Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 2007 - L’indéfini bourgeonnement des ruines (suite)
RAPHAËL MONTICELLI
L’exposition du travail réalisé sur le site du Trésor des Marseillais à Delphes a été présentée au musée d’histoire de Marseille en 2007. La mise à plat du trésor emplissait le sol et une partie des murs d’une salle dont une grande baie vitrée donnait sur le site de l’antique Massalia. Les 2600 mises à plat numériques étaient présentées dans leurs caisses à l’entrée de la salle. Comme pour d’autres ouvrages concernant Charvolen, les contributeurs venaient de diverses disciplines. Je donnais mon texte comme une suite de celui de l’exposition de Saint Fons.
Intérêt et raisons de la démarche de Charvolen
Ainsi, justifier la présence de l’œuvre de Charvolen au musée d’histoire de Marseille conduit très vite à prendre en compte sa démarche plastique et, dans cette démarche, les problématiques liées au rapport au temps.
La volonté de faire apparaître le « temps à l’œuvre », en choisissant, notamment, de ne pas masquer le processus du travail, est en effet l’une des constantes les plus fascinantes du travail de Charvolen.
Le choix du collage des fragments de tissu, par exemple, plutôt que l’enveloppement, l’enrobage, le moulage ou l’emballage, permet, de ce point de vue, d’une part de rendre plus sensible le processus de recouvrement et de faire apparaître un temps antérieur au recouvrement lui-même, celui de la fragmentation du tissu.
De la même façon, l’utilisation de la couleur –qui permet le plus souvent un codage topographique- ne prend son sens que dans la mesure où elle fait référence, une fois l’œuvre mise à plat, au modèle en trois dimensions qui lui est antérieur.
En plus de cette attention au temps à l’œuvre –rendue visible par les choix plastiques de l’artiste, Charvolen fait apparaître le temps de réalisation en laissant plus ou moins longtemps ses réalisations sur leur modèle : ainsi les hasards atmosphériques, le passage des gens (traces de pas par exemple), les poussières et les saletés sédimentent sur telle ou telle partie de la pièce en cours de réalisation.
A cette visibilité, dans l’œuvre, du temps du travail plastique et du temps des circonstances extérieures de la réalisation, s’ajoutent les effets du « temps du modèle » ; chaque époque architecturale produit un format, des formes, et des rapports de couleurs différents. Les immeubles bourgeois du début du XXe siècle produisent des mises à plat radicalement différentes des habitations villageoises du XIXe, ou des centres culturels de la fin du XXe…
Une dernière dimension de la relation au temps dans le travail de Charvolen est constituée par les mises à plat informatiques.
Quel était le problème ?
Lorsque l’on met à plat un volume en se bornant à la découpe de ses arêtes, et en décidant que le résultat doit être d’un seul tenant, le nombre des possibilités dépend du nombre des arêtes et des faces et atteint vite des nombres inimaginables… Pour un simple cube (6 faces, 12 arêtes), le nombre des possibilités est de plusieurs centaines. Pour un espace bâti, le nombre des faces et des arêtes est couramment de plusieurs centaines.
Lors de la réalisation d’une mise à plat, l’artiste se décide pour une et une seule. En produire une deuxième reviendrait à réaliser entièrement une deuxième œuvre… Charvolen explore parfois ces possibilités par maquettes ou croquis. Mais la seule façon de les traiter systématiquement, c’est de procéder a un relevé précis et de programmer toutes les possibilités… On voit comment l’informatique est venue au secours de l’art.
Une fois le programme, une fois pour toutes, réalisé par les soins de Loïc Pottier [1], une fois les données entrées, la réalisation numérique, « virtuelle », de chaque mise à plat est extrêmement rapide, au regard du temps nécessaire à la réalisation « réelle ». En revanche le temps nécessaire à la réalisation de la totalité des mises à plat numériques est impossible : une vie de machine n’y suffirait pas, ni une vie de chercheur, ni le temps qui reste à vivre, dit-on, à notre soleil…
[1] Loïc Pottier est mathématicien, chercheur à l’INRIA de Nice-Sophia Antipolis.
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