Accueil > Les rossignols du crocheteur > GIATTI Remo > 2021 Les inventeurs d’images
RAPHAËL MONTICELLI
Conversation entre Remo Giatti et Raphaël Monticelli
Ce texte a été publié par la Diane française (Nice) en 2021 dans un ouvrage particulier, tiré à un très petit nombre d’exemplaires (30 au total) pour célèbrer la carrière d’un artiste, Remo Giatti, graveur émérite, à travers l’évolution de son propre travail mais également à travers son parcours professionnel, les rencontres d’autres artistes, graveurs, écrivains, éditeurs, avec qui il a exposé, communiqué, partagé – certains sont toujours là pour témoigner, d’autres nous ont quittés. La partie consacrée au travail de Remo Giatti permet de suivre l’évolution des techniques et matériaux qu’il utilise – le métal, le bois, le lino, mais aussi le plexi, le rhodoïd et des pièces industrielles, de voir le mélange des techniques, surprendre l’apparition de la découpe du support et de l’importance des blancs, des évidements… et ceci au long de 37 estampes de petit format (16 x 23 cm).
RM : Je reviens sur la question du Musée de poche. J’ai été très sensible à cette idée que nous devons à l’ami Jean Paul Aureglia, en raison de mon histoire personnelle et de mon implication éducative.
Je suis d’une génération, et d’un milieu, qui rêvait que l’art, que nous considérions comme destiné à tous, parce que venus de tous, soit réellement accessible à tous. Que l’art soit « populaire » non pas parce qu’il adopte des formes immédiatement perceptible et « compréhensible » par tous, mais parce que chacun aurait les moyens de faire siennes toutes les formes de l’art. Je retiens de ma jeunesse une formule qui m’a beaucoup marqué : l’art n’est pas dans le musée, mais dans le chemin qui conduit au musée. J’ai même eu une période durant laquelle le musée me semblait une forme inadéquate de cette « appropriation » de l’art. Une incidente : « appropriation » est un mot que j’ai fini par ne pas aimer. Je ne veux pas me considérer comme « propriétaire » des objets de l’art, mais comme un dépositaire, et un passeur.
Première idée, donc, le musée de poche est une forme de transmission de l’art qui ne répond pas trop mal à mes rêves de diffusion.
Je parlais de mon implication éducative. J’ai été enseignant et, avant même de commencer à exercer mon métier, je me suis demandé ce que je devais transmettre, de quel droit je devais ou pouvais le faire, en quoi les élèves qui m’étaient confiés avait besoin de ce que je leur transmettait. La question se posait pour la littérature, comme pour les arts plastiques ou la musique et ainsi de suite.
Après 20 ans d’enseignement, j’ai été chargé d’une étude qui portait sur comment et qui pouvait se charger de cette transmission. Cela m’a permis de traiter la question du « chemin qui conduit au musée ». Entends « musée » dans un sens général. À la place tu peux mettre « œuvres », « livre », bibliothèque », « salle de concert »... ou même laboratoire ou observatoire astronomique.
Je te fais grâce du détail de ces vingt autres années de ma vie. Je ne t’en donne que l’une des leçons que j’en ai retenues : il n’y a pas d’art qui ne s’inscrive dans la population d’un territoire. Dans une histoire et dans une géographie. Et il n’y a pas d’art qui ne se constitue en territoire particulier. Et nos civilisations ont constitué un territoire portable, dont la naissance se fait sur un territoire particulier, et qui devient ensuite un territoire disons... symbolique : le livre.
Tu comprends pourquoi le projet de cette collection de livres nommée « musée de poche » m’a immédiatement séduit.
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.