu lieu, et il a bien servi de préface... Mais un fait inattendu s’est produit lors de la rencontre. En considérant les toiles que Jean-Jacques Laurent devait exposer, Michel Butor remarque qu’elles s’articulent en récit à la manière d’une bande dessinée géante. Il décide alors de les mettre en ordre, de les accompagner d’une « légende » et me demande d’y « ajouter (mon) grain de sel ».
Le résultat de cette intervention de l’écrivain sera la série « Défilé ». Prenons le mot « légende » dans son sens premier : ce qu’il faut, ou ce que l’on peut, « lire » dans la toile. Les légende de Butor explicitent, rendent audibles et visibles, les voix flottant autour des toiles. Il m’a suffit de suivre légendes de l’un et images de l’autre pour répondre à la demande de Butor et imaginer des phylactères, comme ceux qui couraient à travers les images depuis l’antiquité avant que l’on introduise les « bulles » dans l’art de la BD.
Depuis Défilé, Jean Jacques Laurent a exploré toutes sortes de collaborations avec les écrivains et les poètes. Le parcours de l’exposition en fait apparaître les modalités.
Les collaborations sont diverses. Elles naissent de la curiosité réciproque et des amitiés qui surgissent dans les réseaux de l’art. Question de sensibilité plus que d’esthétique. D’émotion, de plaisir partagé, plus que de la volonté de s’affirmer ou de s’afficher.
Au début, on trouve la figure de Gilbert Baud. C’est à lui que l’on doit la rencontre entre Laurent, Butor et moi... C’est lui aussi qui fait connaître ou reconnaître Leonardo Rosa sur la Côte et permettra la relation entre Rosa et Laurent... J’amènerai Alain Freixe dans l’atelier de Jean Jacques, tandis que Leonardo Rosa y conduira Bernard Noël qui le mettra en relation avec les éditions de l’Attentive. De son côté, Freixe introduira Laurent, dans le réseau du « livre pauvre » de Daniel Leuwers, et des éditions « Voix » de Richard Meïer.
Lorsque, à la fin des années 90, Freixe fonde les éditions du Museur, il leur assigne le rôle de multiplier les échanges entre peintres et écrivains... C’est ainsi que naîtront la plupart des « livres d’artiste » présentés dans l’exposition, où se côtoient Alexandre Bourgoin, Bernard Noël, Leonardo Rosa, Régine Lauro et quelques autres. De son côté, Jacques Simonelli, qui a fondé les éditions de l’Ormaie, engage Jean Jacques Laurent à travailler sur un texte de André de Richaud, après avoir réalisé avec lui « Les étapes du jour ». C’est ce réseau de voix, de rencontres, d’amitiés et de travail que met en lumière l’exposition.
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