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Eloge du repentir
Publication en ligne : 15 mars 2008
Première publication : mai 1997
Artiste(s) : Cauwet

publié en mai 1997, dans le catalogue « Thierry Cauwet », éditions Al Dante


DE QUELQUES VOIES D’ACCES A LA PEINTURE DE THIERRY CAUWET

I.-LE SUPPORT
« Peindre sur le lisse, le brillant... »
Le support de Thierry Cauwet n’est pas la toile. Il peint sur des surfaces aussi lisses que possible ; il a choisi d’abord de peindre sur des plaques de mélaminé blanc qu’il remplace, depuis quelques années, par un épais papier couché brillant blanc, plus aisé à travailler et manipuler que le mélaminé. Le choix du support est fonctionnel. La surface est choisie en fonction de son adéquation à l’ensemble des procédures envisagées.

II.- APPRETER
De la polychromie comme apprêt
La première phase de toute peinture, le moindre bricoleur le sait, c’est de préparer les fonds. Dans la peinture classique, cette phase d’apprêt a pour but de transformer le tissu, souple, irrégulier, plus ou moins rugueux, plus ou moins épais, peu apte, en fait, à recevoir de la peinture (toute projection liquide y diffuse, y fait tache), poreux, et riche des colorations des fibres tissées (beige, bistre, blanc cassé, couleurs du coton et du lin). L’objectif c’est d’en faire une surface lisse, tendue, blanche, neutre sur laquelle les couleurs, les formes vont venir s’ajouter et se combiner comme sur un mur. L’originalité de Thierry Cauwet c’est de remplacer toute cette phase d’apprêt et de mise à blanc par une phase de recouvrement et de coloration polychrome.

Remplacer l’apprêt, la neutralisation et la mise à blanc de la surface à peindre par un recouvrement polychrome, c’est, pour l’artiste, dire qu’il y a équivalence entre le blanc et la polychromie, ou encore que, le blanc est plus bavard, moins neutre qu’il n’y paraît, que la surface blanche sur laquelle nous inscrivons nos signes et nos traces est moins insignifiante qu’on ne le croit, et même qu’elle est la condition préalable de tout déploiement de signes et de traces dont elle oriente le sens pratiquement, plastiquement et symboliquement.
On voit que cette phase d’apprêt est essentielle dans la mise en place du dispositif plastique de Thierry Cauwet. Il nous apprend simplement à ne pas faire abstraction du fond matériel du tableau.

III.- EFFACER
Du blanc comme révélateur de formes
La polychromie initiale de Thierry Cauwet ne se confond toutefois pas avec un simple traitement du fond : classiquement, le support, rigide ou souple, toile ou bois, une fois apprêté, reçoit une première couche colorée dont l’objectif est de masquer l’apprêt. La polychromie de Cauwet se confondrait avec cette opération classique, si elle devait recevoir des formes. Or Thierry Cauwet n’ajoute pas des formes à la surface peinte, il enlève de la couleur pour faire apparaître des formes.
Cet effacement est encore un de ces gestes simples et décisifs qui font les oeuvres fortes : l’artiste ne peint pas, il dé-peint, si l’on veut bien prêter au préfixe « dé » une valeur privative. Curieusement, en dé-peignant, il fait jouer au blanc le rôle de cerne que nous faisons jouer au trait noir pour délimiter les forme. Il inverse, une nouvelle fois, les pratiques habituelles de la peinture et, ce faisant nous ouvre des espaces imaginaires inédits.
Que l’on y songe... Le renversement pratique (sortir les formes par effacement du fond classique) n’est possible d’abord que si l’on considère la surface préparée comme contenant déjà, potentiellement, les formes possibles. Il n’est possible ensuite que si l’artiste accepte de donner au blanc un rôle de révélateur et d’organisateur de formes. C’est ainsi que s’accomplit le premier renversement, celui du traitement de l’apprêt, le support n’est plus ce sur quoi l’artiste inscrit des formes mais le lieu dans lequel il découvre, dévoile, des formes potentielles. Ce qui veut dire très pratiquement que l’artiste ne considère pas que les formes à peindre sont d’abord dans sa tête, son esprit et son imagination, mais très concrètement, dans la surface colorée, dans la réalité matérielle de la peinture. Ainsi Thierry Cauwet nous apprend que peindre ça n’est pas proposer aux regards des spectateurs les rêves dont l’artiste est porteur, mais soumettre son regard aux formes qui prennent naissance dans une rêverie des surfaces. Incidemment, cette démarche permet de traiter les questions de formes et de figures à l’intérieur d’une démarche qui ressortit plutôt de ce que l’on appelle communément « l’abstraction »
On reconnaîtra ici l’écho des rêves d’autres artistes. Le souvenir le plus marquant est celui du Matisse des gouaches découpées. On connaît cette technique initiée par le maître à la fin de sa vie : il peignait uniformément des surfaces, dans lesquels il découpait ensuite ses sujets qu’il collait et composait sur les supports. L’idée de départ est la même : la surface colorée contient toutes les formes possibles, de toutes ces formes l’artiste retient celles qui poussent de son regard sur les surfaces. De ce point de vue Thierry Cauwet relit la leçon de Matisse. Il s’inscrit dans une problématique analogue, où la forme naît d’abord du fait et du faire plastiques, et il l’interprète pour les besoins de nos regards post-matissiens : à la place de la découpe et des ciseaux sculpteurs de formes, l’effacement à l’éponge ; à la place du support sur lequel on ajoute les formes à voir, une surface à laquelle on enlève pour donner à voir des formes...
On n’est pas loin non plus des questions posées par Yves Klein, et c’est très lucidement et à juste titre que Thierry Cauwet situe l’artiste du monochrome et des anthropométries parmi ses références.

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