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MICHEL BUTOR ET RAPHAËL MONTICELLI
Ce ping pong, dont la deuxième partie s’est déroulée chez Jean-François et Marie Dominique Dubreuil dans leur appartement-galerie au 30 de la rue Rambuteau, à Paris, a été publié en 1991 par Z’éditions (Nice), dans « Échanges, carnets 1986 » de Michel Butor et dans la deuxième livraison des « Cahiers Butor » en 2022. .
Jean-François Dubreuil
I
Service Raphaël Monticelli :
Piqué dans Proust :
« (..) une langue que nous ne savons pas est un palais clos dans lequel celle que nous aimons peut nous tromper sans que, restés dehors et désespérément crispés dans notre impuissance, nous parvenions à rien voir, à rien empêcher... »
Voilà qui m’a paru, dans son ambiguïté, faire curieusement une assez juste image de ma relation à la peinture de Jean-François Dubreuil. Familière et lointaine, elle semble à première vue s’être construite dans la référence aux grandes abstractions géométriques (leur redite) ; elle prend pourtant naissance dans une tout autre réalité, bien plus triviale : les mises en page de l’information.
Retour Michel Butor :
Toute peinture géométrique n’est-elle pas figuration du fait-même qu’elle est abstraction ? Et n’y a-t-1l pas de la géométrie dans toute peinture ? Les figures et les théorèmes qui les accompagnent sont plus ou moins simples, voilà tout. Le schéma qui accompagne la page d’un manuel, qu’il soit de mathématiques, physique, ou économie politique, s’il est destiné à faire comprendre, est aussi là pour illustrer, faire voir, donc célébrer ou dénoncer. Le journal quotidien, ce filtre par lequel passe pour nous l’information, notre connaissance du monde, cette feuille pliée, ou ce cahier, cette pincée de feuilles, se cache dans sa propre surface ; c’est un taillis grouillant de bêtes rampantes, une jungle à combats de fauves. Le rectangle qu’on en extrait illumine de sa droiture tous ces recoins, tel un projecteur, démonte ce filtre par les outils de ses couleurs, presse tout cela pour en faire un vin que nous pouvons boire et dans lequel suintent quelques gouttes de vérité.
II
Service Michel Butor :
Le côté partie de football (bien que je sois tout-à-fait ignorant quant à cet art ; je n’en parle qu’à travers la peinture : Delaunay, de Staël). Les couleurs qui courent les unes après les autres avec toute leur charge d’information : les verts débarquent, les rouges s’effritent ; le mur est-il en train de s’écrouler entre bleus et rouges, au milieu de la littérature grise ?
Retour Raphaël Monticelli :
Ecroulement :
Cette masse d’illusoire information -à qui donnent forme l’angoisse où nous sommes de notre ignorance et notre soif de connaître, foncièrement insatiable- se pare, quand Jean-François Dubreuil s’en saisit, des séduisants et chatoyants atours de la peinture.
Règles du jeu :
Mouvement des couleurs : bleus qui se déplacent, rouges qui déferlent, oranges qui descendent, verts qui montent, tout est donné par la répartition de l’information dans les journaux traités (ah ! les déplacements colorés d’une masse inerte).
Choix des couleurs : c’est à coups de dés qu’il se fait. (Que ne peut leur mouvement suspendre nos hésitations !)
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