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MICHEL BUTOR ET RAPHAËL MONTICELLI
Ce ping pong, dont la deuxième partie s’est déroulée chez Jean-François et Marie Dominique Dubreuil dans leur appartement-galerie au 30 de la rue Rambuteau, à Paris, a été publié en 1991 par Z’éditions (Nice), dans « Échanges, carnets 1986 » de Michel Butor et dans la deuxième livraison des « Cahiers Butor » en 2022. .
Henri Maccheroni
I
Service Raphaël Monticelli
Henri Maccheroni diversifie comme à plaisir les aspects de son œuvre : bocaux aux images, imperturbables (froides ?) photos de sexes, archéologies blanches ou bronze, nymphéas aux frémissements figés, terres étrusques, New York, Égypte bleu, chaque série porte la trace –symbolique et matérielle– d’humidités originelles ; pour Henri Maccheroni, œuvrer, c’est sans trêve construire le souvenir possible des eaux retirées ou perdues ; mettre, sans cesse, au monde la matrice qui a pu nous donner vie. « Pleurant, je voyais de l’or –et ne plus boire. »
Retour de Michel Butor :
Mais en même temps une hantise de la dureté. Car le monde est dur et s’agit de lui résister. Il faut donc circonscrire cette humidité, cette larme fondamentale par un trait quasi-métallique pour l’empêcher de s’évaporer. Une vigilance de tous les instants est nécessaire contre les tentations de la mollesse qui risque de tout corrompre. Donc il faut bâtir des murs, des enceintes, des vitrines, châtier la chair pour qu’elle se raidisse et jaillisse en triomphe de gratte-ciels ou pyramides au-dessus de ces marais qu’ils sont seuls capables d’animer, de vérifier, de préserver. D’où perpétuellement cette demande de pardon, cette excuse : « ne suis-je pas trop dur pour vous ? Mais je voudrais l’être encore plus, il faut que je réussisse à l’être encore plus, il me faut devenir le maître de la dureté pour protéger cette délicatesse, ces dessous, pour pouvoir me détendre enfin, jouir et faire jouir depuis la pointe de mon cristal de tous les degrés et passages de l’attendrissement. »
II
Service Michel Butor :
Pli selon pli ou non plis ? Droit ou non-droit ? Les réminiscences, l’effervescence de la gauche. Ce qui se dérobe et dévoile quand la croix bascule, comme un cimetière que l’on déverserait à son tour dans une fosse entre les gardiens bardés de bronze et de sable à demi enfoncé dans le désert à la limite des gratte-ciels rouillés, avec des grappes de clés qui pendent des échafaudages et des grues. Qui nous permettra de planter le bouquet d’épines salvatrices au sommet de cette décharge qui nous déchire l’horizon ?
Retour Raphaël Monticelli
Ne sommes-nous pas seuls maîtres de nos espérances ? De nos futurs, de nos passés, réels ou virtuels ? Si le monde doit connaître une mesure, ne sommes-nous pas la seule acceptable ? Combien de millénaires collent à nos pas ? Strate sur strate, les rues de New York s’étagent sur des ruelles étrusques, tandis que les bandes qui nous soignent, comme celles qui nous donnent espace et informations, les rêves de bleu qui nous tiennent, les sécheresses que nous redoutons, nous restituent les rythmes et les couleurs de l’Égypte. Et nous savons que dans le plus monumental de nos tells nous recélons des objets qui sont polis et lustrés dans les bouches de mille générations.
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