Accueil > Au rendez-vous des amis... > Renard Thierry > Seules les traces font rêver
« Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d’une métropole crue moderne parce que tout goût connu a été éludé dans les ameublements et l’extérieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. »
Arthur Rimbaud, Illuminations
Rien ne dure. Tout est éphémère. À part peut-être les traces que nous laissons. Parmi elles, qui ne sont surtout pas des preuves, mais René Char l’a dit mieux que nous (Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver), parmi ces traces visibles, voire lisibles, il y a bien sûr la poésie. Et son souffle puissant, aux sonorités multiples, nous étreint. Ou, au moins, nous émeut – forcément.
Car qui sommes-nous ? Des passagers ne faisant que passer. Des usagers temporaires.
L’éphémère désigne quelque chose de fugitif, quelque chose lié au passé. L’éphémère est ce qui passe toujours trop vite. L’éphémère c’est, aussi, ce qui est derrière nous – forcément.
Alors, en choisissant la poésie comme but ultime, nous tentons tout bonnement de suspendre le temps, d’interrompre le cours de son fleuve tumultueux, rapide, qui le plus souvent fait le nôtre.
Nous essayons de surprendre, enfin, en reprenant des thématiques incarnées, existentielles.
Le poète de ces temps ? Avec lui, la poésie sort du cadre, elle déborde sur la peinture, le théâtre, le cinéma, la musique et la chanson.
La poésie de ces temps ? De l’eau courante et indomptable.
Finalement, une éthique et peut-être un viatique pour l’époque malmenée d’aujourd’hui.
Il demeure urgent d’aller s’abreuver à la source.
Les poètes n’hibernent pas, malgré la confusion qui règne en ces temps à rallonge, malgré la kyrielle d’incertitudes qui continue de nous faucher après les années de pandémie, malgré la guerre en Ukraine et les autres craintes du moment, malgré la grande trouille, la méfiance et les lassitudes qui bordent la route de tous côtés… Malgré toutes les opinions contradictoires qui jamais ne finiront comme des idées avancées, arguments à l’appui.
Les poètes n’hibernent pas. C’est une bonne nouvelle, non ? Pensée et parole poétiques méritent toujours d’avoir le dernier mot. Non pas le mot de trop mais bien, plutôt, le mot de plus.
Et si demain était finalement meilleur…
Rien ne dure, et les miroirs de l’éphémère nous renvoient au visage nos propres images, furtives et floues. Car qui sommes-nous ? Au mieux, des âmes errantes et des corps périssables. Ce n’est pas une raison pour faire basculer la voiture dans le ravin.
Il n’y a pas d’immortalité, certes, mais il y a l’amour fou, l’amitié virile, l’expression de la fatigue, les retombées de la chance, les nuits d’insomnie, les baisers sur la bouche, les caresses de l’aube, l’ennui et ses vains messages, l’illusion lyrique...
Il y a tout cela, rassemblé, tantôt avec une économie de moyens, et tantôt en criant, en dansant ou en chantant.
Tantôt, encore, en pure perte, face à l’absence ou au deuil.
Tous les thèmes choisis, l’instant, l’envol, la passion, l’humanité, l’enfance, la mémoire, l’énigme, le rêve et l’éternité, sont des thèmes qui, dans leur grande diversité, reflètent la fragile condition humaine.
Les poètes qui nous accompagnent dans l’aventure sont tous porteurs de récits prometteurs et animés par des envies ordinaires et des plaisirs fugaces.
Rien ne dure.
Tout est éphémère.
Jadis, un jeune homme nommé Arthur Rimbaud, peu sérieux mais grave, tête folle mais Prométhée moderne, a soutenu que la « vraie vie » était possible. Il a annoncé Noël sur la terre, avec passion et lucidité.
Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud, a écrit plus tard à son adresse René Char.
C’est sans doute vrai. Mais le miracle, peut-être, c’est qu’il ne nous a jamais quittés.
Clermont-Ferrand, le 15 décembre 2022 ;
Vénissieux, nuit du 25 juillet 2023
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