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Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 1992 - Tentative de mise en chrysalide d’une pelle à ordure

RAPHAËL MONTICELLI

1992 - Tentative de mise en chrysalide d’une pelle à ordure
Publication en ligne : 25 mars 1992
/ catalogue d’exposition
Artiste(s) : Charvolen

Ce texte a accompagné l’exposition des objets enrobés (les chrysalides) à Aubagne.


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Chrysalide d’une pelle à ordures

L’entreprise dont je me prétends matériellement et intellectuellement responsable suppose du travail et des combinaisons ; elle tend à produire un effet bien particulier. Je conjugue tous mes efforts pour atteindre le but que je me suis fixé : produire, sur la figure extérieure d’un corps, une action qui le fasse passer à une autre manière de se présenter aux yeux et à l’esprit. Il faut d’abord que vous considériez ce quelque chose présent à nos regards et destiné à nous aider. Parfois, c’est constitué de la substance même qui compose les tissus des végétaux et que l’on voit transformée par l’art de travailler le bois et de le découper pour en faire des meubles. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit plutôt de l’un de ces corps simples, ductiles et malléables, non composés, qui brillent d’un éclat particulier. Je le regarde attentivement dans toute l’amplitude superficielle qu’il présente de l’une à l’autre des lignes qui forment l’étendue de sa surface. Cette étendue est plate, unie, sans aspérités ; rien de raboteux là-dedans, rien d’inégal ; tout y est nettement dessiné. C’est muni d’une portion de tout dont on ne peut se passer pour l’avoir en main afin d’en faire emploi. Ça a cette propriété de servir à se faire la main sur tout ce qui paraît à la fonction de l’œil (et qui nous permet de percevoir lumières et couleurs, forme, grandeur et situation des corps) dans un état plus ou moins compact et dont les portions du tout persistent d’une manière naturelle dans la même position où elles se trouvent les unes par rapport aux autres ; ça sert aussi à se faire la main sur cette substance qui compose les corps bruts et dont on sait qu’elle est issue de l’action de faire un tout en regroupant plusieurs parties ou éléments, substance qui forme l’essentiel de la superficie du terrain sur lequel nous marchons ; ça sert encore à se faire la main sur des parties détachées de matières de menuiserie mises en feu mais qui n’émettent plus, désormais de gaz portés à l’incandescence ; ça sert enfin à se faire la main sur cette matière de composition variable qui constitue le sol quand elle est transformée en petites particules de terre desséchée qui s’envolent en l’air au moindre vent, très déliées et menues en leurs genres. Me voici agent d’une opération particulière : je m’efforce en effet de parvenir à opérer un changement de forme. Je vise à obtenir le même état que celui que connaissent les insectes lépidoptères après s’être présentés sous celui de larve et avant de passer à celui de papillon. J’entends opérer cette transformation en faisant réponse à ce que réclament les conditions qui ont rapport au sentiment du beau, dans ces œuvres particulières de l’esprit qui se manifestent par la parole ou l’écriture et que l’on considère tant du point de vue du fond que de celui de la forme. Cette opération concerne l’un de ces objets dont on se sert, qui peut être en matière de menuiserie mais qui, dans le cas précis, est constitué de métal simple. Je le considère dans toute l’extension de l’un à l’autre de ses cotés ; sa superficie est plane, unie, Voici ce que je cherche à réussir : prendre l’un de ces instruments en fer (il pourrait aussi bien être en bois) large et plat, muni d’un manche et pouvant servir à la manutention d’objets solides, de la terre, du sable, de la poussière, ou encore

 


- comme dans ce cas- des immondices, excréments et de toutes choses malpropres et, répondant aux exigences esthétiques de la littérature, le mettre dans un état analogue à celui que connaît la chenille avant qu’elle devienne papillon. sans aspérités prononcées ; il est pourvu d’une partie nécessaire par laquelle on le tient pour en faire usage ; il dispose de cette faculté d’être utile à la manipulation de tout ce qui se présente à la vue, a de la consistance, et dont les parties demeurent naturellement dans la même situation les unes par rapport aux autres. Il est utile à la manipulation de cette matière variable en composition qui constitue le sol, ainsi que des morceaux de bois embrasés qui ne jettent plus de flammes, ou encore de terre réduite en poudre très fine qui voltige en l’air et se dépose sur les objets. Le néant. Dans le cas qui nous occupe, il est surtout utile à la manipulation des déchets des maisons, des villes, de tout objet intéressant l’homme et manquant de propreté, de toute matière enfin qui s’évacue du corps de l’homme ou des animaux par les voies naturelles. et qui flottent, au gré du vent, dans le fluide gazeux enveloppant la terre, nécessaire à la respiration et à la combustion, et se mettent en dépôt sur tout ce qui est présenté à la vue... Ce qui n’est rien. Dans le cas particulier qui m’intéresse et que je vous demande de prendre en considération, ça sert à se faire la main sur les restes sortis des bâtiments servant d’habitations, ou de l’assemblage d’un grand nombre d’entre eux disposés par rues et parfois entourés d’une enceinte ; ça sert aussi à se faire la main sur tout ce à quoi fait défaut la qualité de ce qui est propre, affecte les sens et attire l’attention des animaux mammifères bipèdes et bimanes, moraux, sociaux, doués de raison et capables de langage articulé ; ça sert enfin à se faire la main sur toutes ces substances brutes qui sortent des ensembles de parties matérielles qui constituent des organismes où siège la vie, en empruntant, pour ce faire, un chemin conforme à l’ordre du cours de la nature ; cela concerne les êtres organisés qui effectuent les fonctions de respiration et de nutrition, doués de sensibilité et capables de mouvements volontaires ; cela concerne aussi les animaux mammifères bipèdes et bimanes, moraux et sociaux, doués de raison et capables de langage articulé. Je souhaite ensuite que vous considériez que ce quelque chose, j’entends le traiter en répondant à une demande instante : celle des qualités qu’exigent les objets destinés à susciter un mouvement qui fait éprouver à l’âme un plaisir désintéressé. C’est ce plaisir, on le sait, que provoquent les produits des facultés intellectuelles diffusés au grand jour soit par la voix articulée exprimant la pensée humaine, soit par sa représentation par des signes, et appréciées en les envisageant sous l’aspect de ce qu’ils comportent d’essentiel, aussi bien que sous celui de la manière dont on les traite. Je vise ainsi à opérer une transformation du même ordre que celle qui affecte les animaux invertébrés à corps articulé pourvu de six pattes, respirant par des trachées, subissant des métamorphoses, pourvus de quatre grandes ailes recouvertes d’écailles très fines, après avoir connu la première forme qu’ils revêtent au sortir de l’œuf et avant de changer cet état en celui d’esprit léger qui voltige d’objet en objet.

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