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RAPHAËL MONTICELLI
Voici un texte de 2004. Préface d’une exposition collective organisée par l’association niçoise stArt, il comporte deux parties. La première, Avant-œuvre, donne les circonstances de sa rédaction. La seconde Musica Maestro ! appartient au genre littéraire du centon.
Longtemps, j’ai confondu cette question sur « l’avant » avec celle des origines... J’ai cru qu’en explorant le temps et ce qui s’était passé avant –un événement, un objet- on pouvait avoir idée de ce qui l’avait engendré. Et sans doute n’est-ce pas toujours sans rapport. Cette démarche, que sans doute nous apprenons, de façon pratique, dans la vie, je l’avais trouvée confortée dans les livres : les manuels scolaires, mais aussi dans nombre d’oeuvres de la littérature : c’était le cas dans les grands récits de fiction qui nous apprennent comment les choses surviennent de l’enclenchement inexorable de la mécanique du temps ; c’était aussi le cas de toute une partie de notre littérature d’idées. J’ai clair souvenir, par exemple, de mon adhésion à la réflexion de Jean Jacques Rousseau qui, s’interrogeant sur l’inégalité pose la question de son origine et, pour répondre à cette question, raconte l’histoire de ce qui a dû se passer « avant » toute inégalité : le roman du premier acte de propriété.
Je me suis un jour aperçu que cette recherche sur ce qui s’est passé avant dans le temps était bien insuffisante –et assez inefficace- pour comprendre. Mon évolution s’est opérée grâce à deux facteurs : le travail sur les oeuvres avec les artistes, et les livres, singulièrement les livres de linguistique. Je suppose que n’importe quelle autre discipline structurée aurait pu me faire évoluer de la même façon.
Je me suis donc aperçu, un jour, qu’il était plus important –plus urgent, plus utile, plus possible, plus efficace- de répondre à la question des conditions qu’à celle des origines. A partir de ce moment-là, je me suis moins demandé « quand » un fait, une réalité, un être, une oeuvre s’étaient constitués mais dans quelles conditions ils l’avaient fait, quelles conditions les rendaient possibles, quelles conditions devaient être remplies pour qu’ils apparaissent...
Je n’ai pas totalement cessé de me demander ce qui vient « avant l’oeuvre », mais j’ai intégré cette question dans cette autre, plus vaste et plus pertinente, de ce qu’il faut pour qu’une oeuvre soit. Du même coup, dans mon travail de vulgarisation, d’explication ou d’éducation, je m’oblige moins à dire « après quoi » ou « après qui » une oeuvre apparaît, mais ce qu’il faut savoir et faire savoir pour la rendre intelligible. Et la question se transforme alors en : « que doit-on savoir (de l’artiste, de l’art, du monde) pour comprendre le travail que fait X, Y ou Z ».
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