Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 2007 - Textes et pré-textes dans l’œuvre de Marcel Alocco
RAPHAËL MONTICELLI
Texte du catalogue de l’exposition d’Alocco à la bibliothèque Louis Nucera, Nice : Textes, textures : des arts plastiques comme Livre.
Dans cette mise en place, les bandes-objets de 1966 interrogent la narration et la capacité à produire un effet narratif de la seule mise en séquence d’un objet ou d’une série d’objets. A la croisée du Nouveau Réalisme, de la Figuration Narrative et de la bande dessinée, les bandes-objets, qui doivent au texte leur organisation et leur sens de lecture, entrent pleinement dans la stricte définition d’Anne Moeglin-Delcroix ; ils constituent en cela le premier résultat du croisement opéré par Alocco entre texte et image ou, pour être plus proche de la réalité de la série, entre langage et vision : le « texte » se limite en effet la plupart du temps au seul titre, et les « images » sont des objets réels. Notons que les Bandes-objets prennent naissance après la fin de la rédaction, en 1964, de Au présent dans le texte et que ce roman présentait, par sa disposition inhabituelle, une interaction entre le texte et sa présentation visuelle.
Le Tiroir aux vieilleries date de l’année suivante [6]. Comme les Bandes-objets, les œuvres de cette série réunissent des objets dans des boîtes. Le point de vue, pourtant, change : aux grands thèmes (la censure, la mort, l’art) et à l’humour, se substitue une fiction de l’intimité, une sorte de nostalgie immédiate et une dose d’auto-dérision. Par ailleurs chaque objet recueilli donne lieu à une légende – manuscrite dans une bulle inspirée de la BD – qui précise, de façon, très anecdotique et plate, des faits personnels, des dates ou des usages. Les Bandes-objets faisaient du regardeur le lecteur d’un texte latent, induit par la mise en séquence des objets. Par le ton, la forme que prennent les bulles et la fausse banalité du propos, le Tiroir aux vieilleries en fait le découvreur des désordres quotidiens et le lecteur d’un texte explicite dénué, comme tel, de toute dimension « poétique » ou « littéraire »… Le ramassage des fonds de tiroir, la fiction autobiographique, la mise en cause de la « littérarité » ou de la « poéticité », la dérision, le dédain de la « composition », le refus, apparent au moins, de mise en page et de typographie, la mise en cause de la distinction entre arts du langage et arts visuels, la narration éclatée qui résulte de la disposition des objets témoignent clairement des préoccupations d’Alocco. On y retrouve les positions habituelles du mouvement Fluxus et les problématiques des mouvements plastiques de l’époque. On y reconnaît le double questionnement du texte et de l’image... En même temps la référence aux Calligrammes est claire, et l’écho à la démarche que Christian Boltanski initie justement au même moment assez troublant.
[6] Le tiroir aux vieilleries, exposition personnelle, galerie Ben doute de tout, Nice, 1967
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