Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 2007 - L’indéfini bourgeonnement des ruines (suite)
RAPHAËL MONTICELLI
L’exposition du travail réalisé sur le site du Trésor des Marseillais à Delphes a été présentée au musée d’histoire de Marseille en 2007. La mise à plat du trésor emplissait le sol et une partie des murs d’une salle dont une grande baie vitrée donnait sur le site de l’antique Massalia. Les 2600 mises à plat numériques étaient présentées dans leurs caisses à l’entrée de la salle. Comme pour d’autres ouvrages concernant Charvolen, les contributeurs venaient de diverses disciplines. Je donnais mon texte comme une suite de celui de l’exposition de Saint Fons.
Voici les noms des autres contributeurs : Nicole Biaggioli, Allain Glykos, Jean-Pierre Mohen, Jean Petitot.
En mai 2003, le peintre Max Charvolen prend comme modèle les ruines du Trésor dit des « Marseillais » ou des « Massaliotes », à Delphes…
Voilà bien une information des plus anodines : d’innombrables artistes, peintres ou photographes ont pris comme modèles d’innombrables ruines, notamment ce trésor… La particularité n’est pas même « d’aller sur le site » : cette attitude aussi ressortit d’une tradition propre à l’art.
Ce qui fait l’originalité de la démarche, c’est que Charvolen réalise ses œuvres en « prenant l’empreinte », en « moulant » (ces deux termes sont approximatifs) les lieux qu’il choisit comme modèles. Une fois l’emplacement défini, il protège, s’il y a lieu, le bâtiment avec une sous-couche de papier, puis le recouvre en collant une multitude de fragments de tissu découpés. Les zones recouvertes sont déterminées en fonction de leur statut architectural ; les couleurs employées pour différencier soit la structure, soit le temps de travail, soit la forme et le format.
Une fois le site recouvert, l’artiste procède au découvrement, parfois par arrachage et décollage, parfois –sur des sites plus fragiles- par simple enlèvement de la toile.
Enfin il procède à la mise à plat de l’ensemble en découpant certaines arêtes, comme on le fait pour la mise à plat d’un cube, la toile achevée demeurant toujours d’un seul tenant, et les recouvrements de plans, autant que possible évités.
Le descriptif des opérations que MC met en œuvre conduit tout spectateur à se poser deux ou trois questions : quel est l’intérêt et la raison d’une telle démarche, pourquoi avoir choisi le trésor des Marseillais, pourquoi présenter une œuvre de cette nature dans un musée d’histoire donnant sur un site archéologique…
Pourquoi présenter une telle œuvre dans un musée d’histoire et d’archéologie…
C’est la question la plus simple tant sont évidentes les relations entre art et histoire et, plus particulièrement, entre art et archéologie. C’est à l’archéologie que nous devons la plus grande partie des œuvres qui sont conservées dans nos musées et que nous admirons dans nos lieux publics. C’est à l’archéologie que l’art doit quelques uns de ses thèmes récurrents (l’antique et la ruine par exemple), certaines œuvres (celle d’Hubert Robert et, dans l’art contemporain, celle des Poirier, par exemple), voire la sensibilité de toute une époque (la renaissance, le retour à l’antique à la fin du XVIIIe siècle).
Les démarches de l’art contemporain sont, pour nombre d’entre elles, proches de l’archéologie, en reprenant les objets et thématiques qu’elle a mis à jour, en adoptant, de façon plus ou moins métaphorique, ses procédures, objectifs et méthodes. On a vu ainsi, ces dernières années, des analyses présenter « l’archéologie du présent » d’un Fred Forest, d’un Arman, ou des affichistes du nouveau réalisme que l’on trouve sous la plume de Restany ; ou « l’archéologie virtuelle » d’un Maccheroni, analysée par Lyotard et Butor et dans laquelle j’ai, pour une part, rangé l’œuvre de Charvolen ; j’ai risqué, à propos de l’œuvre de Sholtès, le terme d’archéologie « utopique » et « uchronique ».
Dans cette perspective, il est clair que, du point de vue thématique le travail de Charvolen sur le trésor des Marseillais avait sa place dans le musée archéologique de Marseille, à portée de vue du site du port antique. La présentation de l’œuvre à même le sol renforce du reste le dialogue entre la représentation du site delphique et la vision du site marseillais.
C’est cependant du point de vue de la démarche artistique que s’établissent les relations les plus fécondes avec l’archéologie. La démarche de Charvolen procède en effet par recouvrement, enfouissement, arasement, restitution d’une mémoire des lieux sur lesquels il travaille. Ces termes peuvent du reste s’appliquer au « modèle » qu’il traite, comme à l’œuvre qu’il constitue : chacune de ses œuvres conserve non seulement trace et mémoire des lieux, mais aussi du temps et des procédures nécessaires à sa constitution.
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