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RAPHAËL MONTICELLI
Presqu’un dialogue avec Gérard Duchêne
Les Durand : une tentative pour démythifier
Il : Que signifient ces rapports que tu établis, dans ton travail, avec l’identité ? S’agit-il de ton identité ou d’une idée globale d’asservissement par le fait de normes ?
Je : Oui, bien sûr... L’identité, lorsque j’y faisais allusion, plus haut, je disais que la figure de l’écrire renvoyait à ce qui est en chacun de nous incertitude de sa propre identité ou de la validité de l’expression de son intimité. Peut-être d’ailleurs qu’en faisant de la sorte je propose, je revendique, ou je cherche un autre statut et de l’intimité et de l’identité, qui ne soit pas fondé sur une norme impérative ou sur des faux-semblants.
L’un de mes modèles les plus constants -dont j’ai fait le titre de diverses séries- c’est mon "Journal d’Il". Et prends "Il" aussi bien comme la troisième personne (celle qui est absente, n’est-ce pas, de l’acte de communication), que, par exemple, comme une "Ile" au masculin. "Le journal d’Il" pose -comme tels- les problème de mon identité. C’est bien "Je" qui écris, et ce "Je" qui écris fait le journal d’"Il", d’autant plus absent que ma technique d’écriture à la fois permet de reconnaître qu’il y a texte, et le rend en même temps tout à fait impossible à lire. En ce sens se pose le problème de l’identité.
Mais en même temps, ce qui est perdu comme sens (ce qui est désécrit) s’affirme d’autant plus violemment comme réalité plastique. Le peintre est peut-être isolé et absent de la communication, mal identifié ou non identifiable, identité incertaine, perdue ou douteuse, mais la pièce est bien là fondant une identité nouvelle... "énormité devenant norme", non ?
Pour le dire autrement. Je ne suis ni désolé d’une identité perdue, ni en quête d’une identité mythique. Je travaille dans un domaine (et avec un modèle) qui pose, de fait, le problème de l’identité de celui qui oeuvre et de ce qu’il fait, un domaine dans lequel, sans cesse, l’identité des objets et des outils est soumise à questions. Permets-moi de développer.
Celui qui -dès sa sortie des écoles (qu’elles soient d’art ou de n’importe quoi) sait déjà quelle est son identité de peintre, ce qu’il doit faire et ce qu’est la peinture, il y a des chances pour qu’il ne produise jamais une oeuvre. Il se bornera toute sa vie à rendre aux choses leur nom connu. Pour avoir une chance de faire oeuvre, il faut saisir la réalité dans son mouvement, les objets et les êtres en construction constante de leur identité. C’est exactement ce que je travaille avec mes O.C.N.I., mes Objets Codés Non Identifiés. Voici le principe de base : je repère dans des catalogues ou des revues, des reproductions d’objets qui -après traitement plastique- (en gros, je les oblitère) conservent des éléments de différenciation (ne produisent pas une simple tache). Une fois ces objets traités je fais figurer leur nom... codé. Evidemment, d’un objet à l’autre (d’une pièce à l’autre), je change le code... dont je ne conserve évidemment pas la trace.
Dans ce cas la mise en doute, ou en cause, d’une identité (du caractère immédiatement identifiable) est du même ordre que dans le "Journal d’Il", et dans l’ensemble de mon travail de peinture. Mais mon problème n’est pas de dire : "Cet objet n’est pas cet objet ; il est autre" mais plutôt que l’identité n’est jamais que la reconnaissance des codes ou des normes ou des noms... que l’on croit -à tort- invariables.
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