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publié en mai 1997, dans le catalogue « Thierry Cauwet », éditions Al Dante
VII.- FAIRE NAITRE DES CORPS DE LA GANGUE
Ce qui apparaît d’abord, dans les formes de Thierry Cauwet, c’est le corps. Depuis le tout début des années 80, avec sa série des « tableaux vivants », jusqu’aux emblématiques « tarots », aux « pornographies » ou aux « visages », ce que l’artiste voit dans le désordre coloré, ce qu’il tire de l’in-forme, c’est des corps.
A vrai dire, on pourrait formuler les choses autrement : aux yeux de Thierry Cauwet, c’est le corps humain seul qui peut donner forme et organisation au chaos qui nous apparaît d’abord. Symboliquement, au moins. Il y a, en effet, dans la démarche de Thierry Cauwet, une sorte de fonctionnement symbolique interne.
La démarche est double ; première phase : peindre -préparation de la surface initiale- deuxième phase : dé-peindre, surgissement des formes, dégagement des corps. La surface sur laquelle intervient l’artiste est, de fait, comme telle, un espace du déploiement symbolique sur lequel, première intervention symbolique, l’artiste dispose sa couche prolychrome ; et cette deuxième couche produira par effacement les formes humaines, deuxième intervention symbolique. Or la présence du corps, si elle est formellement visible dans le résultat final, est effective depuis le début des opérations. Si la dernière phase est celle des corps visibles, les autres sont celles des corps à l’oeuvre, corps « social » qui a fait le support, corps du peintre qui a préparé sa surface. La dernière phase du travail se présente donc comme la représentation symbolique de ce qui est à l’oeuvre dans les autres phases.
Le corps humain est ainsi un élément structurant du travail. A y regarder de plus prêt, la surface initiale est le résultat d’un réel corps à corps, on y voit, très précisément, un corps agissant qui prend la mesure plastique d’un espace à recouvrir, mais on y voit aussi, déjà à l’oeuvre, des représentations constitutives du corps. Evidemment, les recouvrements disent, presque explicitement, les gestes, les mouvements, les postures... Dans cette phase se fait ainsi jour toute une relecture de la peinture des années 50-60. Se note aussi, dans telle portion de geste maîtrisé, des échos des maîtres du XX° siècle. Tel passage pourra rappeler Picasso, tel autre Rouault. Le fait le plus probant dans ce sens est le choix du dégradé sur pinceau pour produire des effets de volume. Emprunté à Fernand Léger, il renvoie à toute la réflexion que ce peintre a menée sur les échos formels entre représentation de l’homme et monde industriel. Choisir ce « volume Léger » comme élement de la surface initiale, c’est clairement signifier que l’on situe un travail du côté d’une réflexion sur la figure de l’homme et de sa présence au monde, par le truchement d’une interrogation sur les moyens plastiques de sa re-présentation.
Le corps humain structure cette oeuvre du point de vue de ce qui le constitue plastiquement (trace d’un mouvement ou d’un geste, trait significatif, forme suggestive...). Il la structure aussi du point de vue d’une sorte de réflexion sur les « genres » visuels. La série des « visages » ou celle des « pornographies » s’apparentent clairement à des genres plastiques bien répertoriés : portait ou peinture érotique. L’étonnante série des « tableaux vivants », qui occupe toute la période de 1981 à 1985, mêle, dérisoirement, la nature morte et l’autoportrait, la peinture et la photographie. Plus récemment la série « Tarots », ré-interprète une représentation symbolique particulière de l’homme et de son rapport aux éléments, au monde, au destin, à l’art... et au jeu.
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