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RAPHAËL MONTICELLI
à propos de la photographie d’une œuvre de Max Charvolen
Lorsque les éditions Muntaner ont proposé de réaliser un ouvrage sur une photographie d’œuvre de Charvolen, dans la collection Iconotexte, il n’a pas été bien difficile de réunir sept ou huit contributeurs. Ci-dessous, ma contribution à cette aventure. À vrai dire, j’étais assez heureux de me retrouver en si belle et variée compagnie : Martin Winckler, Sandro Parmiggiani, Frère Benoît Philippe Peckle, Hervé Castanet, Jean-Marc Lévy-Leblond, Claude Parent, Michel Butor.
La photographie que je regarde a été prise par Toma Babovic à Brême, dans la galerie du Hochschule for Künste, l’école d’art de Brême, à l’occasion d’une exposition personnelle de son travail. Brême n’est pas bien loin de Vallauris : Le Recteur de l’école d’art de Brême est Jurgen Waller, Brêmois travaillant à Brême, mais disposant d’un atelier à Vallauris, justement, en face de la chapelle de la Miséricorde, à quelques pas du 13 de la rue des Tours. Il est certain qu’il a dû traîner ses semelles, lui aussi, sur la toile collée au sol sur l’escalier et où se sont mêlés nos pas.
Je n’ai jamais vu cette œuvre exposée et laissée aux regards des passants dans les conditions représentées par la photographie. Mais je peux bien imaginer comment elle tenait l’espace. Il est difficile pour Charvolen de trouver des lieux suffisant vastes pour que ses travaux s’y tiennent en entier. On voit bien d’ailleurs que la galerie, haute sous plafond d’au moins 5 mètres, ne peut contenir la totalité de la pièce et que la zone jaune revient sur le sol. Il est rare que l’on puisse voir les œuvres réalisée, et il n’est guère de volume architectural un peu important où je n’imagine l’effet que pourraient y faire ces grandes figures de bâti mises à plat. J’ai eu la chance de voir l’accrochage complet d’un travail réalisé au Cannet, dans un petit immeuble de la rue Saint Sauveur tout à fait semblable à celui de la rue des Tours à Vallauris. La rue Saint Sauveur est la vieille rue patrimoniale du Cannet ; le 512 rue saint Sauveur est à 10 minutes à pied de l’atelier de Bonnard. L’ensemble des travaux avaient été présentés à Fréjus, dans un hangar de la zone industrielle du Capitou, que Daniel Templon d’abord, la ville de Fréjus ensuite, avaient tenté en vain de transformer en centre d’art contemporain. Le hangar n’était plus occupé par le centre d’art et pas encore par d’autres utilisateurs ; la ville avait autorisé Charvolen à y exposer ses travaux pour les photographier et j’avais pu m’y rendre.
J’imagine bien l’effet que peut faire une grande pièce de Max accrochée dans un espace à sa mesure. Je me rappelle parfaitement comment, déambulant au Capitou, j’avais des pièces accrochée d’abord une perception physique. C’est cette perception que je me remémore et me figure face à la pièce dont j’ai la photographie sous les yeux. J’avais, ce jour-là, longuement marché devant les pièces, m’arrêtant moins que je n’ai marché, et peu à peu m’apercevant que j’avais cette impression, très rare dans un état de veille, de flotter devant les œuvres, tout en marchant. Je sais que c’est cette même impression que j’aurais sans doute retrouvée à Brême si j’avais pu marcher devant les pièces réalisées au 13 de la rue des Tours. Je m’interrogeais en même temps sur les raisons de cette impression et j’avais toutes les difficultés du monde à en saisir l’origine. J’avais ressenti cette même impression, assez rarement il est vrai, face à d’autres œuvres, singulièrement –le souvenir ne saurait m’en quitter- face à celles de Rothko non lorsque j’ai vu le bel ensemble qu’en présente la Tate Galery, mais lors de sa rétrospective au musée d’art moderne de la ville de Paris. Mais c’était là, au Capitou,face aux oeuvres de Charvolen, que je pouvais prendre le temps et la place de ressentir pleinement cette impression, me laisser aller à cette sensation.
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