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RAPHAËL MONTICELLI
Conversation entre Remo Giatti et Raphaël Monticelli
Ce texte a été publié par la Diane française (Nice) en 2021 dans un ouvrage particulier, tiré à un très petit nombre d’exemplaires (30 au total) pour célèbrer la carrière d’un artiste, Remo Giatti, graveur émérite, à travers l’évolution de son propre travail mais également à travers son parcours professionnel, les rencontres d’autres artistes, graveurs, écrivains, éditeurs, avec qui il a exposé, communiqué, partagé – certains sont toujours là pour témoigner, d’autres nous ont quittés. La partie consacrée au travail de Remo Giatti permet de suivre l’évolution des techniques et matériaux qu’il utilise – le métal, le bois, le lino, mais aussi le plexi, le rhodoïd et des pièces industrielles, de voir le mélange des techniques, surprendre l’apparition de la découpe du support et de l’importance des blancs, des évidements… et ceci au long de 37 estampes de petit format (16 x 23 cm).
RM : Au point où nous en sommes de notre conversation, je me dis que nous ne pourrons pas évoquer, ne serait-ce que de quelques mots, chaque artiste ici présent. Je connais les circonstances de quelques unes de tes rencontres, en particulier avec les artistes qui travaillent auprès de Jean Paul Aureglia. Je vois comment Masson, que tu n’as peut-être pas rencontré, se retrouve dans cet ouvrage. Je reconnais ici ou là des amis qui nous sont communs. Mais je pense aussi à tous ceux que tu connais, que tu as connus, avec qui tu as exposé, travaillé, et qui ne figurent pas ici à tes côtés. Ne serait-ce que pour des raisons très pratiques. Voilà peut-être une autre forme de l’absence présente…
RG : Eh bien… on peut y aller reculons ; remonter en 1983 quand j’ai obtenu mon premier prix, à Senigallia. Je rencontre, lors du vernissage de l’expo, un petit homme aux cheveux blancs, vêtu de noir. C’était Mario Giacomelli, le grand photographe internationalement connu pour ses photos en noir et blanc. Très connu à l’époque, oui, mais plus beaucoup maintenant. J’avais remarqué ses œuvres à la Biennale de Venise en 1978, belles, fortes, un coup dans l’estomac.
De nombreuses rencontres, une amitié sincère entre deux personnes simples et directes. Et surtout, des échanges sur les bizarres procédés photographiques qu’il employait et qui pouvait rendre la diversité des points de vue et des contrastes. Quelques années auparavant, il avait été décrié parce qu’il avait osé photographier la solitude des personnes âgées qui meurent seules dans les maisons de repos, ou parce qu’il avait saisi des petits curés qui dansaient en tournant sur la neige, et qui faisait des batailles de boules de neige, et ainsi de suite. Un grand qui a tellement apporté à l’histoire de la photo. Lui aussi passioné et expert en arts graphiques… « allez, on s’échange une œuvre », me dit-il. Comment oublier ?
Lors du Prix Senigallia, j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement avec Arnoldo Ciarrocchi, le président du jury. Il m’a encouragé, m’a expliqué quelques ruses, et m’a parlé de ses relations avec Giorgio Morandi et des cuivres que le maître lui faisait passer pour imprimer des exemplaires, au moindre coût. Puis il lui demandait de les mettre en vente. Ciarrocchi imprimait et cherchait donc à vendre quelques exemplaires, mais le profit économique était maigre et Morandi, radin, en était tout déçu. Alors Ciarrocchi avait imaginé d’acheter lui-même des tirages, en disant au maître qu’il les avait vendus.
J’ai fait la connaissance de Giancarlo Vitali par hasard, dans les années 80. Ça m’a permis d’aller le voi chez lui, dans son atelier de peinture et gravure à Bellano, sur le lac de Côme. Le « Ramo di Lecco » dirait Alessandro Manzoni. Vitali, grand travailleur, a dédié sa vie d’autodidacte à la peinture, d’abord celle commerciale, pour vivre, mais, par la suite, il a obtenu de très beaux résultats dans la grande peinture. Il n’a jamais eu d’autre métier. Il n’a jamais enseigné, par exemple. Ça a été un artiste à temps plein. Quand il a découvert l’art de la gravure, il a produit le long des années quantité de plaques ans lesquelles il faisait revivre les techniques des grands maîtres en faisant preuve d’un habileté enviable. Il est devenu très apprécié en Italie où on l’a tenu pour l’un des graveurs les plus intéressants. Des rencontres, avec lui, et de petits tirages. C’est justement grâce notre travail commun pour les petits livres de Pulcinoedizioni qu’il a été possible de mettre quelques unes de ses œuvres dans notre édition. Façon de rappeler son souvenir après sa disparition.
Je pourrais tenir le même discours pour Elena Mezzadra, artiste qui travaille avec une grande cohérence et beaucoup de détermination, dans une voie géométrique, abstraite / informelle. Elle a dépassé les 90 ans, mais reste très active. Elle a réalisé des impressions pour des éditions, des petits livres, des gravures sur cuivre et sur bois, ce qui a permis d’intégrer et valoriser son travail dans cet ouvrage.
Pour tous ces artistes, je dispose aussi d’intéressants documents audio-visuels.
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